Santé

Vaccination : Après la confusion, il faut une ligne syndicale claire

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L’annonce, le 12 juillet, d’une obligation vaccinale pour le personnel hospitalier, a ébranlé leurs syndicats. Les prises de position ont été floues au niveau des fédérations, hétéroclites au niveau local, plongeant les collègues et les syndiqué·es dans le désarroi. Ce grand ratage appelle bien des remises en cause. Les syndicalistes révolutionnaires ont leur mot à dire.

Tout commence par une absence de position syndicale claire sur la vaccination. C’est le point de départ des confusions ultérieures. Si la revendication de levée des brevets a été facilement adoptée au sein des fédérations syndicales, un soutien à la campagne vaccinale n’a pas été clairement énoncé, ou du bout des lèvres. La faute à la trêve estivale  ? Non. Rappelons que la pandémie dure depuis décembre 2019 et que la vaccination des professionnels était évoquée depuis plusieurs mois. Nous n’aurions donc pas dû être pris de court.

Ce retard illustre l’absence de vrai débat, dans le syndicalisme hospitalier, sur les enjeux de santé en eux-mêmes. Si le secteur de la psychiatrie parvient, notamment à SUD, à produire une réflexion de qualité sur la pratique soignante, les soins généraux semblent dépourvus d’espaces permettant de faire émerger une analyse syndicale sur «  le métier  » et le soin.

Pourtant c’est bien autour de cela que tournent nombre de discussions et d’indignations quotidiennes au sein des services. Les revendications sur le métier et sur le système de santé ont largement irrigué la lutte aux urgences en 2019  [1].

Si le syndicalisme veut changer la société, il ne peut se cantonner à un rôle d’assistance individuelle et à l’énoncé de quelques revendications sans ambitions. Mener une action syndicale sans réflexion sur l’objet du travail des salariés est une impasse.

L’importance de l’émetteur en santé publique

Les hospitaliers, comme la population, se sont questionnés sur les nouveaux vaccins et notamment l’ARN messager. Dans les politiques de santé publique, l’émetteur du message a une grande importance sur la façon dont l’information est reçue.

La communication combinée d’un gouvernement qui casse l’hôpital et de directions hospitalières qui maltraitent au quotidien les agents est contre-productive. D’autant plus qu’elle est basée sur la menace, et a balayé les doutes exprimés avec une posture prescriptive arrogante.

La position antivaccinale de certains collègues peut être heurtante, mais prouve qu’il faut déconstruire le regard sur les personnels hospitaliers, qui ne sont ni des obscurantistes ni des exemples de bon sens sanitaire. À travers tous les métiers de l’hôpital, ils illustrent l’état de notre classe sociale, dans son rapport à la science ou aux luttes sociales. Il ne s’agit pas simplement d’un manque de formation scientifique, comme l’ont dit certains médecins, mais bien de la confiance accordée à l’émetteur du message de santé publique.

La défiance est réelle et ne vient pas de nulle part, le trauma lié aux mensonges précédents est encore palpable. Même si le phénomène est dans beaucoup d’hôpitaux marginal il perdurera chez certains le trauma de s’être fait vacciner sous la contrainte.

Nous sommes les premiers à être consterné·es que la défiance face au gouvernement et aux directions hospitalières s’exprime par ce biais. Mais l’alimenter ou essayer d’en tirer parti est une erreur démagogique.

cc Romani/Photothèque du mouvement social

Voir au delà de « qui vient au local »

Trop de sections syndicales fonctionnement sans ligne claire. Les positions sont bricolées en fonction des agentes et agents qui viennent toquer à la permanence, et qui ne sont pas forcément représentatifs de ce que pensent les hospitaliers dans leur ensemble.

Des équipes syndicales locales, profitant du retard des fédérations, sont allées à la facilité en adoptant un discours confusionniste, voire vaccino-sceptique.

Pour se justifier, le concept d’«  autonomie locale  » a été, une fois de plus, dévoyé. On a vu des responsables SUD comme CGT tenir des discours confusion­nistes, en roue libre dans les médias. Les syndicalistes qui se compromettent ainsi vont contre nos intérêts de classe. Il y a des comptes à demander et, heureusement, la fédération SUD-Santé-Sociaux l’a fait en interpellant deux syndicats départementaux.

Pour la vaccination, contre l’arbitraire des patrons

Plus globalement, le syndicalisme de lutte a manqué l’occasion de devenir, lui-même, émetteur d’un message de santé publique. Une position syndicaliste révolutionnaire aurait dû être d’affirmer qu’indépendamment des logiques patronales et étatiques, défendre notre classe sociale, c’est se faire vacciner. Se faire vacciner car ce n’est pas dangereux et bien au contraire ça sauve la vie des nôtres. Car oui nous sommes bien plus fragiles. La vaccination est un acte de solidarité envers les nôtres, c’est pour cela qu’elle doit être massive et accessible à toutes et tous.

De même que certains partis de gauche, trop de syndicats sont restés attentistes, au détriment de ce qui devrait faire sens pour toutes et tous.

Parasités par les prises de paroles de certains « syndicalistes » opportunistes, des analyses critiques n’ont pu être audibles. Par exemple notre dénonciation de l’hypocrisie qui consiste à accuser les agents hospitaliers pour les infections nosocomiales, en omettant le manque de moyens matériels, le manque de temps, les services surchargés...

Affirmer notre ligne provaccination, c’est être au clair avec notre volonté de défendre nos collègues. Ainsi il était nécessaire de faire de l’information sur les risques encourus par la non-vaccination, et de démentir les rumeurs sur de prétendus recours juridiques.

cc Romani/Photothèque du mouvement social

Contre la répression

Être clair là-dessus n’empêche nullement de lutter contre les mises à pied, contre les intimidations des agents par téléphone. D’autant plus que des directions zélées ont suspendu ou menacé de le faire des agents qui avaient eu le malheur d’envoyer leur certification de vaccination en retard, voire s’étaient simplement trompé d’adresse mail.

Cet épisode a confirmé notre volonté d’un syndicalisme de lutte des classes, acteur sur son lieu d’intervention de la « double besogne » entérinée par la charte d’Amiens  : les revendications immédiates et la transformation sociale. L’une comme l’autre ne peuvent se construire en naviguant à vue, sans ligne directrice claire, en fonction de ce qui semble être l’air du temps. Il est urgent de réarmer idéologiquement nos organisations syndicales.

Des syndicalistes libertaires de la santé

[1« Grève aux urgences : Le retour des coordinations de grévistes ? », Alternative libertaire, juillet-août 2019.

 
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