Transport aérien : Big brother is watching you... now !

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Georges Orwell, né il y a tout juste un siècle, l’avait imaginé dans son roman 1984, l’administration des « faucons » d’extrême droite étatsunienne est en train de le faire : le flicage généralisé de toute personne arrivant en avion - entre autres - sur le sol américain prend réellement une tournure hallucinante... avec la complicité passive des compagnies aériennes, des États, et de la Commission européenne.

Les douanes américaines exigent le pedigree de tout étranger passager du transport aérien. Depuis janvier 2004, les gabelous nord-américains imposent un nouveau système de « filtrage » des passagers étrangers sur 115 aéroports US. Ces derniers se verront désormais attribuer avant l’embarquement des « codes » de trois couleurs différentes censées indiquer le niveau de dangerosité pour la sécurité nationale grâce à un système informatique intitulé CAPPS II (Computer Assisted Passenger Pre-Screeening). Ce système est utilisé par l’administration des transports USTSA (United States Transportation Security Administration) et permet le croisement de données sur les passagers : identité et données personnelles, policières, judiciaires et bancaires.

Parallèlement, un nouveau système de contrôle des entrées et sorties des étrangers munis de visas touristiques, US VISIT (United-States Visitor Information and Immigrant Status Indication Technology) permet de contrôler des informations recueillies dans les consulats nord-américains sur les touristes, résident(e)s ou immigrant(e)s. Ces données seront fournies par CAPPS II (qui fait suite à CAPPS I, première version...) et seront consultables par toutes les agences gouvernementales nord-américaines intervenant sur la sûreté et la sécurité, y compris le FBI et la CIA.

Tout visiteur entrant sur le territoire US sera « scanné » par un système de reconnaissance biométrique, inaugurant ainsi ce qu’un professeur d’université européen enseignant aux USA nomme le « tatouage biopolitique ». Toutefois, les ressortissants de 28 pays seraient exemptés de contrôle, dont ceux de la France, à condition que les États concernés leur fournissent d’ici octobre 2004 des passeports à puce contenant les informations biométriques exigées : identité, photo, empreintes digitales et/ou reproduction de l’iris de l’œil !

Les compagnies aériennes balancent aux flics US leurs « fichiers passagers »...

Les douanes nord-américaines possèderont ainsi grâce à CAPPS II plus de 40 informations sur tous les passagers à destination des USA au moment même de l’embarquement et quel que soit l’aéroport d’origine. Ces données seront extraites des systèmes de réservation informatisés de type GDS (Global Distribution System) ou de type « Amadeus » pour certaines compagnies européennes comme Air France par exemple, et plus précisément des fichiers de réservation des clients des compagnies aériennes intitulés PNR (Personnal Name Record). Les fichiers PNR sont ouverts dès l’attribution d’un numéro de réservation au passager et ces fichiers n’étaient consultables jusqu’à aujourd’hui que par les services commerciaux des compagnies pour mieux « accompagner », « cibler » et « fidéliser » leur clientèle : numéro du vol, date et lieu d’émission du billet, nom et prénom du passager, voyages aériens précédents et compagnies utilisées, informations sur la carte bancaire, spécificité culturelle (par exemple sur le repas prévu : végétarien, hallal, casher...), mais aussi d’autres données comme le nom de l’éventuel réceptionnant à l’aéroport d’arrivée, si le passager est en voyages de noces ou s’il est considéré comme « indiscipliné » (agité, suspect d’alcoolisme, etc.) Il faut rappeler qu’un autre fichier « passager » APIS (nom, prénom, sexe, numéro de passeport, nationalité, date de naissance) était transmis spécifiquement aux douanes US depuis plusieurs années, ce qui confirme que les velléités de flicage généralisé de tout bipède de l’espèce humaine atterrissant sur le sol US remontent bien avant la « chasse aux terroristes ».

Les mensonges de la Commission européenne...

En mars 2003, la Commission européenne, répondant aux exigences de l’administration US, signait un accord provisoire contraignant les compagnies aériennes à livrer leurs fichiers passagers... sous peine d’une amende de 6 000 dollars par passager et de la perte du droit d’atterrissage infligés par ladite administration. En décembre 2003, un nouvel accord limite à 34 le nombre de champs de données personnelles exploitables par les douaniers, flics, agents fédéraux, services secrets et autres barbouzes de tous poils. La commission affirme que cette transmission de fichiers exclue les données judiciaires, sauf que pour sérier ainsi les données concernées... il faut mettre en œuvre des filtres informatiques qui n’existent pas !

Un haut fonctionnaire nord-américain a même récemment reconnu que le système CAPPS II recueillera l’ensemble des données exploitables transmises par les compagnies aériennes, malgré le non-respect de la législation européenne - et française - sur la protection des données individuelles.

Air France : la complicité de la direction et la passivité des syndicats...

Depuis peu, les autorités US ont mis en œuvre une procédure d’exception dite « procédure spécifique d’entrée » (National Security Entry - Exit Registration System) qui consiste à faire subir un parcours particulier de contrôle aux passagers mais aussi aux membres d’équipages aériens (pilotes, stewards et hôtesses...) nés dans une dizaine de pays (Algérie, Tunisie, Maroc, Libye, Iran, Irak, Syrie, Égypte, Liban, Indonésie). Ces derniers devront subir en sus un interrogatoire par un agent du TSA (Transportation Security Agency), agence US de la sécurité aérienne et aéroportuaire. En dehors du fait que les pays « amis » tels que l’Arabie saoudite ne sont pas concernés, pour celles et ceux qui sont nés dans un de ces dix pays et quelles que soient leurs nationalités, la présomption de culpabilité d’actes terroristes pèse sur leurs épaules à leur arrivée dans la plus grande puissance mondiale.

À Air France, la direction a discrètement négocié avec les syndicats et les agents concernés pour qu’ils changent d’affection sur d’autres destinations : le marché aérien transatlantique est bien trop juteux pour s’embarrasser de considérations sur ces scandaleuses atteintes aux libertés ! Seuls les syndicats SUD-Aérien (sol) et Alter (pilotes) ont dénoncé ce scandale auprès des salarié(e)s.

Un délire paranoïaque... liberticide et mortifère !

Dorénavant, dans les avions, les portes d’accès au cockpit seront blindées, les postes de pilotage sont sous contrôle vidéo, et les autorités US font le forcing pour que les pilotes soient armés et que des agents de sécurité armés soient présents, à terme, à bord de tous les vols. Mais le plus grave, et ce dans la quasi-indifférence générale des organisations politiques et syndicales, est l’accompagnement de certains avions survolant le territoire US par des chasseurs F16... mais y compris de certains vols sensibles au-dessus du territoire français par des chasseurs français. Les procédures ne prévoyant pas de contact radio bilatéral entre l’avion d’Air France et l’avion militaire, ce dernier doit rester en contact visuel permanent avec l’avion civil sans être visible de l’équipage et des passagers, et le chasseur peut « accompagner » jusqu’à la phase finale de l’atterrissage.

Évidemment, aucune concertation n’a eu lieu avec les personnels concernés ainsi qu’avec les syndicats, alors que selon la direction d’Air France « la mission de l’avion de chasse consiste à s’assurer que les opérations se déroulent conformément au plan de vol prévu ». Or, comme s’interrogent plusieurs syndicats de personnels navigants, si pour une raison technique ou de sécurité le commandant de bord doit effectuer une manœuvre non prévue, quelle sera l’interprétation de cette manœuvre par le pilote du chasseur ?

Procope Séméniouta

Pour info, consultez le site IRIS : www.iris.sgdg.org/actions/pnr

 
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