Rencontre syndicale internationale : Un réseau syndical de lutte

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Du 22 au 24 mars dernier, se tenait à Saint-Denis une rencontre syndicale internationale. Le contenu de l’appel issu de cette rencontre, et les engagements de travail pris en commun, marquent une avancée importante pour le syndicalisme révolutionnaire.

Une soixantaine de délégations syndicales, venues de plus de trente pays d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie avaient répondu à l’invitation de Solidaires, de la Central sindical e popular-Conlutas (Brésil) et de la CGT espagnole à une rencontre internationale à Saint-Denis, du 22 au 24 mars. Compte tenu de la diversité des histoires et des structurations à travers le monde, cette rencontre était ouverte aux organisations et aux courants.

Gageure

De France, outre Solidaires, étaient présents la CNT-Solidarité ouvrière, la CNT-f, Émancipation et les Comités syndicalistes révolutionnaires. Invitées, la CGT, la FSU et École émancipée n’ont pas donné suite.

Rassembler des syndicats déjà membres d’organisations et de réseaux internationaux aux orientations différentes était déjà une gageure. La National union of Rail, Maritime and Transport workers (Grande-Bretagne), Batay ouvriye (Haïti), l’Union générale tunisienne du travail, mais aussi de nombreux syndicats de base et l’opposition de la Confederazione generale italiana del Lavoro d’Italie, le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique d’Algérie, la Confederación paraguaya de Trabajadores, ou encore des secteurs de la Confédération des syndicats chrétiens et de la Fédération générale du travail de Belgique, Lab du Pays basque... l’éventail géographique, politique et syndical, était large. Que ceci se concrétise par la mise en place d’un Réseau syndical international de solidarité et de luttes n’est pas anodin. Cette rencontre marque un pas en avant important dans la construction d’une coordination internationale du syndicalisme révolutionnaire. Car c’est bien de cela dont il s’agit, l’appel adopté à l’issue de ces trois journées (voir encadré ci-dessous) est très clair ! Mais c’est la suite que donneront les collectifs militants de toutes ces organisations à cette initiative qui déterminera l’utilité réelle de ce réseau.

Mouldi C. (AL Transcom)


Appel du Réseau syndical international de solidarité et de luttes

« [...] La crise du système capitaliste a des conséquences dans le monde entier. Les crises économiques, financières, écologiques et sociales s’entremêlent et s’autoalimentent. Cette crise globale du capitalisme montre l’impasse d’un développement basé sur un partage de plus en plus inégal de la richesse produite, la déréglementation financière, le libre-échange généralisé et le mépris des impératifs écologiques.

Pour sauver les profits des actionnaires et des patrons, pour assurer l’avenir des banques, les institutions mondiales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce, etc.), les gouvernements et le patronat s’attaquent de plus en plus fortement aux droits des travailleurs et des travailleuses.

Le système économique et politique actuel organise le pillage de nombreux pays, oblige des millions de personnes à quitter leur région d’origine pour survivre… et nie ensuite tous leurs droits sous prétexte qu’ils et elles sont immigré-es [...].

Notre syndicalisme vise au renversement du modèle de développement économique, social et politique, fondé sur l’hégémonie de la finance, du profit et de la compétitivité. Au contraire, nous voulons construire un système fondé sur les biens communs, sur la redistribution des richesses entre toutes celles et tous ceux qui contribuent à leur création, sur les droits des travailleurs et travailleuses et sur un développement écologiquement soutenable.

Nous revendiquons l’extension, la démocratisation et l’appropriation sociale du service public (éducation, santé, transport, énergie, eau, logement, etc.). La libre circulation des personnes et l’égalité des droits sociaux et politiques de tous et toutes, indépendamment de la nationalité, de l’origine, du sexe, font partie de nos objectifs communs.

Notre syndicalisme allie la défense des intérêts immédiats des travailleurs et travailleuses, et la volonté de changement social profond. Il ne se limite pas au champ revendicatif économique, il englobe des sujets comme le droit au logement, à la terre, l’égalité entre hommes et femmes, l’antiracisme, l’écologie, l’anticolonialisme, etc.

Les intérêts que nous défendons sont ceux de la classe ouvrière (travailleurs et travailleuses en activité ou en retraite, chômeurs et chômeuses, jeunes en formation). Ils s’articulent avec ceux des peuples de toutes les régions du monde. En cela, nous nous opposons frontalement au patronat, aux gouvernements et institutions qui sont à son service, et nous revendiquons notre autonomie vis-à-vis de toute organisation politique [...].

Nous ne proclamons pas la constitution d’une nouvelle organisation syndicale internationale. Nous décidons de renforcer, élargir, rendre plus efficace, un réseau du syndicalisme offensif, démocratique, autonome, alternatif, féministe, internationaliste [...].

Nous ne nous battons pas pour revenir en arrière ; certes, les attaques envers la classe ouvrière sont très fortes et parfois sous des formes nouvelles. Mais l’exploitation capitaliste n’est pas une nouveauté et c’est avec cela qu’il faut rompre, pour créer des modes d’organisation de la société partant des besoins de la population.

[...] nous avons des objectifs concrets, des engagements communs :

• Nous agissons, dans la durée, pour la solidarité internationale, et notamment contre toutes répressions antisyndicales [...].

• Nous interviendrons de manière unitaire et coordonnée pour appuyer des luttes et des campagnes internationales préexistantes, en réaffirmant le droit à l’autodétermination des peuples : soutien aux peuples palestinien et sahraoui, reconnaissance du syndicalisme autonome dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, contre l’occupation militaire d’Haïti, contre les traités européens qui imposent l’austérité, pour le droit de tous les peuples à décider de leur avenir…

• Nous renforçons et étendons le travail international mené dans les secteurs professionnels (transport, éducation, centres d’appels, industrie, commerce, santé, etc.) et sur des questions interprofessionnelles (droit des femmes, immigration, logement, écologie, santé et travail, etc.) ; déjà, le travail s’organise dans plusieurs de ces secteurs, dont l’animation est prise en charge par des organisations syndicales de nos différents pays.

• Nous poursuivons le travail de réflexion et d’élaboration sur les questions de crise du système capitaliste et d’alternatives à celui-ci.

• Enfin, nous mettons, ensemble, les moyens matériels nécessaires à la réussite de nos projets communs : sites web, liste déchanges par mail, coordination par secteurs professionnels, etc. »

 
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