Universités : Des syndicalistes traqués

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En mai 2012, l’université Paris I a notifié à quatre de ses étudiants qu’ils allaient être traduits devant un conseil de discipline. La direction de la fac continue sur sa ligne antisyndicale et autoritaire.

Parmi les étudiants incriminés, trois d’entre eux étaient accusés d’avoir passé à tabac Antoine Diers, président du MET [1] et conseiller municipal de Lambersart, lors des élections aux conseils centraux. Le quatrième était censé avoir agressé le président du centre et le chef de la sécurité qui ont chacun déposé plainte. Aucun militant du MET n’était mis en cause alors que plusieurs étaient nommés dans le rapport de saisine de l’université. Il était même précisé qu’ils étaient extérieurs à l’université. Il faut dire que plusieurs ministres [2] dont celui de l’enseignement supérieur s’étaient répandus dans la presse pour dénoncer ces événements, pourtant inqualifiables selon eux. En somme, la version diffusée par le MET et reprise par le gouvernement était la bonne, y compris pour une partie des syndicats de Paris I, qu’il a fallu convaincre. La réalité est tout autre : une vingtaine de militants du MET sont venus à Tolbiac avec l’intention d’en découdre, alors qu’ils n’y ont pas mis les pieds de l’année. Antoine Diers a pris un coup après avoir lui même frappé un militant de Sud Étudiant – ce qui ne correspond pas vraiment au « passage à tabac par des individus munis de barres de fers » qui a été décrit. Quant au quatrième étudiant, il est poursuivi pour des violences, en réalité commises par les vigiles qui ont attaqué un meeting qu’il organisait, blessant gravement une étudiante. Ces vigiles privés sont allés jusqu’à jeter des chaises sur les étudiants. Aucune suite n’a été donnée, là encore, par l’université. Pas étonnant que les vigiles de Paris VIII se sentent autorisés à agresser des étudiants gratuitement. Paris I ne protège pas ses étudiants mais ne perd pas une occasion pour tenter de se débarrasser des gêneurs, comprendre les syndicalistes. En effet, les quatre étudiants ont le point commun d’être tous militants syndicaux. À Sud Étudiant pour les trois premiers et à l’Unef pour le quatrième. Difficile de croire à une coïncidence. Trois d’entre eux sont même élus à l’université. L’enquête, menée entièrement à charge, fourmille de vices de procédures et confirme la volonté de cibler des personnes jugées trop remuantes.

Se débarrasser des gêneurs

Le grossier montage du dossier n’a pu faire entièrement illusion et deux militants de Sud Étudiant ont été relaxés après cinq mois de procédure. Le troisième a été exclu un an avec sursis, tandis que le camarade de l’Unef a été exclu un an ferme. A ces sanctions s’ajoutent les diverses pressions subies, les rattrapages (et donc l’année) ratés pour se présenter aux commissions d’instruction. L’université pousse le vice jusqu’à réclamer le paiement des frais de photocopie et d’envoi en recommandé A/R des dossiers disciplinaires. Aujourd’hui, la mobilisation continue pour obtenir la levée des sanctions et la réintégration du camarade exclu. La répression ne nous fera pas taire. Deux assemblées générales ont déjà eu lieu à Tolbiac contre les actions anti-syndicales et le budget d’austérité que la fac veut adopter.

A. (Paris Nord-Est)

[1Branche étudiante de l’Uni. Organisation très à droite créée après mai 68 avec la soutien du Sac.

[2Laurent Wauquiez et Jeannette Bougrab auxquels il faut ajouter Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP.

 
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