Saint-Etienne : La mairie construit les bidonvilles de demain

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Après deux expulsions, une soixantaine de Roms ont été contraints de trouver refuge sur un terrain vague. Un épisode de plus, dans la vague de racisme qui touche la France et l’Europe.

Deux jours et deux expulsions successives. C’est le lot de plusieurs familles roms de Saint-Étienne, qui avaient été contraintes par la mairie d’abandonner, le 19 mai dernier, l’immeuble du quartier de Beaubrun où elles résidaient. En tout, une soixantaine de personnes, dont de nombreux jeunes enfants, avaient trouvé refuge dans un bâtiment appartenant à l’OPAC. Le lendemain, même scénario. Municipalité et préfecture relèguent finalement les familles sur un terrain vague où elles passeront la nuit, entassées dans des voitures et sous des abris de fortune.

Les associations, comme le Secours populaire, Emmaüs ou le réseau de solidarité stéphanois se sont tout de suite mobilisées, dans l’urgence. Car, à l’heure où nous écrivons, la situation restait on ne peut plus catastrophique. Ces familles éprouvaient déjà des difficultés sociales et financières : les expulsions successives n’ont fait que les aggraver. Les enfants ne peuvent plus être scolarisé-e-s. Quant aux adultes, ils doivent improviser : trouver du bois pour construire des cabanes à la hâte, et faire en sorte de ne pas être expulsés de nouveau. Mais mis au ban de la ville, sur un terrain qui se situe entre un chenil et un cimetière, toutes et tous vivent désormais dans une intolérable précarité. L’accès au soin et les conditions d’hygiène sont particulièrement déplorables, comme le rappelait Georges Günther, dans un article publié en ligne, sur le Portail pour l’accès aux droits sociaux [1].

Chasse à l’homme dans toute l’Europe

À terme, on sait bien que tout cela ne peut qu’aboutir à marginaliser un peu plus ces familles, en les cantonnant dans un bidonville de plus. Et ce malgré tous les efforts des associations ou des Roms expulsés eux-mêmes. Car les autorités politiques ou administratives restent de marbre, refusent toute proposition alternative, alors que des dizaines de logements vides pourraient être mis à disposition. Oubliées, les promesses de l’État, concernant la concertation entre collectivités territoriales, autorités préfectorales et associations. Oubliés, les grands discours sur les droits de l’homme ou de l’enfant.

Il faut dire que la « chasse aux Roms » ne concerne pas seulement la région stéphanoise, et qu’elle s’inscrit plus généralement dans des politiques françaises et européennes. Les expulsions se sont multipliées, et la violence d’État s’est nettement accentuée. Si le racisme anti-Roms existe depuis longtemps, il est abondamment utilisé et entretenu par des politiciens, qui n’hésitent pas à se montrer particulièrement arrogants – à l’image du premier adjoint stéphanois, sommant le réseau de solidarité de « faire respecter la propreté » sur le terrain occupé par les familles expulsées, et qui servait jusqu’alors de décharge publique ! Un mépris incessant, à la hauteur de la répression féroce qui s’abat sur les communautés roms de toute l’Europe.

D’après le réseau de solidarité stéphanois

 
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