Écologie

Privatisation : Hercule transforme EDF en hydre à 3 têtes

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Le projet Hercule défendu par la direction d’EDF vise à découper l’entreprise en trois parties distinctes, avec certaines restant (au moins en partie) publiques et une autre s’ouvrant au privé. Depuis des mois les syndicats sont en lutte contre ce projet qui pourrait annoncer un démantèlement d’EDF.

Le 10 février dernier, le patron d’EDF Jean-Bernard Lévy a présenté devant le Sénat puis l’Assemblée nationale le projet Hercule. De quoi s’agit-il  ? Ses promoteurs le présentent comme un projet de «  réorganisation  » d’EDF. Il s’agit de diviser les activités de l’entreprise en trois parties  : EDF Bleu pour le nucléaire, qui aurait un statut public  ; EDF Vert pour la vente d’électricité et les énergies renouvelables qui serait ouverte aux capitaux privés et engloberait aussi le distributeur Enedis  ; et enfin EDF Azur pour les barrages hydroélectriques, qui serait une entreprise publique.

En somme le projet Hercule créerait une hydre  [1] capitaliste à trois têtes, avec une des têtes en partie privatisée… Surtout, le projet laisse présager un démantèlement du point de vue des syndicats, pas convaincus par les propos du patron qui assure qu’EDF restera un seul groupe, malgré la création de trois entités distinctes.

Socialisation des pertes, privatisation des profits

Depuis plus d’un an et demi, les appels à la grève de l’intersyndicale d’EDF se sont ainsi multipliés, avec une forte participation. Une manifestation a eu lieu le 10 février devant l’Assemblée nationale, le jour de la présentation du projet. Les grévistes ont par ailleurs le soutien de plusieurs organisations et personnalités politiques  : une tribune dans Le Monde est parue ce même jour  [2] avec une cinquantaine de signature de personnalités politiques. La direction met en avant le taux d’endettement d’EDF, ainsi que les difficultés liées au mécanisme européen d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) qui, dans une optique libérale, contraint EDF à vendre à un prix unique l’énergie à ses concurrents.

Le projet Hercule sert donc de moyen de négociation avec la Commission européenne  : il s’agit d’obtenir un assouplissement du dispositif Arenh plus avantageux pour EDF, en échange de la séparation des activités de production et de vente, qui est demandée par la Commission.

Les travailleuses et travailleurs mobilisé·es notent de leur côté que les secteurs demandant des investissements importants (comme le nucléaire) resteraient publics, et les secteurs permettant de faire plus facilement du profit (comme le secteur montant des énergies renouvelables) seraient quant à eux ouverts aux actionnaires... Comme d’habitude, c’est la logique de socialisons les pertes et de privatisons les profits. Le projet est actuellement encore en suspens, soumis à un accord avec la Commission européenne qui n’a pas encore été trouvé. Les patrons et les dirigeants politiques font leur cuisine, et en attendant les travailleuses et travailleurs ne peuvent compter que sur leur mobilisation pour s’assurer que ce projet ne voit jamais le jour.

Irène (Commission écologie)

Copyright du logo : Patrice Leclerc / Photothèque du mouvement social

[1L’hydre est une créature mythologique aux multiples têtes combattue par Hercule.

 
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