Politique

Répression : Affaire du 8 décembre, suite et fin ?




Arrêtées en 2020, jugées en première instance en 2023, les inculpées du 8 décembre comparaissaient à leur procès en appel à Paris ce mois de mai. L’occasion de revenir sur ce fiasco judiciaire, cas d’école d’une politique répressive de plus en plus dure et arbitraire.

Depuis fin mai, c’est de nouveau l’attente pour les inculpées de l’affaire du 8 décembre et leurs soutiens. Leur procès en appel a pris fin le 22 mai, et le délibéré tombera en septembre. Seront-ils et seront-elles, cette fois-ci, relaxées ? Pour rappel, ils et elles ont été condamnées en première instance pour « association de malfaiteurs terroriste » à des peines allant de deux ans de prison avec sursis à cinq ans d’emprisonnement incluant du sursis probatoire. C’est la première fois depuis les années 1980 qu’une telle condamnation s’abattait sur des militants et militantes d’extrême-gauche.

En cause, un supposé groupe formé autour de Florian, qui se fait appeler Libre Flot. À son retour du Rojava, où il était engagé auprès des forces kurdes contre Daech, le militant est placé sous surveillance. Le point de départ d’une enquête policière qui s’acharnera dès lors à démontrer la dangerosité de Florian et à imaginer autour de lui une cellule terroriste. Cette construction se fonde sur des extrapolations et des faits décontextualisés : certaines et certains sont accusés d’avoir détenu des armes de chasse de manière illégale, ou d’avoir fabriqué un explosif pour tuer le temps lors du confinement (l’un des inculpées est artificier de métier). S’ajoutent à cela des conversations alcoolisées et virulentes, l’usage d’outils informatiques de chiffrement (Signal...), quelques parties d’airsoft et des lectures un peu trop politiques… Tous et toutes ne se connaissaient pas auparavant, ou de manière très distante pour certains et certaines.

L’enquête policière échoue à démontrer un quelconque projet d’attentat. Mais pour le délit d’association de malfaiteurs terroriste, nul besoin de projet concret ni de groupe parfaitement organisé. C’est d’ailleurs tout le problème de cette qualification pénale, dont la jurisprudence rend le cadre de plus en plus flou... et peut donc s’appliquer à peu près à tous et toutes les militantes politiques.

Avec des conséquences répressives dramatiques. Dès lors que l’on sort du droit commun pour entrer dans le « terrorisme », les lois ordinaires cessent de s’appliquer. Les inculpées du 8 décembre ont ainsi connu de longues gardes à vues traumatisantes dans les locaux de la DGSI, de la détention provisoire, y compris à l’isolement – une pratique considérée comme de la « torture blanche » –, des fouilles à nu systématiques après chaque parloir, puis des interdictions d’entrer en contact, une inscription au fichier des auteurs d’infractions terroristes (Fijait) qui les astreint en outre à un pointage régulier au commissariat et à un signalement de tout déplacement à l’étranger... Soit en tout au moins sept années de vie pulvérisées par l’antiterrorisme. Alors « qui terrorise qui », pour reprendre le titre du livre compilant les chroniques du premier procès ?

Aucun doute : c’est bien l’État qui terrorise sa population. Depuis les doctrines de contre-insurrection nées dans les colonies à la « guerre contre le terrorisme », c’est aujourd’hui la continuation de la guerre aux peuples qui se joue dans l’affaire du 8 décembre, comme dans bien d’autres affaires de « terrorisme ».

Agrippine (UCL Nantes)

 
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