Venezuela : Le pétrole dans le viseur de l’impérialisme

Le 3 janvier, Washington a attaqué le Venezuela, sans même l’aval de son Congrès et en dépit du droit international, qui commence à devenir un mythe, frappant des bases militaires mais également des infrastructures civiles pour capturer le président Maduro. L’impérialisme états-unien menace comme toujours la sécurité des populations dont il convoite les ressources.
Depuis la deuxième élection de Trump, les rivalités économiques sino-américaines préexistantes deviennent l’axe principal de la géopolitique des États-Unis, que ce soit par l’armement par l’Occident des pays voisins de la Chine, mais aussi par une guerre économique.
L’énergie est au cœur de cette guerre économique, alors que la Chine se rend de plus en plus compétitive dans le secteur des énergies « durables ». Trump entend jouer sur un avantage comparatif face à son concurrent chinois : le pétrole. En effet les États-Unis restent dans les 10 plus grandes puissances pétrolières du monde. Il lui faut donc veiller à maintenir sa position : en s’accaparant les principales ressources, en trahissant les importations chinoises, et en multipliant les obstructions à la transition écologique, ce qu’il a par exemple fait très tôt en sortant des accords de Paris.
Pétrocolonialisme
À cela s’ajoute donc évidemment la compétition pour l’accès aux ressources dans un contexte de crise environnementale majeure. Trump tente donc de plus en plus de renforcer sa domination politique, militaire et économique sur la « chasse gardée » qu’est pour lui l’Amérique latine.
Car c’est en effet une réactivation de la doctrine Monroe qui est en jeu. Les documents stratégiques de Washington disent clairement vouloir « restaurer la proéminence américaine dans l’hémisphère occidental et protéger le territoire national et l’accès à des zones géographiques clés ». À l’origine dirigée contre l’Europe, c’est donc maintenant contre la Chine que s’oriente cette doctrine.
En envahissant le Venezuela, c’est bien du pétrole dont parle Trump. En plus d’importantes ressources minières et gazières, le Venezuela dispose en effet des plus grandes réserves de pétrole au monde : un cinquième des réserves mondiales. Mais depuis les années 2010, des sanctions économiques américaines s’accumulent. À plus forte raison depuis 2019, le peuple vénézuélien est violemment touché par un embargo états-unien sur le pétrole.
Son économie fragilisée, le Venezuela vend alors son pétrole de manière détournée à bas prix, notamment à la Chine, via une « flotte fantôme ». L’opération de Trump aura des conséquences sur ce marché, que ce soit pour la Chine ou pour la Russie dont l’exportation de pétrole finance la guerre en Ukraine mais aussi pour Cuba où le pouvoir castriste dépend en partie du pétrole vénézuélien.
Mais c’est évidemment les classes populaires qui sont le plus touchées par ces manœuvres de guerre économique. Comme le constataient juste avant l’agression les organisations communistes libertaires américaines : « Il est essentiel de souligner que l’agression impérialiste ne punit pas les élites au pouvoir, mais touche directement les secteurs populaires. Les blocus, les sanctions, l’intimidation militaire et l’étranglement financier ne sont pas des outils “chirurgicaux” : ce sont des mécanismes de guerre économique qui visent à briser la résistance de tout un peuple, à le discipliner et à le forcer à accepter un ordre de subordination. » [1]
Une histoire de démocratie ?
Le concept de « narcoterrorisme », fusion des rhétoriques bien connues de la « guerre à la drogue » et de la « guerre au terrorisme », est censé justifier cette opération. Mais dans un contexte de montée en puissance de conflits inter-impérialistes, le gouvernement Trump ne cherche même plus à tromper les instances supra-étatiques : il revendique clairement ses intentions impérialistes, avec le soutien de Macron et de la neutralité de l’Union européenne.
Sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision, dans les déclarations des dirigeants politiques et des personnalités d’extrême droite états-uniennes, les cris de joies de membres de la diaspora vénézuélienne inondent l’espace médiatique à la suite de l’attaque. Certaines images de propagande générées par intelligence artificielle (IA) ont été démontées, mais plus largement, ce phénomène a pu questionner certaines personnes sur la position à tenir.
Face à cela, la gauche est encore et toujours prise au piège entre un campisme niant l’aspect autoritaire du régime vénézuélien en refusant de questionner la bonne tenue des dernières élections, et une position ambiguë incapable de mettre en perspective l’évolution du régime. Car en effet, si le régime de Maduro était autoritaire et n’avait plus rien de socialiste – comme en témoigne la répression des militantes syndicaux et révolutionnaires – il est aussi indispensable de rappeler que l’embargo états-unien a été le catalyseur de cette évolution.
Récemment, l’attribution du prix Nobel de la paix à Maria Corina Machado, tête de file de l’extrême droite vénézuélienne qui a toujours revendiqué l’intervention militaire et salué les sanctions économiques, marque un alignement globale de la « communauté internationale ». Cette dernière établie ainsi un double standard et présente comme pacifiste et pro-démocratie les garants de l’ordre et des intérêts impérialistes.
Nous devons refuser que les critiques de ce régime servent à maquiller une ingérence impérialiste. Le Venezuela commençait à sortir du système du pétrodollar qui a permis pendant près de 50 ans aux États-Unis de disposer d’une manne financière importante et d’assurer leur hégémonie. C’est également cette menace pour l’économie états-unienne que Trump semble vouloir écarter par la violence et l’action militaire.
Des visées plus globales
Il est difficile de deviner comment la situation évoluera dans les prochaines semaines. Le gouvernement vénézuélien semble s’accorder avec Trump mais des milices et des sections de l’armée dont les commandants semblent toujours fidèles à Maduro conservent une place importante dans le pays.
Les infrastructures pétrolières sont en lambeaux du fait des sanctions états-uniennes et de la corruption, ce qui fait que les entreprises pétrolières états-uniennes semblent timides devant l’opportunité de pillage du Venezuela. Il est donc difficile de savoir si les ambitions pétrocoloniales de Trump réussiront, ce qui montre encore une fois la relative autonomie des intérêts de l’État dans toute manœuvre impérialiste.
Car Trump a montré ses véritables intentions : affirmer le contrôle des États-Unis sur le continent américain. Une seule certitude : ce sont les masses populaires qui paieront le coût des ambitions impérialistes, que ce soit par les crises économiques ou par de nouvelles interventions militaires, comme Trump en menace le Groenland mais aussi le Mexique ou la Colombie.
Pour nous, libertaires, si la situation vénézuélienne montre quelque chose, c’est bien l’insuffisance stratégique de la révolution bolivarienne, se contenant de prendre et de gérer l’appareil d’État, sans construire par le bas un pouvoir populaire. Elle n’a pas su mettre en place les conditions de son autonomie productive dans la construction du socialisme à la base, en jouant jusqu’au bout la carte du pétrole, même après l’embargo et la crise économique. Il nous faut condamner fermement cette attaque et toute ingérence états-unienne au Venezuela comme partout dans le monde. Participons à tous les rassemblements de soutien au peuple vénézuélien et aux autres peuples victimes de l’impérialisme !
Judi (commission Relations internationales de l’UCL)





