Rencontres de Saint-Imier : Perspectives de l’anarcha-féminisme

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L’émancipation des femmes fut un élément de réflexion du mouvement anarchiste en construction réuni pour la première internationale antiautoritaire de 1872. Cent quarante ans plus tard, et alors que viennent de s’achever les rencontres de Saint-Imier, les femmes ont-elles pu se faire une place dans les luttes et au sein des organisations ?

Le programme des rencontres anarchistes de Saint-Imier qui se sont déroulées du 8 au 12 août, laissait l’impression que le féminisme était au cœur des préoccupations des organisateurs : un atelier de self-défense non-mixte, une conférence, mais surtout, prévues dans la grande salle de spectacle, signalées en gros dans le grand encadré rouge, des tables anarcha-féministes tous les jours ! Mais la réalité était autre et à Saint-Imier comme dans les luttes, les femmes furent largement sous-représentées dans un milieu où les hommes occupent presque toujours le devant de la scène. Aucune préparation n’avait été faite pour les tables et ce fut aux participantes et participants de se débrouiller avec ce vague intitulé. Les premières interventions pâtirent du manque de cadre. Mais les femmes ont décidées de faire les suivantes en non-mixité, et des propositions concrètes ont peu à peu émergé.

Les pratiques machistes ont la vie dure

Les discussions ont surtout porté sur les problèmes rencontrés au sein même des rencontres. Car les pratiques machistes ont la vie dure et ne s’arrêtent pas à la porte de nos mouvements : brouhaha, coupure de parole, invisibilité dans les débats, intimidation ou simple ignorance, les paroles des femmes ont du mal à se faire entendre.

Les femmes ont donc décidé de s’organiser pour intervenir collectivement. La lettre G, formée avec la main pour gender, devait signaler les situations de domination masculine, et un texte provocateur, lu lors de l’assemblée générale de clôture, les dénoncer. Des perspectives ont été lancées pour le courant anarcha-féministe : créer un réseau international par le biais d’une liste mail, écrire une charte et organiser des rencontres internationales d’ici deux ans. Le courant anarcha-féministe, avait été formalisé en 1992 lors de rencontres internationales qui avaient eu lieu aux côtés de celles des Fédérations anarchistes. Il vise à féminiser les pratiques anarchistes et porter les réflexions anarchistes au sein du féminisme, notamment sur la famille, les prestations sociales, etc. [1]

Sur ces points, les rencontres de Saint-Imier ont été une véritable aubaine pour son développement. On peut regretter cependant qu’il n’y ait pas eu, lors des rencontres, de retour en mixité et que le débat n’ait porté que sur les problèmes internes sans aborder le fond, la question des revendications extérieures ou de la stratégie dans les luttes féministes. Malgré la volonté d’unité des femmes anarchistes, ces débats risquent de mettre en évidence de réelles divergences. Finalement, ces tables rondes, même mal préparées, seront les seules à donner des suites aux rencontres qui se sont finies sans déclaration commune des organisations.

Elisa (AL Toulouse)

[1Sur l’anarcha-féminisme, voir l’article de la Commission Femmes de la FA « L’anarcha-féminisme », Réfractions, n°24, Printemps 2010, p. 41 à 50.

 
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