Tri postal : La fronde des brigades de nuit

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Les brigades de nuit des centres de tri ont des revendications spécifiques qui sont trop souvent les « oubliées » des luttes à La Poste. Or, depuis le 16 octobre, un mouvement de grève touche spécifiquement ces services de nuit. Quelles sont les revendications et comment ont-elles émergé ?

Il fallait bien que ça parte de quelque part. Ça été de la section SUD du centre de tri courrier (CTC) d’Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne.

Après un certain nombre de grèves, dont celles contre la loi Fillon sur les retraites en 2003, la section syndicale a passé des heures à débattre d’une question : comment préparer une grève coordonnée dans les services de nuit, qui ont des revendications spécifiques. Les agents de ces brigades participent à toutes les luttes mais ont souvent le sentiment que leurs revendications – l’heure de nuit et les régimes de travail [1] – passent au second plan dès qu’une grève « postale » est en préparation. « Après une grève gagnante fin 2005, explique Jean-Paul Dessaux, un des animateurs de la section, l’idée nous est venue de lancer un appel aux sections syndicales de tous les centres de tri d’Ile-de-France afin de se rencontrer. Cet appel, soutenu à Issy par FO, SUD et la CNT, a été signé par tous les agents grévistes du centre. La première rencontre a eu lieu début février 2006. Et c’était parti… »

Diversité des actions grévistes

L’objectif, dès le début, était une grève coordonnée des centres de tri, dans un mouvement qui dure. Au cours des ces réunions, « suspendues » pendant le mouvement anti-CPE, tout est discuté : la date de départ en grève (avec un faux départ en juin), l’extension possible aux services de jour, et la forme de la grève. « Afin de durer, nous avons finalement opté pour une lutte associant les contractuels à raison d’une heure de grève par nuit, les fonctionnaires faisant grève chaque vendredi soir », explique Jean-Paul.

Loin de diviser le personnel de nuit, la combinaison de ces deux formes d’action est largement comprise et fonctionne plutôt bien. En effet, pour les fonctionnaires, la retenue incompressible par jour de grève est de 1/30e de la rémunération mensuelle, quelle que soit la durée effective du débrayage. Alors que pour les contractuel(le)s, qui relèvent du droit privé, jusqu’à 59 minutes de grève la retenue ne peut pas être supérieure à une heure.

Et le « tous ensemble » ?

À partir du 4 décembre, la fédération SUD-PTT, dont Jean-Paul Dessaux est membre du bureau fédéral, a déposé un préavis national de grève pour toutes les nuits du vendredi au samedi, afin de favoriser l’extension sur tout le territoire. FO a sorti un tract de soutien national et soutient les actions localement. La CGT ignore le conflit, arguant qu’il faut « mener une lutte d’ensemble ».

Mais ce discours est sans effet pratique, et prouve bien, a posteriori, qu’il ne fallait pas attendre une lutte globale pour nous lancer. Dans certains centres de province, cela a donné quelques échanges épiques. Le niveau de mobilisation atteint, avec un centre sur deux en grève, montre pourtant qu’une mobilisation de tous les centres – et de tous les services – serait possible.

Cependant, face à la directive européenne de libéralisation totale du courrier, il est crucial d’articuler revendications catégorielles (ici, les brigades de nuit) et action d’ensemble. « Nous sommes convaincus que cette forme de lutte est populaire parmi le personnel, avance Jean-Paul. Les taux de grévistes et le nombre de centres en lutte montrent qu’il y avait une véritable demande. On ne peut pas dire éternellement aux agents qu’il faut y aller tous ensemble surtout quand ce “tous ensemble” n’est jamais préparé. Cette grève prouve l’énorme capacité du personnel à réagir quand le syndicat met tous ses moyens à sa disposition. Elle prouve aussi que les personnels de nuit seraient partants pour des luttes plus globales… mais ils ne vont pas attendre pour poser leurs exigences propres. »

L’intersyndicale Ile-de-France des services de nuit s’est construite sur un mouvement et des revendications particulières. Mais déjà, au centre de tri de Rouen-Madrillet, les sections locales SUD et CGT ont lancé un appel qui étend les revendications aux équipes de jour, afin de développer la grève avec l’ensemble des services. « Nous n’avons pas développé et nous ne développerons jamais le culte du catégoriel, souligne Jean-Paul. Ce n’est pas notre culture et ce n’est pas notre volonté. La direction doit savoir que si nous avons la moindre opportunité de généraliser la grève à tous les services des CTC, nous ne la laisserons pas passer ! »

Gérard (AL Saint-Denis)

[1À La Poste, l’indemnité horaire pour le travail de nuit est de 1,22 euro depuis 1999 ; les agents revendiquent 3 euros. Les régimes de travail sont multiples : 2 nuits sur 4 (20h-6h) pour le régime traditionnel, 2 nuits sur 3, ou 5 nuits d’affilée (18h-1h, 0h-6h, 3h-10h, etc.).

 
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