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Tour de France : le sport pour blanchir l’apartheid israélien

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Le Tour de France 2020 a connu la première participation de l’équipe cycliste israélienne Israël Start-up Nation créé dans le but de promouvoir le pays et de légitimer sa politique.

Cette année, crise du Covid oblige, la 107e édition du Tour de France s’est déroulée en décalé du 29 août au 20 septembre. Cette compétition cycliste, la plus suivie au monde, reste un évènement sportif populaire par excellence du fait de sa gratuité. Si les équipes des coureurs sont généralement financées par de grandes entreprises, l’une d’entre elle a dénoté par son caractère éminemment politique.

En effet Israël Start-up Nation créé en 2015 et présente pour la première fois sur la Grande Boucle, est financée par le milliardaire canadien Sylvan Adams qui ne cache pas sa volonté de contribuer au rayonnement d’Israël grâce au sport : « Ma marque, c’est de promouvoir le pays d’Israël. Est-ce que c’est un geste diplomatique ? Oui, on est fiers de notre pays. Je suis fier de voir Israël sur les maillots. » Soutenue officiellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement d’extrême-droite, l’équipe et son mécène avaient déjà fait parler d’eux en intégrant en 2018 le Giro (Tour d’Italie cycliste), édition dont les trois premières étapes s’étaient déroulées en Israël, avec un grand départ de Jérusalem.

Quelques mois après l’annonce par Trump du transfert de l’ambassade des Etats-Unis dans la ville, l’Etat hébreu avait réussi à imposer le retrait par les organisateurs de la mention « Jérusalem Ouest » comme ville de départ sur la carte officielle du parcours estimant par la voix de son ministre des Sports qu’il n’y a « qu’une seule Jérusalem unifiée, la capitale d’Israël ».

Une violation manifeste du droit international faisant apparaitre l’enjeu pour Israël de la légitimation de sa politique coloniale par le sport. Lors des 18 autres étapes du Giro 2018 en Italie des manifestants en bord de route ont affiché un soutien à la Palestine et au boycott d’Israël, visible par les dizaines de millions de téléspectateurs de l’épreuve à travers le monde.

Soft power colonialiste

En parallèle, le milliardaire assure aussi la présence d’Israël en Formule 1. C’est un véritable « blue-washing » dans tous les domaines qui est en train de s’instituer (en référence à la couleur du drapeau Israélien). Ce « soft power » de l’État hébreux va jusqu’à étonner Rudy Barbier, un coureur français de l’équipe israélienne lorsqu’il évoque sa première visite dans le pays : « Je m’attendais à faire des tests physiques, des choses vraiment liées à mon travail, raconte-t-il. Mais finalement, c’était purement pour me faire connaître le pays, avec des visites de musées, d’églises, des commémorations de guerre... » [1].

On pourrait appeler cela de l’endoctrinement, mais on entend plutôt les mots de « publicité positive » de la part de nos médias autour d’Israël Start Up Nation qui fait des coureurs de véritables ambassadeurs. Et cela risque de se poursuivre. En effet Christopher Froome, cycliste britannique quatre fois vainqueur du Tour de France, vient de s’engager dans l’équipe israélienne.

Le 20 septembre, à Bazemont (Yvelines), une équipe de l’Union communiste libertaire a déployé une banderole pour dénoncer l’opération de communication sous le maillot « Israël start-up nation ».

Pourtant il est impossible d’ignorer les discriminations que subissent les palestinien·nes jusque dans leurs pratiques sportives. Le 18 juillet, cinq cyclistes palestiniens ont été attaqués et blessés par des colons israéliens dans le nord de la Cisjordanie. Pour dénoncer cette participation d’Israël Start Up Nation, plusieurs actions de solidarité avec le peuple palestinien ont eu lieu sur le parcours du Tour de France 2020.

Du sang sous les roues

Par le sport, le gouvernement israélien entend ainsi normaliser et dissimuler sa politique criminelle. Rappelons qu’en juillet dernier devait démarrer l’annexion de nouveaux territoires palestiniens en Cisjordanie prévue par le « plan Trump » (voir article dans AL de mars 2020). Si celui-ci a été momentanément reporté par Netanyahu afin de permettre la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, il reste à l’ordre du jour. « J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », a récemment déclaré le Premier ministre israélien.

Ironie de l’histoire, Israël Start Up Nation s’aligne désormais dans les grandes compétitions cyclistes aux côtés de deux autres formations majeures liées à des Etats, qui sont des pays du Golfe : les Emirats arabes unis et Bahreïn, avec lesquels Israël normalise ses relations. Il s’agit d’UAE Team Emirates, l’équipe du vainqueur du Tour de France 2020 Tadej Pogacar, et Bahrain-McLaren, initiée par le prince Nasser ben Hamed Al Khalifa, un tortionnaire d’opposants lors de la répression du soulèvement de 2011 [2].

L’actualité réelle en Palestine continue quant à elle d’être occultée par les médias occidentaux :

– Le blocus de la bande de Gaza s’est renforcé cet été, l’armée israélienne bombardant le territoire pendant 11 nuits d’affilées et interdisant l’entrée de tous les biens et marchandises.

– En Cisjordanie, l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, déjà emprisonné durant 8 années, de nouveau arrêté début juillet 2020 puis relâché, vient de se voir notifier un avis d’expulsion de Jérusalem alors qu’il y est né !

Basile (UCL 93-centre)

[1« Le milliardaire qui voulait faire rayonner Israël par le cyclisme » sur francetvinfo.fr

[2« Un prince bahreïni accusé de torture, pas inquiété par la France » sur Libération.fr

 
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