Universités : Une copie à revoir, des leçons à tirer

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Dans les universités comme ailleurs, la bataille contre la réforme des retraites était annoncée, et chacun-e ou presque s’était mis en ordre de bataille, pour un mouvement qui n’a jamais vraiment décollé.

Dès avril, les organisations proches de la social-démocratie jouaient un rôle important au sein du collectif jeune, laissant aux organisations de lutte une place moins importante que celle habituellement occupée en temps de grève. Côté syndicats de lutte, si dès juin la Fédération Sud-Étudiant indiquait vouloir tout mettre en œuvre pour mobiliser les étudiants sur cette question et éditait du matériel en ce sens, la Fédération syndicale étudiante (FSE) a semblé naviguer à vue dans ce mouvement, sans position de fond sur les retraites ni stratégie dans la grève. Par ailleurs, tirant le bilan du mouvement de 2007 contre la LRU comme la CFDT l’a fait pour celui de 2003, l’Unef a adopté des positions relativement correctes dans les assemblées générales se prononçant pour la retraite à 60 ans à taux plein, les 37,5 années de cotisations ou le retrait immédiat du projet de loi, limitant ainsi les possibilités de dépassement. Elle a également pris soin de confisquer le cadre de la coordination nationale étudiante, grâce à ses désormais fameuses délégations fantômes qui lui offraient la majorité absolue lors des votes.

Un rebond qui n’est jamais venu

Cependant, cela n’a été permis que par la difficulté à développer un réel mouvement de grève dans les universités. La rentrée tardive par rapport au calendrier interprofessionnel a handicapé l’ancrage des grèves, et les manifestations étudiantes n’ont jamais été réellement massives même si atteignant des chiffres très satisfaisant. De plus, appuyée sur le mouvement interprofessionnel, la grève sur les universités alors en plein expansion a souffert des vacances de la Toussaint qui ont concerné une bonne part des facultés de régions et l’ensemble des lycées, et qui ont coïncidé avec la sortie de grève des raffineries.

Le blocage précarisé

Mais le sujet le plus marquant semble avoir été la question du blocage. Le moyen d’action a comme souvent focalisé les débats au moins autant que la réforme, mais cette fois-ci de manière beaucoup plus passionnée. Agissant avec automatisme, les syndicats étudiants qui mènent leur quatrième grève en cinq ans ont échoué à prendre la mesure d’une inquiétude grandissante des étudiantes et des étudiants qui, fortement précarisés et inquiétés pour leur avenir, ont rejeté parfois par peur le vote des piquets de grève. Si cette peur pourra sous peu se traduire en révolte, elle est pour le moment un obstacle, similaire à celui rencontré dans le monde du travail en ce qui concerne les salarié-e-s qui, ultra-précarisé-e-s, ne peuvent se mettre en grève. Si le bilan du mouvement étudiant est mitigé, il faut le mettre en perspective avec ce à quoi s’attendaient des militantes et des militants très pessimistes en juin sur la possibilité de mobiliser les université sur une telle question. De plus, dans certains endroits, des luttes locales sont menées offrant des perspectives crédibles au mouvement et pérennisant les cadres d’auto-organisation, un enjeu important car d’autres luttes nous attendent.

Aurélien (AL Paris sud)

 
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