Recherche : Pagaille dans la mobilisation

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Les faits prouvent que les personnels de la recherche sont capables de se bouger pour défendre leur emploi. Mais sans stratégie, pas de victoire possible.

La recherche est une « priorité budgétaire » pour Sarkozy. C’est ce qu’on nous répète depuis la campagne présidentielle. C’est une grosse blague, voire une véritable provocation. Le budget pluriannuel annonce, pour l’année 2009, 1,8 milliards d’euros en plus. Pas mal, sauf qu’une fois retirées les exonérations d’impôts pour les entreprises, il reste… 750 millions d’euros. Même pas de quoi compenser l’inflation si tout est converti en augmentation de salaire. Pire, le gouvernement prévoie 900 suppressions de postes dans la recherche et l’Enseignement supérieur, visant essentiellement les personnels administratifs, techniciens et ouvriers.

Quand on combine tout ça avec le projet de loi de mobilité dont l’objectif est de licencier des milliers de fonctionnaires (voir AL de septembre), quand on compare ces chiffres aux 550 suppressions de postes de 2003, qui avaient déclenché un des plus gros mouvements que la profession ait connu, on se dit qu’il y a toutes les raisons de se bouger.

Mobilisation en crescendo

Après avoir massacré l’Enseignement supérieur avec la loi LRU, Sarkozy a décidé début 2008 de découper le CNRS en instituts par discipline. Rien de bien méchant a priori, sauf qu’au passage l’informatique, les sciences de la vie et les sciences humaines sont sortis du CNRS et l’intrusion du gouvernement dans la politique scientifique est renforcée. De plus, le déséquilibre s’accentue entre les crédits fixes et les « financements sur projet » avec leur cortège de contrats précaires. Face à cela, la réaction a été vive. Le collectif Sauvons la Recherche (SLR) a organisé une « Academic Pride » le 27 mai 2008, à laquelle se sont joints les syndicats. Cette manifestation de la « fierté d’être chercheur » avait une base revendicative plutôt correcte mais purement corporatiste. Malgré cela 8 000 personnes ont défilé dans toute la France.

Cette initiative a servi de tremplin à la mobilisation suivante. À l’appel de SLR et des syndicats, 1 000 chercheuses et chercheurs ont participé le 19 juin au blocage du conseil d’administration (CA) du CNRS chargé de voter le découpage en instituts.

Les syndicats se sont alors engagés à rebloquer le CA suivant si aucune négociation n’était ouverte.

À la poursuite d’une négociation bidon

Patatras ! Le 1er juillet, alors qu’un CA se tenait à 8 heures, les syndicats appelaient à un rassemblement à 10 heures ! Seul Sud-Recherche appelait à bloquer… Résultat : Les instituts ont été créés, mais leur rôle précis sera déterminé lors du CA de cet automne. Seules consolations : toutes les disciplines restent aux CNRS et la direction des instituts sera en partie élue. Le 18 septembre, 300 personnes se sont rassemblées devant le ministère. Le constat est amer mais peu surprenant : les coups continuent de pleuvoir et le ministère refuse de discuter.

Pour sortir de ce marasme, tirons les bilans des six derniers mois. Primo : l’unité syndicale a montré sa force mais aussi ses limites. Secundo : les militantes et les militants radicaux sont nombreux, se connaissent mais n’agissent pas de concert. On en revient aux débats laissés en suspens en 2003 : quid de l’organisation pérenne des jeunes précaires ? Quid du regroupement du syndicalisme de lutte ? Il y a un manque certain de coordination entre les trois structures syndiquant les chercheurs au sein de Solidaires !

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)

 
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