Entretien

Skalpel : « L’utopie n’est pas un rêve, elle est ce qui manque à nos vies »

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Alternative Libertaire : Salut Skalpel, tu viens de sortir ton troisième album solo, Kommando Malik. Pour te présenter à nos lecteurs, peux-tu nous parler de ton histoire dans le rap, de tes sources ?

Skalpel : Alors je suis membre d’un duo que je forme avec Guez et qui s’appelle La K-Bine. On vient d’Aulnay-sous-bois, des « 3 000 » plus précisément, et ça fait 10 ans qu’on rappe. On a sorti 11 disques et 3 projets gratuits dispos sur le net et on a participé à plus d’une centaine de projets (mix-tape ou compile). Concrètement, j’ai découvert le rap à l’âge de 13 ans grâce à mon cousin Moska qui m’a filé une cassette. J’ai accroché tout de suite. À l’époque, le côté novateur et revendicatif de cette musique m’a tout de suite parlé et je me suis mis à écrire tout ce qui me passait par la tête.

Dans cet album, tu mets en avant certains thèmes, comme la mémoire des luttes de l’immigration ou l’affirmation de l’utopie comme objectif. Quel est le message que tu cherches à faire passer en parlant d’ « utopie concrète » ?

Skalpel : Si j’ai mis « utopie concrète », c’est par devoir de réserve par rapport à un certain discours révolutionnaire que j’ai. C’était pour dire que je suis conscient de ce que je dis et je ne pousse pas les gens à la révolte gratuitement en restant bien planqué chez moi. C’était par respect pour tous les gens qui sont dans l’action et qui ne luttent pas seulement avec les mots. En gros, je crois en la révolution, même si certains disent que c’est utopique pour tout un tas de raisons. Je fais partie de ces gens qui veulent s’approcher le plus possible de cette utopie. Pour paraphraser E.one (du groupe Eskicit), je dirais que « l’utopie n’est pas un rêve, elle est ce qui manque à nos vies »

Tu te définis comme « rouge et noir et venant d’cité ». Quel est ton rapport avec les mouvements sociaux et politiques ? En bref, quels sont tes engagements ?

Skalpel : Déjà je ne suis pas encarté. Je ne suis membre d’aucune organisation politique et d’aucun parti. Je me définis comme un artiste engagé qui essaye d’être le plus cohérent possible entre sa vie et ce qu’il dit dans ces chansons. Après, j’ai une histoire personnelle liée à la « politique » étant fils de réfugié politique et d’un ancien « tupamaro », on peut dire que je suis né dedans. À 5 ans, quand les enfants de mon âge avaient des posters de super héros dans leurs chambres, moi et mon frère on avait Mandela, le Che, le drapeau palestinien, Sandino, Raul Sendic accrochés aux murs. On avait pas une conscience politique formée à ce moment-là, mais on savait qui étaient ces gens. Tout ce que je fais maintenant s’inscrit dans une continuité, c’est pas un « hasard ». Militer pour la libération des prisonniers d’Action Directe, revendiquer une mémoire des luttes de l’immigration comme le MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues), chanter pour la Palestine, jouer pour la CNT, etc. sont des choses qui pour moi s’inscrivent dans une démarche artistique militante en accord avec mes idées qui sont teintées de rouge et de noir.

Tu veux rajouter quelque chose ?

Skalpel : Libérez les prisonniers d’Action directe ! Justice pour Lamine Dieng ! Et toutes les victimes de bavures policières ! Pas de justice, Pas de paix ! Une pensée pour mon pote Beñat au Pays Basque, ainsi qu’à tous les militants de la gauche indépendantiste basque qui subissent une répression féroce et des tortures. Gora Euskal Herria ! Independentzia !

Propos recueillis par Manu (AL Paris nord-est)


« KOMMANDO MALIK »

Sorti le 15 octobre, ce nouvel opus est déjà qualifié par la critique d’album de la confirmation. Skalpel nous livre ici 20 titres minutieusement ordonnés, avec des instrus excellents qui vont du jazzy au beat fat et du cafard au fêtard (chapeau à la prod). Les invités, assurent tout autant (Guez, Sheryo, Sakage Kronik… bref la famille). Pour ceux qui connaissent sa plume, c’est toujours « du rap de gauchiste » assumé, alliant au fond la forme. Pour les autres, allez le découvrir !

 
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