Syndicalisme

Théorie politique : B.A-BA du syndicalisme révolutionnaire




Pour l’UCL les deux mots d’ordre importants sont « anticapitalisme » et « autogestion ». Derrière ces concepts parfois abstraits se cachent des pratiques très concrètes : celles du syndicalisme, et plus particulièrement du syndicalisme révolutionnaire. Reprenons les bases. 

Le capitalisme organise la production économique en séparant la société en deux classes distinctes : la bourgeoisie qui possède les moyens de production, et la classe des travailleurs et travailleuses (aussi appelée prolétariat) qui utilise ces moyens de production pour produire ce qu’on lui dit de produire. La bourgeoisie vit de la richesse créée par les travailleurs et travailleuses, et ne leur en reverse qu’une petite partie, qu’on appelle salaire. 

L’anticapitalisme est la lutte contre cette organisation économique et sociale. Cette lutte peut prendre des formes diverses. Nous pensons que c’est dans les luttes d’aujourd’hui que se prépare la société de demain. Ainsi, nous défendons une approche autogestionnaire et organisée des luttes. Autogestionnaire, c’est-à-dire menée par la base, car c’est elle qui maîtrise le sujet de sa ­lutte, dans une autonomie vis-à-vis de l’État, du patronat, et de toute forme de direction extérieure. Organisée, de telle façon à allier efficacité et démocratie interne. Pour mener la lutte anticapitaliste, il faut donc une organisation qui regroupe largement les travailleurs et travailleuses, qui soit démocratique et qui a la volonté de lutter. Ça tombe bien, il y a justement des organisations qui s’approchent de ces trois critères : les syndicats !

Réunion du premier Congrès syndicaliste international à Londres (1913).
Pelloutier.net

Le mouvement syndical est né de la volonté d’organisation des travailleuses et des travailleurs en révolte contre l’oppression et l’exploitation. Il permet d’opposer au patronat, qui compte sur l’isolement individuel des prolétaires, la force collective qu’apporte l’action concertée. La participation active au syndicalisme, comprise d’abord comme une pratique de lutte et d’auto-organisation unitaire, de masse et de classe, est un élément révolutionnaire essentiel pour l’UCL.

Le cœur de la stratégie de l’UCL

Le syndicalisme révolutionnaire (SR) est un courant du syndicalisme qui a émergé au début du XXe siècle. Il s’est construit en opposition à la social-démocratie. Les syndicalistes révolutionnaires placent le syndicat au cœur de leur stratégie révolutionnaire : c’est le syndicat qui organise les travailleurs et travailleuses sur la base de la classe sociale. Contrairement à d’autres courants révolutionnaires qui pensent que la révolution doit être menée dans les partis politiques et relèguent le syndicat aux luttes du quotidien, le SR lie les deux, c’est ce qu’on appelle la double besogne [1].

La double besogne affirme que c’est dans les luttes du quotidien (par exemple, pour l’augmentation des salaires ou pour des jours de congés supplémentaires) que se construit et se renforce la conscience de classe qui permet de forger les perspectives révolutionnaires ! C’est donc tout un jeu d’équilibriste auquel s’adonnent les syndicalistes révolutionnaires. À ne parler que de révolution, on se couperait de celles et ceux avec qui l’on souhaite s’émanciper et on se renfermerait en un groupe inaudible aux masses. Mais à se contenter des luttes du quotidien sans perspectives révolutionnaires nous ne serions qu’un simple pansement au capitalisme.
La division syndicale est le résultat de plusieurs facteurs : bureaucratisation, remise en ­cause de l’indépendance syndicale, pratiques antidémocratiques, auxquelles se sont ajoutés depuis, concurrence et esprit de chapelle.

Dessin publiée dans Solidarity, le journal de l’Industrial Workers of the World (IWW), le 30 juin 1917.
Ralph Chaplin

Que porter dans les syndicats  ?

À l’opposé de cette logique, par-delà les « patriotismes d’organisation », nous affirmons la nécessaire unité ouvrière et entendons œuvrer à créer les conditions ­d’une réunification du mouvement syndical de classe et de lutte... sans en nier les difficultés. La perspective d’une unification des syndicats de lutte CGT-FSU-Solidaires s’est ouverte au cours des dernières années [2]. Elle accoucherait d’un acteur incontournable dans la lutte des classes en France. Elle aiderait notre classe à reprendre confiance dans sa force collective. Et en cela, elle favoriserait une résurgence du syndicalisme révolutionnaire. 

Autre enjeu, dans sa grande majorité le syndicalisme ne s’est pas adapté à l’évolution du capitalisme depuis une cinquantaine d’année. Le syndicalisme se retrouve donc structuré autour de quelques gros bastions ouvriers, entourés de déserts syndicaux dans de trop nombreuses structures. Pour reconstruire la solidarité entre tous et toutes les salariées d’une même branche économique, il faut transformer nos syndicats d’entreprises en syndicats locaux de branches, pour accueillir tous les travailleurs et travailleuses d’une même branche (exemple : la métallurgie, la construction, les commerces et services, les bureaux d’études, etc.) même si nous sommes dans des entreprises différentes [3].

Sceau classique du Syndicalisme révolutionnaire, une poignée de main au-dessus du globe terrestre. Ici le sceau du NAS néerlandais.
Wikimedia

La CGT et le syndicalisme révolutionnaire se sont grandement développés avec les Bourses du travail à partir des années 1890. Ces lieux sont devenus des points centraux de développement de la culture prolétarienne et de la lutte des classes. Actuellement, les unions locales (UL) et départementales (UD) sont les outils pour permettre de faire émerger une conscience de classe, à travers la pratique interprofessionnelle. En favorisant la rencontre, les échanges et la solidarité entre travailleuses et travailleurs de différentes professions, elles permettent de construire la conscience d’intérêts communs de notre classe, mais aussi de renforcer les luttes des unes et des autres. À la différence du discours idéologique sans pratique interprofessionnelle structurée, les UL et UD permettent d’ancrer dans le quotidien des réflexes de dépassement du corporatisme. Leurs investissements doivent être le plus large possible par les syndicats, pour y assurer un rôle de coordination des syndicats de manière démocratique dans une perspective de syndicalisme de classe.

Les militants et militantes communistes libertaires peuvent contribuer à collectiviser leurs expériences qui marchent et ainsi faire avancer la relance du syndicalisme révolutionnaire.

Francis (UCL Marseille)

Le livret dont est tiré cet article est disponible auprès de votre groupe UCL le plus proche.  

[1Lire aussi «  Charte d’Amiens : cent ans après  », Alternative libertaire no 151, mai 2006.

[2Lire aussi «  Syndicalisme : Unifier pour mieux lutter  », Alternative libertaire no 359, avril 2025.

[3Lire aussi «  Congrès syndical : Les enjeux du 54e congrès de la CGT  », Alternative libertaire n° 370, avril 2026.

 
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