Téléphonie : Le Midi, moteur des luttes

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Avec 40 % de grévistes sur toute la France, la journée d’action du 31 mai contre la fermeture d’agences locales et la suppression de 22 000 emplois a été la plus importante dans le groupe France Télécom depuis des années. Pourtant, Sud-PTT aura eu bien du mal à obtenir cette grève dans l’unité.

« Votre emploi n’est pas viable sur votre site, nous sommes obligés de regrouper l’activité sur une métropole, c’est l’avenir de l’entreprise qui est en jeu ! » Voilà en gros le discours qui nous est servi, avec les arguments habituels de la concurrence, de « l’évolution du monde des télécoms » dont nos cadres ont la vision au-delà d’une décennie… eux qui changent d’organisation tous les deux ans !

La direction de France Télécom veut supprimer 22 000 emplois en trois ans, avec 1 600 recrutements de CDI sur la période. Le statut de fonctionnaire de la majorité des agents est une aberration dans la gestion capitaliste de cette multinationale… On nous vend la « mobilité » comme un progrès, alors que ça correspond juste à une fermeture des agences locales, et que les agents doivent se taper de plus en plus de distances pour intervenir.

Midi rouge

C’est sur la direction territoriale Sud (DT Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon), et sur la direction territoriale Caraïbes que la résistance aux fermetures d’agence est la plus vive, avec des actions assez virulentes : 1 000 grévistes en manif le 29 mars à Toulouse – on ne voit pas ça tous les jours –, 40 % de grévistes sur la DT Sud et 500 manifestantes et manifestants le 26 avril à Montpellier, le comité d’entreprise (CE) envahi. Entre deux réunions du CE de la DT, les actions continuaient, mais France Télécom aussi agissait : pressions individuelles, fausses rumeurs, etc.

Nous ne souhaitions pas rester cantonnés aux frontières régionales. Mais la fédé Sud-PTT avait du mal à mobiliser les autres organisations nationales (certains ne voulaient pas de lutte pendant la présidentielle !), et il aura fallu attendre fin mai pour obtenir une journée d’action nationale.

Le 31 mai à Toulouse, malgré la pluie environ 500 grévistes se réunissent devant la direction territoriale. L’intersyndicale, reçue par le directeur, Alexandre Martinez, n’a même pas pris le temps de s’asseoir : nous résumons le motif de notre grève, en renvoyant aux mobilisations du 29 mars et du 26 avril : non aux fermetures de sites !

Solidarité France Télécom-SFR

Mais le temps fort de cette journée, ç’aura été la convergence avec les collègues de SFR, en lutte également. Même gestion financière, même résultat sur les salarié-e-s, même résultat pour les actionnaires. Les deux manifestations, SFR et France Télécom, ont trouvé spontanément les slogans de nos revendications communes. De leur côté, pas mal de jeunes dynamiques. Ils et elles nous ont accompagné devant le siège de la direction territoriale, et de notre côté nous les avons soutenu devant le siège de leur direction. Nous avons terminé là par des prises de paroles et des promesses d’échanges constructifs et de luttes collectives.

La privatisation, la libéralisation du marché et la casse du statut de fonctionnaire, en créant de nouvelles entreprises de téléphonie et de nouvelles catégories de travailleuses et de travailleurs, avaient un peu déstabilisé la fédération Sud-PTT, dont la branche télécom s’était historiquement bâtie sur la défense du service public qu’était France Télécom. Aujourd’hui les craintes de division ont fait long feu, la journée de convergence du 31 mai le montre, et Sud-PTT syndique à présent des salarié-e-s de divers statuts et diverses entreprises (France Télécom, SFR, Bouygues, etc.).

Faire plus et mieux

Passée la journée d’action nationale, la lutte continue dans le Midi. Ne tournons pas autour du pot, ce qui a été obtenu, le report des projets de fermeture jusqu’au prochain CE de la DT Sud (un mois au plus) n’est qu’un répit. Le directeur territorial et président du CE a répété, au cas où nous n’aurions pas compris, que le projet n’était pas annulé.

Certes, il a accepté de retirer de l’ordre du jour les points relatifs aux fermetures de sites. Si ce n’est pas négligeable, c’est en-deçà de ce que sont venus chercher les salarié-e-s, à savoir un moratoire sur l’ensemble de projets. De nombreux employé-e-s, en particulier ceux et celles des sites directement menacé-e-s, avaient l’impression d’une journée pas complètement réussie. Avec une pression plus forte au moment où le directeur territorial lâchait du lest, peut-être aurions-nous pu arracher le moratoire. Les batailles que l’on perd sont celles que l’on ne mène pas.

Michel (AL Gers)

 
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