Suisse : La mobilisation sociale ne sauve pas les immigrés

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Le 23 septembre, la fédération syndicale Unia réussissait une importante mobilisation des salarié-e-s du privé. Des revendications sociales et féministes, mais aussi, venant de la base, de nombreux slogans antiracistes. C’est que le lendemain 24 septembre, un durcissement des lois anti-immigré-e-s était soumis à référendum... un référendum remporté par l’extrême droite avec presque 70 % de Oui.

Le 23 septembre, 25 000 personnes descendaient dans la rue à Berne, à l’appel de l’Unia, la branche “ secteur privé ” de l’Union syndicale suisse (USS), une branche forte de 200 000 adhérent(e)s relevant des métiers du bois, bâtiment, textile, chimie, papier, métallurgie et horlogerie. Cette manifestation interprofessionnelle mettait l’accent sur l’augmentation des salaires, le rattrapage des inégalités hommes/femmes, et se portait contre le démantèlement des services publics suisses (poste et chemin de fer notamment).

Après le défilé, la foule a pu écouter des discours dans toutes les langues officielles du pays, avant de balayer la place et le gouvernement... euh non, avant de balayer la place, restons propres !

Les mots d’ordre qui, il faut le souligner, demandaient une augmentation double pour les travailleuses, se sont doublés d’un discours sur les deux lois anti-immigré-e-s soumises à votation le lendemain. En fait, ce discours antiraciste n’a pas été l’objet des interventions syndicales à la tribune, mais a été activement relayé par les banderoles et slogans des manifestant-e-s, dont de nombreux-ses syndicalistes membres de l’Organisation socialiste libertaire (OSL). Un cortège libertaire d’une centaine de personnes s’était inséré dans ce défilé monochrome rouge (les couleurs de l’USS) où s’expriment par ailleurs des groupes de sensibilité libertaire comme le Gewerkschaftsforum de Zürich. Il soufflait un vent de lutte des classes et d’appel à la solidarité internationale, de quoi décoiffer les 70 % d’électeurs qui, le lendemain, devaient avaliser le durcissement des lois anti-immigré-e-s !

Racisme d’Etat

Le dimanche 24 septembre, par référendum, 67,8 % des électeurs ont accepté des restrictions d’accès au droit d’asile et 68 % le durcissement de la réglementation sur l’immigration. Aucun des 26 cantons ne s’est opposé à la nouvelle réglementation.

Le texte sur l’asile prévoit le rejet sans examen des demandes des personnes dépourvues de papiers d’identité et remplace l’aide sociale en faveur des débouté-e-s du droit d’asile par une simple “ aide d’urgence ” de 960 francs suisses par mois (604 euros). Les autorités pourront aussi détenir les débouté-e-s “ récalcitrant-e-s ” pendant 18 mois au lieu de 9 actuellement.

Les camarades de l’OSL confiaient, entre deux distributions de tracts (une diffusion très active), qu’ils appréhendaient fortement un haut score du Oui aux votations qui sonnerait comme un plébiscite pour Christoph Blocher, conseiller fédéral pour l’Union démocratique du centre (UDC), le “ Le Pen helvétique ” pour aller vite. La votation passée, peut-être Blocher a-t-il cru pouvoir dire tout haut ce qu’il pensait. Le 6 octobre, ce milliardaire fascistoïde dénigrait l’article 261 bis du code pénal, contre la discrimination raciale et le négationnisme : “ Cet article me fait mal au ventre ”, lâchait-il, suscitant une vague d’indignation. Mais parmi celles et ceux qui estiment qu’il est allé trop loin en critiquant cet article 261 bis, combien parmi eux-elles ont voté ses lois anti-immigrés, qui le montrent bien plus disposé à intégrer l’Europe des patrons et des banquiers - rappelons les accords de coopération des polices française, allemande et suisse pour faire la chasse aux sans-papiers.

Certain-e-s de celles et ceux qui, parmi les plus chanceux-ses, sont passé-e-s de centre de rétention en centre de rétention et ont pu quand même exploiter certaines “ failles ” du système pour en sortir, parlent des mauvais traitements subis durant leur incarcération, voire de torture - les mauvais traitements sont pour leur part avérés dans les geôles françaises et allemandes. La Suisse n’est pas un pays où l’on vit forcément bien. Malgré un niveau de vie supérieur, la société de classe y scinde comme ailleurs riches et pauvres, les “ sans ” y sont aussi peu considérés qu’ailleurs.

Mettre Blocher en échec

23 septembre et 24 septembre. Une grande mobilisation suivie d’une grande défaite, ce sont deux signes que les travailleuses et travailleurs suisses ont besoin de la solidarité internationale pour faire entrer un peu d’air dans leurs vallées bucoliques mais confinées, pour ne pas réserver la libre circulation aux seuls capitaux, pour relancer cette mobilisation, lui donner un tour qui mette en échec Blocher comme l’identification suisse au repli culturel et à la soi-disante “ initiative individuelle ” capitaliste.

Gegen Abschiebung,gegen Sozialabbau : Selbstorganisation !

Theo von Hippel (AL 68)

 
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