RSA : Une aubaine pour le patronat

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C’est fait, le Revenu de solidarité active (RSA) va être généralisé d’ici juin 2009. Il va remplacer le RMI, l’Allocation parents isolés et la Prime pour l’emploi. Mais au delà de la propagande gouvernementale, on a bien du mal à percevoir le caractère social de cette mesure. Petite analyse.

Au premier abord, l’idée du RSA peut sembler juste. Pour une personne au RMI, le fait de trouver un emploi peut signifier une baisse de revenu, tandis que le RSA se fonde sur « l’idée selon laquelle la sortie de la pauvreté passe principalement par le travail » [1]. Il s’agit donc de continuer à verser une allocation de manière dégressive après le retour à l’emploi, afin qu’une personne retrouvant un travail ne soit pas pénalisée. Jusqu’ici, tout semble donc normal. Pourtant le RSA pose de nombreux problèmes, notamment celui de son financement.

Qui paye ? Pas les capitalistes !

Pour financer sa réforme, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir instaurer une taxe de1,1 % sur le capital afin de faire payer les plus riches. Mais que ceux-ci se rassurent : au delà de l’effet d’annonce, ils sont protégés par le bouclier fiscal mis en place il y a un an, qui plafonne à 50 % le total de la fiscalité qui peut peser sur les revenus d’un contribuable. Pour les plus gros contribuables, le prélèvement supplémentaire de 1,1 % prévu par le gouvernement ne s’ajoutera pas, le Premier ministre l’a confirmé. Le RSA sera donc financé par les 12 millions de petites et petits épargnants, travailleurs ou retraités, détenteurs d’une assurance-vie, d’un plan d’épargne retraite ou encore d’un plan d’épargne salariale : les « classes moyennes » en quelque sorte. Les capitalistes, eux, ont encore de beaux jours devant eux.

Encore la fiscalisation des revenus

Mais le plus inquiétant est la logique même du RSA. Bien entendu, certains diront que face à l’urgence sociale, le RSA est une avancée immédiate pour les plus démuni-e-s. Soyons cependant bien conscients qu’il s’agit là d’une mesure qui ne fait que renforcer un modèle salarial où la précarité devient la norme.

Avec cette réforme, une ou un Rmiste se devra d’accepter un contrat précaire sous peine de sanction, en échange de quoi il pourra cumuler son salaire et au moins une partie de son RSA. Il s’agit donc d’« inciter » les chômeuses et les chômeurs à retrouver un travail tout en étant assuré de gagner plus d’argent que s’ils restaient sans emploi. Comme si les chômeuses et les chômeurs avaient fait le choix de vivre au RMI !

En réalité, il s’agit d’une aubaine pour le patronat qui va pouvoir embaucher plus de salarié-e-s à temps partiel, avec des conditions de travail très précaires et un salaire en deçà du minimum vital, puisque la collectivité sera là pour payer la différence via le RSA. Tout cela aura certainement des répercussions pour l’ensemble des salariés pour qui la possibilité d’obtenir un CDI deviendra un luxe et le SMIC un salaire maximum.

Un autre aspect dangereux du RSA est souvent oublié : il concerne le durcissement des conditions d’accès pour les étrangères et les étrangers non communautaires par rapport aux règles actuelles du RMI. En effet, il leur faudra soit justifier, entre autres, d’une carte de résident de dix ans (dont l’attribution est devenue rarissime) soit être titulaire depuis au moins cinq ans d’un titre de séjour autorisant à travailler. Cela restreint énormément le nombre de bénéficiaires potentiels du RSA.

Le RSA est donc loin d’être l’avancée sociale que l’on nous vante. D’ores et déjà, une opposition s’exprime, comme par exemple à Nantes où un collectif de précaires contre le RSA est en train de voir le jour.

Antoine M. et Paul (AL Tours)

[11. Livre vert vers un revenu de Solidarité active, Haut-commissariat aux solidarités actives contre la pauvreté.

 
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