Réponse aux thuriféraires de l’Etat d’Israël : Le vrai problème juif actuel, c’est le sionisme

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Notre camarade Jean-Marc Izrine répond aux attaques ad hominem dont il a été la cible après ses prises de position propalestiniennes en janvier.

Avec l’attaque de Tsahal sur la bande de Gaza, les instances officielles communautaires juives de France, se sont permises, une fois de plus, de parler au nom de toutes et tous les Juifs de l’hexagone. Tout dissident étant traité de traître ou de « Juif honteux ». Pour ma part, ayant critiqué ces instances communautaires le 6 janvier sur le site de Libé Toulouse, j’ai eu droit à une volée de commentaires agressifs : je ne serais pas juif, je serais un marginal libertaire, etc. Une version plus longue de ce texte a été diffusée sur www.libetoulouse.fr.

Issu d’un couple mixte, seul mon père est juif. Mon histoire familiale fait que le côté juif, pour des raisons trop longues à expliquer, a pris une ascendance certaine sur ma personnalité. Pour quelle raison mon cousin, religieux orthodoxe vivant en Israël, serait plus juif que moi car issu, lui aussi, d’un couple mixte, mais juif par la mère ? En fait, je ne vois pas ce qu’une loi poussiéreuse sur la filiation maternelle, édictée au Moyen-Âge par quelques rabbins, dont la logique pouvait se comprendre à l’époque, a à voir avec la situation d’aujourd’hui. En revanche le nom que je porte et qui est aussi celui de mes enfants, est suffisant pour m’attirer des manifestations d’antisémitisme. C’est entre autres cela qui me confère une forme d’appartenance à la judéité. Même si ma pensée libertaire me conduit à être athée, je tiens à préciser que quelles qu’en soient les origines délictueuses, la dégradation d’une synagogue ne me fait pas plus sauter de joie qu’une mosquée. Je condamne ces actes gratuits sans ambiguïté.

Par ailleurs, face à la dissolution du judaïsme diasporique, le courant du judaïsme libéral a l’intelligence de reconnaître la pluralité des identifications au judaïsme. Georges Perec donne aussi la définition suivante : « Être juif ce n’est pas un signe d’appartenance lié à une religion, à un folklore ou une langue, ce serait plutôt un silence, une absence, une mise en question, un flottement, une inquiétude : une certitude inquiète. » Tout ceci pour dire que le judaïsme a de multiples facettes et que c’est tout sauf un bloc monolithique.

À ce propos, le judaïsme s’est nourri des sociétés dominantes qui l’entouraient. Des faits majoritaires, selon les époques, se sont mis en place parmi les Juifs. Le sionisme est aujourd’hui la pensée majoritaire, mais au début du XXe siècle, il ne l’était pas. Le judaïsme, à partir du XIXe siècle s’est construit en parallèle des autres mouvements sociétaux. Le pluralisme politique parmi les juifs ne date pas d’aujourd’hui et je ne pense pas que dans l’historiographie officielle du judaïsme, Bernard Lazare qui fut le premier défenseur de Dreyfus et ami d’Émile Zola ait été rejeté parce qu’il était anarchiste et donc « marginal ».

Il y a toujours eu des résistances minoritaires qui se sont insurgées contre les oppressions. Pour exemple, les militantes et les militants anticolonialistes qui lors de la guerre d’Algérie ont prit fait et cause pour la libération du peuple algérien n’étaient-ils pas français ? Bien sur, mais certainement peu nombreux. Aujourd’hui en, Israël, le camp de la paix où se trouvent pêle-mêle les Femmes en noir, les amis de Michel Warchawsky ou les Anarchistes contre le mur qui font des allers-retour dans les geôles israéliennes, sont juifs et israéliens. Je ne vois pas pourquoi ils et elles n’auraient pas leur pendant dans la diaspora. Dans les récentes manifestations de soutien à Gaza, il y avait des Juifs, bien sûr.

Mais un autre problème sur cette question se fait jour. Notre génération militante a dépassé le stade de l’intégration, nous sommes aujourd’hui assimilés et réagissons face au conflit israélo-palestinien au travers des organisations politiques ou sociales auxquelles nous adhérons. Cela ne veut pas dire que les militantes et les militants font fi de la part de judéité qui en eux, simplement ils et elles choisissent de la garder dans la sphère de l’intime plutôt que de la porter sur l’espace public. Il y a du coup, très certainement, un décalage de lisibilité avec la pensée sioniste qui, elle, s’affiche publiquement.

D’autre part, il existe une partie silencieuse des Juifs de la diaspora, qui ne veulent pas en rajouter face à la situation parce qu’ils gardent un attachement émotionnel et sentimental profond à l’égard d’Israël. Cela ne les empêche pas, en privé, d’exprimer de sérieuses réserves quant à sa politique guerrière. Faire de ces personnes, bien plus nombreuses qu’il n’y paraît, des soutiens à 90 % du gouvernement israélien relève de la manipulation politique du sionisme. Le jugement est bien plus nuancé et montre une fois de plus la diversité de la pensée juive, mais aussi la peur d’une résurgence d’un antisémitisme populaire liée aux exactions de l’armée israélienne.

Je finirai avec quelques exemples liés à l’histoire de la pensée sioniste. On ne peut pas incessamment jouer le rôle de forteresse assiégée en oubliant que le petit David israélien s’est transformé en Goliath. Sans rentrer dans les détails, ceux que l’on appelle « les nouveaux historiens israéliens » retracent les actes et la pensée agressive du sionisme envers les populations autochtones de Palestine. Pourtant ceux-ci ne sont pas pour la plupart antisionistes, mais ils ont l’honnêteté et le courage d’analyser le rôle historique, pas toujours reluisant de l’État d’Israël envers les populations voisines, voire non juives qui vivent à l’intérieur de ses frontières.

Point plus précis, il ne faut pas oublier que dans les années 1990, les services secrets israéliens ont favorisé sur le terrain l’implantation du Hamas au détriment des organisations laïques palestiniennes. Que ceux qui nous donnent des leçons parce que nous défilons dans des cortèges où se trouvent des intégristes musulmans commencent déjà par balayer devant leur porte car les alliances avec des ultra orthodoxes juifs ne sont guère plus reluisantes. À force de jouer avec le feu, on se brûle. La présence, dans les cortèges, d’un fort mouvement laïque progressiste solidaire de la Palestine a, au contraire, du sens pour éviter les dérives communautaristes et religieuses.

Il semble bon de rappeler aussi que Yitzhak Rabin, chef du gouvernement et fin politicien avait compris qu’il fallait faire la paix. Il a été assassiné par un militant de l’extrême droite israélienne. Cette situation a été possible grâce au climat délétère orchestré par la droite israélienne ; la même qui rivalise en surenchère militariste, aujourd’hui, au travers de ses factions politiques.

Si les institutions juives officielles voulaient véritablement la paix avec les Arabes d’ici et d’ailleurs, étant donné que l’État d’Israël s’est construit en miroir des démocraties occidentales, elles soutiendraient en Israël le camp de la paix plutôt que le clan des faucons. C’est sur la pente dangereuse de la guerre totale que les institutions veulent entraîner les Juifs progressistes de France. Il n’en est pas question.

Jean-Marc Izrine (AL Toulouse)

 
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