Quand les bobos découvrent la question coloniale

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Fin février début mars, plusieurs journaux se sont mis à consacrer leur une à la mémoire occultée de l’esclavage des noir(e)s et au malaise rampant qui touche les communautés domiennes (Antilles, Guyane, Réunion) et africaines en France.

Fort bien. Ce malaise se nourrit principalement de racisme, de discriminations touchant à l’emploi, au logement, à la quasi-impossibilité d’accéder à des responsabilités dans le travail comme en politique, mais aussi à une certaine visibilité dans les médias. Il s’explique aussi par la difficulté à faire reconnaître une souffrance qui remonte au commerce triangulaire et au Code noir instauré par la France et qui a contribué à réduire des millions d’Africaines et d’Africains en esclavage pour le profit de l’Etat et du capitalisme français.

On ne peut pas dire que la presse française se soit beaucoup souciée de ce problème à ce jour. Par son indifférence, elle a contribué à nourrir le malaise sur lequel elle prétend aujourd’hui opérer un retour critique. Il est du reste assez lamentable de voir qu’il a fallu attendre les éructations antisémites d’un Dieudonné pour voir nos bobos ouvrir les yeux et tenter de soulager leur mauvaise conscience. Sur les propos de ce dernier, si sa dénonciation des barrières mises à sa volonté de tourner un film rappelant ce que fut le Code noir est légitime, sa volonté d’opposer les souffrances des noir(e)s et des juif(ve)s et de stigmatiser ces dernier(e)s est inadmissible et condamnable. Certains intellectuel(le)s noir(e)s ne s’y sont du reste pas trompé, en condamnant cette démarche et la prétention de l’ancien comique de s’ériger en porte-parole des communautés noires.

Il reste à voir si cette polémique aura des effets salutaires sur les communautés africaines et domiennes. Car le principal problème est, qu’à ce jour, elles n’ont pas réussi, à l’instar des communautés juives et arméniennes par exemple, à se mobiliser suffisamment fortement pour obtenir la reconnaissance de leurs revendications. Il y a également incontestablement eu de graves carences des mouvements antiracistes pour à la fois reconnaître les souffrances passées sans exclusive, tout en fédérant les victimes du racisme, émanant tant de la République que de l’extrême droite, au-delà des particularismes.

Enfin être anticolonialiste aujourd’hui, c’est aussi faire le lien entre les luttes en France et celles qui ont cours dans les Dom, les Tom et dans la Françafrique où l’État français maintient une présence économique et militaire pour défendre ses intérêts de puissance impérialiste. C’est pour notre part, ce que nous nous efforçons de faire à la hauteur de nos moyens.

Enfin, saluons le travail de réappropriation de la mémoire et du combat anticolonial lancé par les initiatrices et initiateurs de l’Appel « Nous sommes les indigènes de la République » qui organisent des Assises de l’anticolonialisme post-colonial en avril et une marche le 8 mai à l’occasion des 60 ans des massacres de Sétif par l’armée française le 8 mai 1945.

L.E.

 
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