Santé : Le boulet du corporatisme ne freinera pas la lutte !

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La Coordination inter-hôpitaux, dominée par les médecins et chefs de service, voudrait empêcher la convergence des luttes hospitalières avec l’ensemble du monde du travail. Syndicalistes et collectifs de lutte doivent contrecarrer cette frilosité d’un autre âge.

Après plusieurs mois de grève dans les services d’urgences et la multiplication des mouvements locaux, le grand rendez-vous du 18 novembre était attendue dans tout le monde hospitalier. Une large intersyndicale, des associations étudiantes et plusieurs collectifs appelaient à une journée de grève.

Et ce fut un réel succès, avec des rassemblements massifs partout en France. À Paris, environ 15 000 personnes ont manifesté, un record depuis la loi Bachelot, en 2007. On notait la participation du personnel non médical, mais aussi une présence renforcée du corps médical et d’étudiantes et étudiants en médecine, ce qui est exceptionnel.

Renforcé par ce succès, le Collectif inter-hôpitaux (CIH) a réuni plusieurs centaines de personnes en assemblée générale le soir même. Ce CIH, créé dans la dynamique du Collectif inter-urgences (CIU)  [1], est très investi par des médecins et des chefs de services. Il voudrait apparaître comme un porte-parole de l’ensemble du monde hospitalier… mais l’AG a démontré que c’était hors de propos.

Refus d’appeler à la journée d’action du 5 décembre

Trop corpo, trop modéré. À l’AG, certains de ses membres ont accusé « les syndicats » de « planter le CIH en voulant descendre Macron ». Une tension s’est faite jour entre ces tenants d’un mouvement corporatiste médical élargi aux paramédicaux, et les partisan·es d’un mouvement social incluant tout le personnel hospitalier en lien avec le reste du monde du travail. Ces derniers – syndicalistes et collectifs – se sont retrouvés minoritaires à l’AG.

Finalement le CIH a refusé d’appeler à rejoindre la journée d’action interpro du 5 décembre. Grosse déception pour toutes celles et ceux et celles qui espéraient que cet enthousiasmante 18 novembre trouve son prolongement dans un mouvement plus large.

C’est une nouvelle illustration d’un désastreux corporatisme. De la fac aux commissions médicales d’établissement, quand ce ne sont pas les corpos étudiantes, ce sont les pressions hiérarchiques qui isolent les médecins du reste du monde du travail. Pourtant, les médecins progressistes, attaché·es à la défense de l’hôpital public et inscrit·es dans le mouvement social, ne sont pas rares. Mais leur parole est souvent marginalisée, et leur carrière parfois freinée. Il est de même pour certains syndicats de praticiens. Heureusement des collectifs comme le Printemps de la psychiatrie ou le CIU parviennent à faire lutter ensemble les médecins et les autres personnels hospitaliers.

Espérons que, dans les semaines à venir, l’ensemble des salarié·es, étudiantes et étudiants s’unissent en faisant sauter les verrous corporatistes. Ce serait aussi le rôle des syndicats généralistes d’accueillir plus facilement les médecins qui le souhaiteraient.

Une clarification va s’imposer sur la nature du CIH : est-ce un collectif parmi d’au­tres, ou une coordination des établissements en lutte ? Si le CIH veut se poser en coordination il va falloir sérieusement revoir les modalités de mandatement ! En attendant, les syndicats et collectifs de lutte maintiennent un front commun avec le CIH en appelant à des dates communes et à rejoindre le mouvement interprofessionnel ! Mener les deux de front c’est le meilleur moyen de gagner !

Solow (UCL Paris nord-est)

[1« Aux urgences : Le retour des coordinations de grévistes ? », Alternative libertaire, juillet-août 2019.

 
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