Syndicalisme

Secteur social et médico-social : Quand le Planning 13 se lève, le travail social avance




Lors de cette belle journée de lutte du 18 septembre, l’entièreté du Planning familial de Marseille était en grève. Cette trentaine de salariées, que des femmes ou des minorisées de genre, ont ainsi invité 150 travailleurs et travailleuses du secteur social, médico-social et plus encore à se réunir en assemblée générale à la suite de la manifestation.

« Nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas besoin de demander l’autorisation, nous l’avons prise ». Voilà comment Marion, salariée du Planning et militante à SUD Asso, a introduit l’assemblée générale (AG). Fermer complètement leur structure, une action importante et même nécessaire qui a commencé à mûrir lors de la première journée d’action du 10 septembre. « La grève est apparue comme une évidence », elles ont pu ainsi profiter du temps qu’elles se donnaient pour réfléchir et agir ensemble. Un geste d’autant plus remarquable qu’il est rare de trouver une lutte portée par l’entièreté des salariées dans ce secteur professionnel féminisé du care où les freins sont multiples [1].

Il n’est en effet pas évident d’avoir l’impression de laisser sur le carreau des personnes vulnérables de part leur situation sociale ou de part l’urgence qu’elles traversent (risques de grossesse, grossesses non désirées, violences, etc.). Toujours est-il que le planning était donc fermé, mais pas la cour où nous nous sommes tous et toutes retrouvées.

Une mobilisation qui prend

Avec 150 personnes de toutes les structures possibles et imaginables [2], tous et toutes dans la spécificité de notre travail, nous avons répondu à l’appel du Planning. L’AG ne concernait pas uniquement le secteur social et médico-social, mais était également ouverte aux travailleurs et travailleuses de l’éducation, de l’animation et, plus largement, du monde associatif. Questionnées sur ce dernier point, Marion et Louna, également salariées du Planning et militantes à SUD Asso, répondent que les problématiques des unes et des autres se croisent et que nous ne devons plus rester isolées dans nos corporations. Il s’agit de construire des revendications communes pour les publics que nous accompagnons.

Banderole du Planning familial 13 à la manifestation interpro du 10 septembre.
UCL Marseille

L’AG est appelée par les « grévistes du Planning » en dehors du cadre syndical. Plusieurs sont syndiquées et le Planning est un contre-pouvoir féministe, autant d’influences pour développer des pratiques démocratiques et organisationnelles. On sent le savoir-faire militant durant l’AG. Mais cette auto-organisation est aussi un indicateur sur la situation du syndicalisme dans le social et médico-social dans les Bouches-du-Rhône qui peine à impulser ce genre de pratiques. Le féminisme ne se met pas en pause pour autant, « la lutte féministe est transversale et essentielle à l’heure des privations budgétaires qui vont toucher en premier lieu les femmes ». Lors de la manif, c’est un cortège féministe qui a ainsi défilé entre la CNT, la CNT-SO et Solidaires.

Malgré la diversité des secteurs professionnels, les interventions des unes sonnent familièrement aux oreilles des autres : un travail social que l’on malmène, des publics que l’on maltraite sous des prétextes budgétaires, des salariées fatiguées qui tiennent les institutions à bout de bras. La nécessité de construire une mobilisation large émerge vite. Pour un meilleur accompagnement des publics et pour de meilleures conditions de travail et de rémunération.

Une AG qui donne de la force

Après un temps d’échange en petit groupe, puis de retour en plénière, plusieurs canaux de discussion et d’organisation via messagerie instantanée sont créés. On s’affaire à élaborer une liste de revendications, organiser une seconde assemblée générale, établir une liste d’établissements dans lesquels aller intervenir pour rallier les collègues au mouvement social et organiser un cortège lors de la prochaine journée de mobilisation.

La mobilisation du social ne date pas d’hier, déjà en 2019 à Marseille les salariées dénonçaient la situation du « non-accueil » des mineures à la rue.
Francis (UCL Marseille)

Des groupes de travail ont également émergé pour construire une caisse de grève, condition sine qua non d’une mobilisation salariale durable, ainsi qu’un groupe de travail faisant le lien avec les usagers et usagères. Cette dernière question est également une question clef pour mobiliser dans le secteur. Les travailleurs et travailleuses sociales et plus largement les salariées prenant en charge un public, ont toujours cette double mission (ou parfois double contrainte) de se mobiliser pour soi et l’autre, mais tout en gardant à l’esprit la nécessité de ne pas pénaliser nos publics déjà en difficulté. Ce dilemme pourrait se traduire ainsi : faire grève pour visibiliser l’importance de notre travail, c’est-à-dire ne plus s’occuper des gens pour montrer que rien ne marche sans nous, tout en ne mettant pas d’avantage en situation de précarisation nos publics, notre classe.

La grève du Planning a impulsé une dynamique collective avec notamment une AG toutes les semaines et des tractages et interventions dans plusieurs établissements. Elle est précieuse dans la construction du rapport de ­force et nous démontre deux ­choses. Tout d’abord la nécessité de se retrouver entre établissements autour de revendications communes, comme préalable à la montée en puissance. Ces revendications peuvent être très politiques comme « l’arrêt des politiques racistes » ou encore « le soutien à la cause palestinienne ». La volonté de construire des dates de mobilisation locales sans attendre après les grandes journées de mobilisation de l’intersyndicale est forte.

Alors que la mobilisation interprofessionnelle de septembre-octobre décline, cette assemblée générale semble devenir le point d’appui pour les travailleuses et travailleurs du social et médico-social associatif. En phase de reflux des luttes, il s’agit de reconstruire et pérenniser l’outil de lutte collectif et revendicatif. À l’image d’autres villes, il pourrait être intéressant que cette AG se structure en collectif regroupant des salariées, d’autres collectifs, des syndicats, des usagers et usagères. Les rencontres nationales du travail social en lutte ont d’ailleurs eu lieu à Marseille peu de temps après. De quoi aider à franchir le pas et remonter un collectif combatif.

Myriam (UCL Marseille)

[1Perte de salaire difficilement supportable, culpabilité «   d’abandonner   » des publics vulnérables, atomisation des équipes par le recours massifs à des intérimaires, etc.

[2Maison d’enfant à caractère social, prévention spécialisée, lieu de vie pour adulte en situation de handicap, établissement et service d’accompagnement par le travail, lieu de soin communautaire ou non, lieu d’accueil pour migrants et migrantes, professionnelles du Français langue étrangère ou de la traduction.

 
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