Ecologie

Univers artistique : le Solarpunk, un imaginaire libertaire

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Le mouvement créatif solarpunk s’est construit depuis le début des années 2000 en réaction à l’hégémonie grandissante du capitalisme dans nos imaginaires et en contre-pied de courants de pensée et artistiques bien plus pessimistes sur nos futurs possibles.

Il peut être difficile dans une société capitaliste aussi hégémonique que la nôtre d’imaginer la possibilité d’un autre futur. L’idéologie néolibérale est allée jusqu’à coloniser la fiction et par ce biais nos esprits.

Un exemple frappant est le mouvement cyberpunk qui, à travers des dystopies grossissant le trait d’un capitalisme décomplexé des années 1980, voulait avertir de ses méfaits. Mais si le genre connait une relative renaissance aujourd’hui, le mouvement est un échec total. Au lieu d’empêcher ce futur catastrophique d’advenir, son esthétique et ses idées ont été assimilées puis régurgitées par le système. Il aura rendu plus inévitable que jamais le présent qu’il voulait prévenir.

Le solarpunk est un mouvement bourgeonnant qui se construit donc en réaction à cet échec depuis les années 2000. C’est un mouvement artistique utopique qui cherche à représenter des sociétés égalitaires, décentralisées et écologiques. Si le côté Solar appuie un imaginaire basé sur le développement d’une civilisation capable de répondre aux enjeux écologiques, le côté punk en décrit la subversion.

A l’opposé d’un No future, acceptant la fatalité d’un système sans issue, il propose un futur enviable sur la base de concepts déjà existants. Ces concepts proviennent d’une variété de penseurs, d’artistes, d’ingénieurs et de divers autres courants. Plus qu’un syncrétisme, il s’agit d’un œcuménisme d’innovation anti-autoritaire et post-capitaliste. On y retrouve pêle-mêle l’influence de la science-fiction féministe des années 1970, l’animation d’Hayao Miyazaki, l’afrofuturisme, le municipalisme de Bookchin, le courant Arts&Crafts...

Refuser la résignation, réaffirmer nos désirs

Ce courant émerge ainsi dans une grande diversité de communautés opprimées pour mettre en scène leur émancipation. Cette émancipation qui rompt avec toute forme de domination ouvre la possibilité d’un renversement du rapport à la technique, à la coopération entre humains et au reste du vivant.

D’une grande richesse créative, le solarpunk ne se place pas dans un hypothétique futur, il décrit ce que nous pouvons accomplir dès aujourd’hui grâce aux pratiques et techniques libertaires pratiquées de par le monde. La charge idéologique des œuvres est en conflit avec celle de notre système actuel qui se pense inévitable allant jusquà structurer l’écologie dans des démarches managériales, ou pire dans des démarches réactionnaires de culpabilisation individuelle.

Et si nous luttons quotidiennement contre un système injuste, il peut parfois sembler difficile d’expliquer ce pour quoi nous nous battons. Il est important, urgent, vital de réaffirmer la force de notre idéologie pour un monde où le capitalisme, le patriarcat et le racisme sont de l’histoire, pour un monde construit sur la coopération et non l’exploitation entre êtres humains, un monde où une solidarité nous permet de faire face et de reconstruire après les siècles de misère et de destruction.

Corentin (UCL Haute-Savoie)

 
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