Politique

Strasbourg : Porter les critiques antivalidistes de l’« aide à mourir »




Alors qu’une opposition de gauche au projet de loi sur la fin de vie a émergé dans les milieux antivalidistes au printemps, à Strasbourg, plusieurs organisations ont porté cette voix lors d’une réunion publique.

Au printemps, le sujet du projet de loi (PPL) relatif à l’« aide à mourir » et visant à ouvrir le droit à l’euthanasie et au suicide assisté a pris une certaine place dans le débat public, alors que l’Assemblée nationale l’examinait. Les oppositions au projet semblaient jusque-là cantonnées aux visions morales et religieuses de l’extrême droite et de la droite conservatrice. Mais une autre voix s’est élevée : celle des organisations antivalidistes qui ont porté une opposition commune au projet de loi, motivée par une analyse matérialiste ancrée à ­gauche  [1]. Alternative libertaire avait publié il y a quelques mois une interview ­d’Odile Maurin à ce sujet  [2].

Depuis, le thème est passé au second plan, au gré du cirque parlementaire et des débats économiques. Il pourrait néanmoins revenir à tout moment. Actuellement enlisé au Sénat, le texte poursuit néanmoins sa route. Surtout, Macron a plusieurs fois indiqué qu’il envisageait un recours à un référendum sur le projet de loi si la voie parlementaire s’avérait trop compliquée. Ce serait pour lui un coup double : finir son double quinquennat sur une mesure vue comme sociale et progressiste et la faire passer par l’outil vendu comme le plus démocratique de la Ve République.

Face à cette possibilité, certains collectifs cherchent à continuer à se saisir du sujet. C’est le cas de l’UCL Alsace, qui discute du sujet depuis plusieurs mois et qui a décidé de s’en emparer en étant à l’initiative d’une réunion publique qui a eu lieu le 18 octobre à la Maison des associations de Strasbourg. Une fois l’initiative lancée, elle fut rapidement rejointe par des organisations antivalidistes – le Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE), les Dévalideuses et le Mask Bloc Alsace – ainsi que par deux autres organisations politiques, Autonomie de classe (A2C) et l’Union pour la reconstruction communiste (URC). Ces organisations ont participé à organiser l’événement, mais ont également partagé la tribune où se sont succédées les prises de paroles durant une présentation d’une heure exposant les raisons d’une opposition de gauche à l’« aide à mourir », rappelant la réalité du système de santé actuel et de la ­prise en charge des personnes handicapées.

S’en est suivi un échange avec la ­salle. Si on avait pu redouter la présence de personnes venant défendre la loi, ou venant porter une opposition conservatrice au projet de loi, ça n’a pas été le cas et les échanges ont été apaisés. Une grosse vingtaine de personnes, aux profils plutôt militants, sont venues participer à la réunion. Le temps d’échange a été l’occasion de préciser certains points, de donner des ressources supplémentaires, par exemple, concernant l’articulation entre antifascisme et critique du projet de loi. Ce fut également un espace de témoignages sur le handicap ou la fin de vie, parfois très fort, rappelant que non, cette opposition ne fait pas abstraction des réalités parfois très dures de la maladie et de la mort.

Une captation audio de la réunion a aussi été réalisée par Radio VNR, ­permettant de la retrouver en podcast  [3]. En fin de réunion, près d’une dizaine de personnes ont laissé leur contact afin d’être tenus au courant des suites, voire avec la volonté de s’impliquer dans un cadre collectif. Elles ont depuis formé un collectif antivalidiste local qui vise à porter l’opposition de gauche au projet de loi.

L’UCL Alsace

[1Voir Fg-antivalidiste.fr.

[2«  Odile Maurin (Handi-Social) : “Le choix de mourir sera-t-il réellement libre  ?”  », Alternative libertaire n°362 juillet-août 2025, https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Odile-Maurin-Handi-social-Le-choix-de-mourir-sera-t-il-reellement-libre.

[3Pour écouter le podcast : link.infini.fr/reuav18102025.

 
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