Privatisations : Serez-vous dépossédés de votre site web ?

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Et si le nom de domaine de l’UCL, unioncommunistelibertaire.org, devenait si cher (disons, 1000 euros par mois) que l’organisation n’avait pas d’autre choix que de l’abandonner ? Cela laisserait la possibilité à des personnes ou organisations plus aisées et mal intentionnées de le reprendre pour y mettre du contenu causant du tort à l’UCL.

Presque partout dans le monde, il est traditionnel pour les associations à but non lucratif et les organisations politiques d’avoir un site web en .org. C’est le cas de l’UCL, mais aussi du NPA, de l’Union syndicale Solidaires, de Framasoft, de Wikipédia, etc. Vérifiez dans la barre d’adresse de votre navigateur : une bonne partie des sites que vous visitez quotidiennement ont une adresse en .org.

Ces adresses, appelées noms de domaine dans le jargon informatique, sont louées pour quelques euros par an. Pour l’instant. Malheureusement, ce que nous imaginons dans le chapeau de cet article ne relève pas de la pure dystopie mais pourrait bien devenir réalité rapidement.

Privatisation des .org

Comment en arriverait-on là ? Possiblement avec pour point de départ la privatisation de la gestion du .org à l’automne 2019. Jusqu’à récemment, les noms de domaine en .org étaient gérés par une organisation à but non lucratif, le Public Interest Registry (PIR, Registre d’intérêt public, dans la langue de Molière), lui même détenu par l’Internet Society (Société d’Internet).

Le PIR va désormais appartenir à un fonds d’investissement privé nommé Ethos Capital, si la vente est validée début 2020. Ce rachat arrive juste après la décision de dérégulation du prix des noms de domaines en .org. Or, cette dérégulation a été approuvée par l’ICANN [1], lorsqu’un certain Fadi Chehade était à sa tête. Il se trouve que le même Fadi Chehade a participé à cofonder Ethos Capital le lendemain de cette décision [2]. Vous avez dit conflit d’intérêts ?

Sauvons le .org !

Les réactions à cette mauvaise nouvelle sont nombreuses, en particulier dans la communauté libriste. En France, l’April [3] se fait le relais de l’Electronic Frontier Foundation (EFF, organisation états-unienne similaire à La Quadrature du Net) et lance une campagne intitulée « Sauvons le .org ! » [4] qui vous invite à signer une lettre ouverte à l’attention du président de l’Internet Society, Andrew Sullivan, pour lui demander l’annulation de la vente de PIR à Ethos Capital.

Plus généralement, cette affaire nous rappelle l’importance d’exiger qu’Internet soit sanctuarisé, au niveau mondial, en tant que service public, loin des mains crapuleuses des capitalistes. Nous continuerons d’œuvrer en ce sens.

La commission librisme de l’UCL

[1La Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) est une des autorités de régulation d’Internet, notamment en charge des noms de domaines.

[2Lire « The Sketchy, Sketchy Case Of ICANN Execs And Self-Dealing Regarding The .Org Domain », 26 novembre 2019, sur Techdirt.com

[3L’April est l’association francophone de défense et de promotion des logiciels libres et des standards ouverts.

[4Lire « Sauvons le .org ! », 27 novembre 2019, sur april.org.

 
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