Manifeste de l’UCL

Pour un communisme libertaire

Version imprimable de cet article Version imprimable


Contrairement au capitalisme ­prédateur, incapable de stopper sa fuite en avant destructrice pour la planète, le communisme libertaire peut réaliser l’équilibre entre les capacités productives, les besoins de la population et les capacités de la biosphère.

L’autogestion doit abolir la césure dirigeant·es-dirigé·es.
cc Mathieu Colloghan

Le projet de société que nous proposons s’appuie sur l’expérience concrète des travailleuses et des travailleurs en lutte, en période révolutionnaire ou non : usines récupérées et autogérées, communes libres, conseils ouvriers, in­dustries socialisées, collectivités ­agraires, fédérations…

Nous nommons ce projet communisme libertaire, non par référence au courant « communiste » marxiste-léniniste, mais dans la continuité d’un courant plus ancien et plus large : anarchiste, syndicaliste, conseilliste, anti-autoritaire.

Par communisme, nous entendons la mise en commun des moyens de production, sans appropriation privée ni privative, décentralisée, c’est-à-dire sans classes et sans État, et la ré­partition des richesses créées en fonction des besoins de chacune et chacun.

Par libertaire, nous entendons une société qui a pour objectif et pour condition l’émancipation des individus, qui passe par l’égalité économique et sociale et par une démocratie fédéraliste, autogestionnaire.

Le communisme libertaire est le projet d’une société en évolution, animée par un processus révolutionnaire permanent, qui étend progressivement la société nouvelle sur toute la surface terrestre, et qui gagne et intègre peu à peu toute la population.

Contrairement au capitalisme ­prédateur, incapable de stopper sa fuite en avant destructrice pour la planète, le communisme libertaire peut réaliser l’équilibre entre les capacités productives, les besoins de la population et les capacités de la biosphère.

Nous indiquons ici quelques grands axes de ce projet, tel que nous pouvons le concevoir dans sa première phase de construction, c’est-à-dire alors que toute la population n’a pas encore été gagnée, que la révolution a encore de nombreux ennemis à l’intérieur et à l’extérieur, et qu’il faut faire avec l’héritage du capitalisme en matière de technologies, d’aménagement du territoire et d’inégalités sociales.

Des rapports de production autogestionnaires

Le communisme tel que nous l’entendons repose sur trois points indissociables : socialisation des moyens de production et d’échange ; autogestion de chaque unité de travail ; planification démocratique de la production.

La socialisation signifie que les moyens de production et d’échange sont une propriété sociale, un « bien commun » de toute la société, et sont placés sous la double responsabilité de fédérations industrielles (métallurgie, bâtiment, agro-alimentaire…) et des échelons territoriaux les plus appropriés (communes, régions, fédération…). Chaque fédération industrielle est coordonnée par un conseil très large formé de délégué·es des travailleuses et travailleurs des divers sites de production.

L’affiliation de chaque site à une fédération industrielle garantit une logique de coopération et de complémentarité, contre la logique de compétition et de con­currence qui prévaut dans le cadre du marché capitaliste.

L’autogestion signifie le pouvoir de décision des assemblées de travailleuses et travailleurs, avec liberté totale d’expression et votes démocratiques. L’autogestion doit abolir la césure dirigeant·es-­dirigé·es, la hiérarchie entre les métiers et, de façon générale, la parcellisation du travail.

Dans l’autogestion, les responsables, délégué·es, coordinateurs et coordinatrices, sont élu·es et révocables par les assemblées de base, tenu·es de mettre en œuvre les grands choix dans l’organisation du travail, sur la base d’un mandat impératif.

Le renversement des rapports de production implique une transformation radicale de la nature du travail. Les fonctions manuelles et intellectuelles, séparées par le capitalisme, doivent être réunifiées : chaque travailleuse et travailleur doit pouvoir participer à la conception et à la décision, pour le processus de production et pour sa finalité. Son temps de travail incorpore des temps de décision, d’exécution et de formation continue. En ambitionnant, avec l’embauche des chômeuses et chômeurs, et avec la suppression des fonctions inutiles, une redistribution et une réduction massive du temps de travail.

Cette désaliénation du travail remodèle profondément l’appareil productif et le rôle des technologies. Avec des sites de production à taille humaine, plus aisés à auto-gérer. Avec des technologies qui ne sont plus utilisées par les capitalistes pour intensifier l’exploitation, mais sont adaptées aux besoins réels des collectifs de travail.

La planification démocratique signifie que la production n’est plus guidée par la course au profit, mais par les besoins de la population. La valeur d’usage prend le pas sur la valeur marchande. Cependant, les besoins humains ne seront jamais « objectifs » : ils sont fonction de données culturelles, d’aspirations personnelles, mais aussi de ce qui est matériellement disponible.

La diversité des besoins appelle donc à la coexistence d’un mécanisme de planification générale et d’une sphère d’échanges de biens, à l’initiative des individus et des communautés.

La planification doit recenser les besoins et orienter la production vers la satisfaction des besoins fondamentaux, dans le respect des impératifs écologiques : logement, alimentation, déplacements, santé, formation… De façon ni concurrente ni contradictoire, la sphère d’échanges spontanés doit permettre l’accès de chacune et de chacun à des commerces et services de complément.

Le mouvement des gilets jaunes a remis l’aspiration à la démocratie directe au goût du jour. Ici l’AG des AG de Saint-Nazaire, en avril 2019.
Yves Monteil/Reporterre

Une démocratie directe et fédéraliste

La différence entre État parlementaire et fédération autogestionnaire est radicale : renversement du pouvoir ; mandatement des responsables pour la coordination et la gestion courante, mais refus de la délégation du pouvoir sur les grandes décisions, et donc démocratie directe.

Cette démocratie directe repose sur trois points : fédération des territoires ; assemblées populaires ; mandat impératif (en lien avec les structures autogestionnaires présentes au sein des unités de ­travail).

La fédération des territoires signifie que la société est structurée à partir des communes, puis des régions, parce qu’elles sont les espaces les plus directement contrôlables par la population.

Les régions fédérées ne reproduisent pas nécessairement le dé­coupage des anciennes régions administratives. L’important est qu’elles atteignent une autonomie productive en matière agricole et industrielle, pour permettre un maximum d’échanges en circuits courts.

Le communisme libertaire vise une fédération universelle des régions, par-delà les frontières linguistiques. Cette fédération se donne des règles communes, garantissant la protection de chaque individu et de chaque communauté. Le fédéralisme permet d’éviter les deux écueils que sont le centralisme bureaucratique d’une part et l’atomisation de la société d’autre part. C’est l’équilibre entre l’initiative et l’autonomie des unités fédérées, et la solidarité entre toutes et tous ; c’est la mutualisation des moyens et la structuration des services publics interrégionaux ; c’est une interdépendance sans hiérarchie où, sur les questions communes, les choix collectifs sont faits et appliqués par toutes et tous. Le fédéralisme implique une conception ouverte de la société comme lieu où chercher l’équi­libre entre l’intérêt général et l’intérêt particulier, sans jamais réduire l’un à l’autre.

Les assemblées populaires sont la cellule démocratique de référence. Elles ne signifient pas un assembléisme perpétuel, obligeant tout un chacun à passer sa vie en réunion pour contrôler chaque détail de la vie de la cité. Ne pouvant rassembler, dans un même laps de temps, qu’une fraction de la population, les assemblées doivent être une arène où se discutent les grands projets ; une étape démocratique avant qu’une consultation formelle de la population, à chaque échelon pertinent, tranche en­tre les grandes orientations en concurrence.

C’est également dans ces assemblées populaires que sont mandaté·es et éventuellement révoqué·es les délégué·es qui forment les conseils des communes, des régions, de la fédération.

La démocratie directe implique la liberté d’expression et d’organisation, la liberté des cultes, la li­berté de la presse. Des courants de pensée organisés peuvent défendre leur point de vue et nourrir le débat, mais les délégué·es sont mandaté·es collectivement. Une fois désigné·es, ils et elles doivent appliquer les décisions collectives, et non celles de leur tendance.

Le mandat impératif signifie que les délégué·es aux conseils des communes, des régions ou de la fédération ne sont pas élu·es sur un programme et des promesses, avec un mandat délégataire. Ils et elles sont choisi·es en fonction de leur intégrité et de leurs compétences, pour coordonner la mise en œuvre des décisions collectives, dans le cadre d’un mandat impératif et révocable où le fond ne change pas mais où la forme peut évoluer en fonction des arguments.

La démocratie fédéraliste autogestionnaire représente une forme radicalement nouvelle de pouvoir collectif, en rupture avec la division gouvernant·es-gouverné·es, avec la coupure État-société, et avec tous les systèmes de classes. Chacune et chacun étant associé·e à ce pouvoir collectif, le gouvernement descend dans l’atelier et dans la commune : c’est l’autogouvernement de la société, qui répond à l’autogestion de la production.

L’autodéfense de la société

La nécessité de défendre la société nouvelle de ses ennemis intérieurs et extérieurs implique des formes d’autodéfense devant lesquelles les révolutionnaires ne peuvent reculer.

Au moins durant une première phase de la révolution, la persistance des tares de la société, violences racistes, homophobes, sexistes, déprédations et crimes environnementaux nous contraint à une profonde réflexion en vue de l’établissement d’un droit émancipateur et d’une justice réhabilitatrice et réparatrice.

Cependant, les structures d’autodéfense et de justice de la société devront être étroitement liées à la population et contrôlées par les conseils, en rupture complète avec les organes répressifs de l’ancienne société.

Les risques de militarisation ou d’ordre policier sont évidents dans une période révolutionnaire et exigent une vigilance aiguë. La finalité du communisme libertaire est une société débarrassée de l’emprise militaire et policière.

- Lire le chapitre précédent
- Lire le chapitre suivant


Le Manifeste en numérique et en papier

Manifeste en PDF maquetté
à télécharger
Manifeste en PDF simplifié
à télécharger
Manifeste en eBook
à télécharger
Format 23x32 cm, 20 pages, 2 euros
à acheter ici
 
☰ Accès rapide
Retour en haut