Universités : Tentative de braquage pendant la fermeture

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L’après législative met (enfin) un terme à des élections qui voient la droite réussir à se succéder. La Loi sur l’autonomie des universités (LAU), annoncée par Fillon comme « la réforme la plus importante de la législature » est mise en place, à grande vitesse, en profitant de l’été et de l’impossible réaction des étudiantes et des étudiants. La rentrée sera un moment clef de contre-attaque.

Et non, il ne s’agit pas du titre d’un mauvais polar, mais bien de la ligne Sarkozy-Fillon : faire passer un maximum de lois en période estivale : réforme des université, nouvelle loi sur l’immigration, service minimum, attaque sur la Sécurité sociale [1]… L’État-Sarkozy s’appuie sur un système de communication agressif à la Berlusconi : il faut occuper le terrain, et le chef en personne va régulièrement venir brasser de l’air dans les médias tenus par ses ami-e-s du CAC 40.

La droite, reprenant une tactique éprouvée ces dernières années, joue des effets d’annonces, affiche la concertation avec les syndicats, souffle le chaud et le froid pour déstabiliser l’adversaire, mais aussi pour tester, affiner. En juin, après l’annonce d’une « concertation » autour de la LAU, un pré-projet de loi est sorti du chapeau ; Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, rassure les syndicats cogestionnaires ; le lendemain Sarkozy la contredit, etc. En route pour la joie !

Entonnoir pour le patronat

L’enseignement supérieur et la recherche, dorénavant détachés de l’Éducation nationale par un ministère spécifique, sont des cibles privilégiées.

L’idée centrale, c’est d’augmenter la concurrence entre les universités, avec un président d’université « chef d’entreprise » qui va contrôler un conseil d’administration resserré (20 personnes maximum contre parfois 60 aujourd’hui), où les personnes extérieures à l’université (patronat et politiciens locaux) vont avoir plus de sièges que les étudiant-e-s et le personnel Biatoss [2] réunis. C’est aussi un changement dans les modes de recrutement du personnel et les moyens de créer des primes, individualisant l’ensemble des personnel, la possibilité de recruter plus de personnel précaire, la création de financement par mécénat…

Il s’agit aussi de continuer les réformes engagées ces dernières années (LMD, ECTS,..) en accentuant la sélection sociale. Le projet actuel fixe la sélection entre la licence et le master, soit trois ans après l’entrée dans le supérieur. Sélection accrue qui va renforcer les diplômes dits de « professionnalisation » construits sur mesure pour les boîtes du « bassin d’emploi local ». Un entonnoir au service des patrons qui se met en place (formation publique pour des diplômes d’entreprises). Au-delà c’est la casse du cadre national des diplômes qui va s’accélérer et qui concerne l’ensemble du monde du travail : individualisation accrue des salarié-e-s face au patron, remise en cause plus facile des conventions collectives, primauté donnée aux « compétences » sur les qualifications.

Le « volontariat » des universités pour appliquer la LAU est un leurre. Accepter la LAU, c’est avoir plus de moyens financiers. Et on connaît le facultatif qui devient rapidement obligatoire. La possibilité d’augmenter localement les frais d’inscriptions existe déjà. Il y a peu de risque qu’ils augmentent fortement à la rentrée 2007, pour éviter de cristalliser la contestation sur un point plus lisible que la modification de la composition du CA…

Gare aux annonces sociales à la rentrée !

Au-delà, attaquer directement sur l’université c’est expérimenter le démantèlement des services publics dans un milieu professionnel peu connu (Biatoss, enseignant-e-s chercheur-se-s). C’est aussi atomiser le milieu étudiant et ça préfigure les attaques contre l’Éducation nationale (concours, mode de recrutement, salaires au mérite, statut de fonctionnaire...).

En ouvrant autant de chantiers en même temps, le pouvoir fait le pari du coup de massue. À nous de réussir la convergence entre les secteurs visés et de ne pas se faire surprendre par les tentatives de contre-feux qui ne vont pas manquer : il ne serait pas étonnant de voir en septembre fleurir les mesures « sociales » pour les étudiant-es par exemple : hausse du nombre de bourses, des aides au logement, « chèque santé »… Ces « contre-mesures », vont être d’autant plus mises en avant que la lutte contre le CPE et la précarité en 2006 a montré que le vote d’une loi ne bloque pas forcément toute lutte, ne marque pas l’impossibilité de faire céder le gouvernement.

Les démarches collectives et unitaires vont être indispensables pour réussir à résister… et contre attaquer ! Sans oublier les caisses de grèves, qu’il vaut mieux anticiper…

Simon Laviec (Paris-Nord/Est), le 23-06-07

[11. Lire le webdito « Toutes les raisons de s’opposer à Sarkozy-Fillon » sur www.alternativelibertaire.org

[22. Bibliothécaire, Ingénieur, Administratif, Technicien, Ouvrier de Service et de Santé.

 
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