Religion : Et un pape remballé, un !

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La venue de Benoit XVI en France a montré le travail qu’il reste à faire en terme d’unité du mouvement social, syndical, féministe et des organisations politiques autour d’une critique des religions.

Lors de la visite papale en France, le Président de la République française et le chef de l’Église catholique ont enchaîné une jolie série de pas de deux : à tel point qu’entre Nicolas Ratzinger et Joseph Sarkozy, on a parfois du mal à s’y retrouver. En effet, on a eu d’un côté, un Sarkozy qui paraphrase Ratzinger et veut s’en prendre au « relativisme » qui menace les religions [1]. De l’autre côté, on a eut droit à un Ratzinger accueillant à bras ouvert le concept de « laïcité positive » de Sarkozy [2].

Mais contrairement à ce qui s’était passé lors de la venue du pape précédent en 1996, le passage de Benoît XVI n’a pas déchaîné l’ire du mouvement social et des laïques. Pendant le week-end où Ratzinger était présent sur le sol français, trois évènements indépendants ont eu lieu. Le collectif « Remballe ton pape ! », où les Panthères roses, Alternative libertaire, Offensive libertaire et sociale ainsi que la Marche mondiale des femmes ont joué un rôle moteur, a regroupé une trentaine de signataires (dont Act-up Paris, le syndicat Solidaires, la LCR, des associations de défense des droits de femmes) sur une ligne féministe et de critique des prétentions de l’Église catholique à imposer ses vues à la société. Un petit millier de personnes ont participé à la manifestation du collectif le samedi 12 septembre.

Divisions

Remballe ton pape a également pu faire entendre la voix des opposants à Benoît XVI dans de nombreux médias.

La manifestation organisée par la Fédération anarchiste, qui avait décidé de rester à l’écart du cadre unitaire, a réuni autour de 600 personnes. Enfin quelques 400 personnes ont assisté au meeting laïque et républicain organisé par la Libre pensée. Bilan : une division qui dessert tout le monde, que beaucoup regrettent et qui explique pour partie la faible affluence.

Mais cette faiblesse peut aussi être expliquée par plusieurs facteurs circonstanciels (préparation retardée par la période estivale, Fête de L’Humanité, traces encore fraîches des déchirements du mouvement féministe et de la gauche autour du voile islamique).

Cette division est d’autant plus paradoxale et regrettable, que la laïcité se porte plus mal aujourd’hui que lors de la visite de Karol Wotjyla (Jean-Paul II), il y a 12 ans, et que les positions de Joseph Ratzinger sont soit les mêmes soit plus réactionnaires que celles de son prédécesseur.

Enfin on notera l’absence relative de gros battage médiatique en faveur de Benoit XVI longtemps avant sa venue. La foule chrétienne n’ayant pas été aussi grande qu’escomptée, c’est d’ailleurs surtout au niveau de la presse que le Pape a mis le plus de points : plutôt sur la retenue avant la venue de Ratzinger, les médias en sont arrivés à penser que béatitude leur vaudra peut être une béatification [3].

Rémi Hergé (AL Paris Sud)

[1À raison, car depuis les Lumières, l’argument relativiste montre à quel point l’équivalence des religions quant à l’irrationalité de leurs croyances et quant à leur prétention à la Vérité a tendance à toutes les discréditer.

[2Voir la brochure Le Sarkozy sans peine, de Richard Monvoisin : infokiosques.net/spip.php ?article=295

[3Exception notable : le journal catholique critique Golias qui dresse, sur presque tous les points, un bilan négatif des 3 années du pontificat de Benoît XVI. Voir : www.golias.fr/spip.php?article2305

 
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