Portrait : Moffo Schimmenti, poète militant

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Le photographe Yann Merlin a rencontré en ­Sicile l’écrivain anarchiste Moffo Schimmenti. À 66 ans, ce dernier ne lâche rien, mobilise pour les migrants après avoir combattu la Mafia. Portrait en images d’un homme passionné par la langue, la terre et la justice.

C’est à Polizzi Generosa, village perché sur la montagne sicilienne, qu’est né Moffo ­Schimmenti le 30 octobre 1949. Pour ses habitants, Polizzi est le centre de la Sicile, et Moffo est le centre de Polizzi. Militant et poète, l’homme a eu une vie bien remplie, dont les expériences accumulées se cristallisent dans la création poétique qui l’anime aujourd’hui : « La vie m’a suggéré les choses au fil du temps. Je suis passé de la terre aux chantiers, des chantiers à l’engagement politique, de l’engagement politique à l’écriture. »

Une vie marquée, bien sûr, par son engagement contre la Mafia sicilienne, notamment aux côtés de Peppino Impastato, journaliste d’extrême gauche à qui la lutte anti-Mafia coûta la vie – il fut assassiné en 1978. Moffo se souvient : « Nous combattions la Mafia avec les mots. Peppino Impastato a été liquidé par la Mafia ­d’une façon sordide. J’ai écrit vingt-deux poèmes à sa mémoire édités par Manifesto. » Une vie, aussi, « marquée par un engagement sans faille contre les injustices ». Encore aujourd’hui, à 66 ans, il les affronte à bras-le-corps, sur la question des migrants par exemple : « Je suis en train de mobiliser des artistes autour d’un projet de production dont la vente serait destinée à une association d’aide aux réfugiés. Ici et ailleurs, des milliers de logements sont inoccupés. Avec des amis, nous pensons que ceux-ci pourraient être attribués et que cela pourrait faire revivre les villages qui souffrent de désertification. »

Fils unique d’une famille de paysans, il cultive l’amour de son pays, de sa langue et de la vie. Partisan de la décroissance, il pense que ­l’avenir, c’est la campagne. Il produit ses légumes, ses œufs et ses poulets. Son verger lui donne des fruits. La nature est généreuse avec lui, alors son quotidien, c’est la terre, la culture.

Les livres aussi. Moffo est autodidacte. Pour lui, « la langue, les mots frappent aussi fort que les bombes et les balles ». Il veut faire le lien entre la culture traditionnelle et populaire et l’écriture, lui qui « raconte les contes de [son] enfance qui s’inscrivent dans une tradition orale ».

Les mots, l’écriture, l’instruction donc, qui pour Moffo est la clef d’une véritable émancipation populaire. Il raconte : « J’ai été manœuvre sur le chantier d’un centre de recherches en Suisse. Nous étions exploités, la majorité d’entre nous étaient yougoslaves et très peu éduqués. Nous leur avons appris à se défendre et nous avons gagné. La vie est un combat. À Polizzi, nous ne sommes pas des paysans comme les autres, nous nous sommes éduqués. » L’instruction est la clef pour faire face à la crise actuelle, qui est aussi le résultat de l’absence de projet pour et par le peuple : « Ce que nous vivons aujourd’hui, estime ­Moffo, c’est la preuve que si le peuple ne se mobilise pas, ne s’éduque pas sur le plan politique, il perd tous ses acquis. »

Texte et photos : Yann Merlin (ami d’AL)

 
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