Treizième Rencontres nationales du travail social en lutte : Une mobilisation constante pour la considération des travailleuses

En octobre, à Marseille, avaient lieu les 13e rencontres nationales du travail social en lutte (RNTS). 103 personnes se sont réunies, représentant une quinzaine de délégations. Retour sur les échanges et les perspectives dans un secteur très féminisé et par conséquent plus que maltraité.
L’année dernière de nouveaux plans sociaux ont commencé dans le secteur : suppression de 50 à 60 postes dans le service de prévention spécialisée à Lille, suppression de 500 postes de contractuel⸱les au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse, baisse toujours plus marquée des moyens et des effectifs pour l’accompagnement des mineures non accompagnées, etc.
L’État entre silence et casse du secteur
Face à cette débandade au sein des départements et des associations, l’État lui-même a demandé un rapport sur le secteur. Celui-ci est sans appel : il faut d’urgence augmenter les salaires et mettre en place une convention collective de haut niveau afin de permettre de meilleures conditions de travail et donc d’accompagnement des personnes les plus vulnérables. À quoi bon suivre les préconisations d’un rapport que l’on a soi-même commandé ? La réponse de l’État a été tout autre : silence total et donc blocage au sein des négociations pour la convention et attaques toujours plus renouvelées contre les travailleurs et travailleuses du social dont la généralisation de la tarification à l’acte et l’attaque sur les diplômes.
En réponse à ces mesures dégradantes, le secteur s’organise, particulièrement sous la forme de collectifs de lutte issus d’assemblées générales interprofessionnelles. Mais la répression ne prend plus de gants. Dans le Gard, suite à des mobilisations, de nombreux licenciements parmi les camarades syndiquées ont été essuyés. À Toulouse, 500 salariées ont également été licenciées par le Conseil départemental via un simple mail, en lien avec l’activité du collectif Travail social en lutte. Dans la prévention spécialisée, ce sont également des collègues qui ont été licenciées pour avoir posé en photo avec de jeunes accompagnées et un drapeau palestinien.
Une formation qui dépolitise le travail social
Au-delà des coupes budgétaires parce que nos publics ne rapportent pas d’argent et de la maltraitance institutionnelle « classique », l’État cette année prend le problème à la source : la formation. En effet, dans le travail social, les formations définissent les diplômes, les spécificités de chaque acteur et actrice, mais également la grille de salaire qui va avec. L’idée ici est de casser le système de branches pour ne plus avoir que des « référents et référentes sociales » à la place des autres corps de métiers. À terme, les travailleurs et travailleuses ne seraient donc plus éducateurs ou éducatrices spécialisées, des assistants ou assistantes sociales ou encore des conseillères en économie sociale et familiale rémunérées selon leur diplôme et leur ancienneté, mais des référents et référentes sociales payées à la tâche et selon un score de points. Il s’agit ni plus ni moins que de la mise en concurrence des salariées entre elles et eux.
Deux idées sont à la manœuvre dans cette casse des diplômes. La première est bien évidemment la question du contrôle social des masses populaires et non plus de l’accompagnement à l’autonomie et l’émancipation. La suppression du mémoire de réflexion, la baisse des heures de théorie au sein de la formation ont pour conséquence d’attaquer la question de la posture professionnelle et de l’éthique de chaque travailleur et travailleuse du social. Plus besoin de remise en question, de réflexivité, ou d’analyse des situations pour avoir des réponses individuelles au plus près des besoins ; la tâche des futures « référents et référentes sociales » ne sera que de mettre en œuvre des politiques de contrôle.
La seconde est moins évidente : il s’agit d’une attaque réactionnaire sur les métiers féminisés. Les métiers du soin, de l’accompagnement, de la relation à l’autre, ne sont pas considérés comme des métiers à part entière mais comme des compétences de care naturellement présentes chez les travailleuses.
Un travail féminin n’est pas un vrai travail pour l’État
Depuis le début de cet article, nous parlons de travailleurs et travailleuses, mais la réalité est qu’il faudrait davantage parler de travailleuses. La répartition genrée dans les métiers du social est effrayante : 9 travailleurs et travailleuses sur 10 sont des travailleuses ! L’explication de cette répartition est à trouver dans l’histoire et dans le patriarcat. Originellement, le travail social auprès de personnes vulnérables, âgées ou en situation de handicap était très majoritairement exécuté par des sœurs ou alors des dames patronnesses – c’est-à-dire des femmes issues de la bourgeoisie dans une démarche de charité. Il s’agissait alors d’une extension de leur rôle de femme au foyer. À présent que le soin est un secteur professionnel à part entière, on pourrait s’attendre à une mixité dans le recrutement. Raté.
Le travail social se caractérise par le qualitatif en opposition au quantitatif. Accompagner un enfant en foyer, c’est des centaines de petits gestes et paroles du quotidien qui fondent une relation à l’autre qui vient soutenir et parfois soigner les blessures qui saignent. Il s’agit en d’autres termes de compétences professionnelles difficilement objectivables et évaluables qui sont considérées de fait comme le prolongement du travail domestique. Les hommes quant à eux – ça ne surprendra personne – sont en surnombre dans les postes d’encadrement et de direction. Toujours considéré comme inférieur et effectué en grande partie par des femmes, le travail social ne mérite donc ni considération ni augmentation salariale. Et c’est là tout le problème du serpent qui se mord la queue : secteur féminisé donc méconsidéré, pas de valorisation dans les salaires ou dans les budgets des établissements, pas de construction d’un secteur social attractif pour les professionnelles et efficient pour les publics, dégradation des conditions de vie des usagers et usagères, et ainsi de suite.
L’espoir dans le collectif
Que faire alors ? C’est dans la fonction même d’une travailleuse sociale, peu importe la situation, de ne jamais baisser les bras pour le public qu’elle accompagne et d’essayer, de recommencer tous les jours. Cette abnégation mise au service des usagers et usagères, ne se transcrit malheureusement pas souvent dans la lutte pour l’amélioration de ses propres conditions de travail. Toute la difficulté est de faire comprendre aux travailleuses sociales que les deux sont liés. Plusieurs syndicats combatifs (CGT, SUD Santé sociaux et CNT) sont implantés dans le secteur. De plus en plus, le modèle de collectif local, d’assemblée générale de lutte se généralise au secteur social également. Les RNTS ont rassemblé syndicalistes, militantes de collectifs en lutte, travailleurs et travailleuses sociales isolées et ensemble un constat était partagé : celui du ras-le-bol des grèves perlées inutiles. Une proposition très volontariste a donc été adoptée, celle d’une grève de 3 jours les 16, 17 et 18 décembre avec notamment pour objectif de soutenir la grève de la Marche des solidarités. Charge à chacun et chacune de pousser dans nos structures pour relever le défi !
Myriam (UCL Marseille)





