Plein feux

Ukraine : A l’est, rien de nouveau




Avant son accession au pouvoir, Trump fanfaronnait qu’il pouvait régler la guerre en Ukraine en 24h. Six mois plus tard, rien ne semble pouvoir changer la donne. Depuis trois ans, la guerre lancée par Poutine continue son œuvre de destruction et de mort. La menace d’une extension géographique du conflit taraude les gauches occidentales. Où en sont les forces en présence ? Quel jeu jouent les différentes puissances intervenantes ? Quelles positions pour nos camarades de l’Est et pour le mouvement social, dans une perspective internationaliste et anti-impérialiste ?

Sur le terrain, l’ampleur des destructions donne le vertige : 200 000 morts militaires russes, 100 000 ukrainiens et ukrainiennes, et 400 000 blessées de chaque côté [1]. Près de 12 000 morts et mortes civiles et deux fois plus de blessées. Vingt pour cent du territoire ukrainien est occupé par l’armée russe, souvent complètement ravagé par les combats. Sur l’ensemble du territoire, des centaines de milliards d’euros d’infrastructures détruites, principalement en Ukraine, mais aussi en Russie.

L’Ukraine vit sous perfusion occidentale, en dépit des exportations céréalières. Près de 4 millions d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens sont réfugiées, principalement en Pologne et en Allemagne. En interne, l’état de guerre a réduit les libertés, même si elles ne sont pas suspendues. Les patrons tentent aussi d’en tirer profit pour renforcer l’exploitation des travailleurs et travailleuses qui ne sont pas sur le front. Environ 1,5 million de personnes sont mobilisées dans l’armée. Le gouvernement Zelensky, devant l’ampleur des pertes, s’est résigné à proclamer la conscription, mesure impopulaire là où le volontariat a été la règle depuis le début de l’invasion. Depuis, les désertions augmentent, mais l’armée ukrainienne contient les attaques russes sans pour autant être en mesure de renverser le rapport de force [2].

La Russie tient le choc des sanctions occidentales depuis trois ans. Aujourd’hui, c’est le complexe militaro-industriel qui alimente la machine économique. Poutine peut aussi compter sur le soutien logistique et commercial de nombreux pays amis. Cependant, l’inflation est galopante et la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir, l’armée aspirant de plus en plus de bras via un système de primes mirobolantes [3]. Politiquement, le pays est verrouillé depuis plusieurs années, mais la pression contre les opposants et opposantes s’est encore resserrée depuis le mouvement anti-guerre rapidement réprimé en 2022. La totalité des forces politiques institutionnelles soutient sans critique Poutine.

Militairement, la résistance des forces ukrainiennes a largement entamé les capacités offensives de l’armée russe. Cependant, le pays reste largement mieux doté que l’Ukraine : une industrie de l’armement développée, une disponibilité en hommes énorme et une autonomie sur le plan énergétique (pétrole et gaz). En dépit des pertes humaines et matérielles, l’État-major russe tient la ligne et continue les attaques, grignotant des bouts de territoire à un prix exorbitant, avec de l’aide extérieure, notamment les troupes nord-coréennes déployées depuis fin 2024.

Dans cette situation, le rôle des puissances dominantes, surtout des États-Unis aux côté de l’Ukraine, est déterminante.

Trump et l’alliance des autoritaires

Le moins que l’on puisse dire à ce sujet c’est que le président américain n’a pas caché ses sympathies pour Poutine. Cette position a éclaté aux yeux de toutes et tous lorsque que le président américain et son acolyte J. D Vance ont rabroué Volodymyr Zelensky et ont suspendu l’aide militaire américaine, permettant aux Russes de reprendre un avantage tactique certain dans la région de Koursk où l’armée ukrainienne avait lancé une incursion quelques mois plus tôt.

Mais au-delà, Trump fait du business et qu’importe la défense des valeurs démocratiques. Surtout désireux de conserver la suprématie américaine, Trump n’accorde que peu d’intérêt à l’Europe et a les yeux rivés sur l’Asie, notamment la Chine. Son seul objectif était d’obtenir la possession plus ou moins directe des ressources minières ukrainiennes, capitales pour l’économie numérique.

L’Assemblée nationale ukrainienne a validé un traité début mai 2025 et ce sans aucune garantie sérieuse. Une fois cela acquis, il y a fort à parier que Trump finisse par se détourner de la question ukrainienne, sauf pour vendre des armes.

Les différentes puissances européennes, France et Allemagne en tête, restent en soutien du gouvernement ukrainien, pas non plus par pure générosité mais parce qu’il y a un intérêt stratégique à ce que l’Ukraine échappe à la Russie pour s’aligner avec l’UE du fait de ses ressources et de son potentiel économique et militaire. Cependant, si jamais les États-Unis devaient retirer leur soutien, la faiblesse de l’appareil militaire européen ne suffirait certainement pas à combler ce retrait. Surtout, les classes dirigeantes européennes sont divisées, une partie (notamment l’extrême droite) étant alignée sur les intérêts russes.

Aucun des alliés ou partenaires de la Russie ne semble vouloir l’inciter à arrêter le conflit. La Chine reste politiquement attentiste, et comme l’Iran, et surtout la Corée du Nord, elle joue aujourd’hui un rôle déterminant dans les capacités russes à poursuivre la guerre.

Solidarity Collectives est un groupe d’anarchistes ukrainiens et ukrainiennes formé au début de l’invasion russe de 2022. Son objectif principal est de soutenir les camarades engagées dans les combats au front ainsi que d’apporter une aide concrète aux personnes touchées par l’invasion russe.
Solidarity Collectives

Pas de solidarité pour l’impérialisme occidental

Évoquer une intervention au sol des forces européennes, comme l’a fait Macron à plusieurs reprises, ne peut qu’inquiéter. Et une grande partie de la gauche occidentale se positionne contre cette option aux conséquences imprévisibles.

Par ailleurs, même s’il faut les mettre en perspective avec le coût d’un matériel militaire de plus en plus perfectionné, les montants dépensés couplés au martelage des derniers mois sur les pseudo-choix à faire entre défense de l’Ukraine et modèle social mettent notre classe en rogne dans cette période de déliquescence des services publics. Et ce, alors que les entreprises d’armement privées profitent allégrement du carnage.

La tentation est grande de vouloir revendiquer l’arrêt du soutien financier sur le modèle « pas de paix entre les classes, pas de guerre entre les peuples ». Mais se cantonner à cette position passe sous silence qu’il s’agit bien d’une guerre d’agression d’un pays impérialiste contre un autre qui ne fait que se défendre face aux menaces d’anéantissement. Force est de constater que le gouvernement Poutine ne souhaite pas la paix, et qu’à l’heure actuelle, aucune force politique du pays ne désire ou ne peut s’opposer massivement à lui. Poussé par son suprémacisme russe et convaincu de la capacité de son pays à tenir cette guerre d’usure meurtrière, il ne démord pas de son objectif de vassaliser l’Ukraine par la force, peu importe ce qu’il en coûte pour les Russes.

Le gouvernement ukrainien ne peut accepter le dépeçage de son territoire. Il est en cela encore soutenu par la majorité de la population. C’est à cette population et aux opposantes et opposants russes que doivent aller le soutien révolutionnaire. Nos camarades à l’est n’ont majoritairement pas varié de position sur le sujet [4] : pour elles et eux, le meilleur moyen d’ouvrir des perspectives politiques en faveur de notre camp, c’est que cette guerre se termine par une défaite de Poutine. En France et en Europe, des syndicalistes, militantes et militants ont pris le parti de soutenir la résistance populaire en Ukraine [5]. Que notre solidarité soit à la hauteur de leurs attentes !

Hugues (UCL Fougères)

[1Assma Maad et Pierre Breteau, «  Les conséquences pour l’Ukraine de trois années de guerre avec la Russie  », Le Monde, 22 février 2025.

[2Tristan Gaudiaut, «  Où en est le soutien à l’Ukraine après plus de trois ans de guerre  ?  », Statista, 29 avril 2025 et Olivier Dujardin «  Guerre en Ukraine : perspectives pour 2025  », Cf2R, février 2025.

[4Voir les différents articles sur le sujet parus dans Alternative libertaire et disponibles sur le site internet de l’organisation.

[5Voir le site du Reseau européen de solidarité avec l’Ukraine : Ukraine-solidarity.eu.

 
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