Antifascisme

Victoire antifasciste : Quand les luttes syndicales et autonomes s’épaulent, l’antifascisme triomphe




Face à La Nuit du bien commun, la mobilisation syndicale et antifasciste a fait reculer l’extrême droite. Retour sur les luttes qui ont animé le sud-est de la France ces dernières semaines.

Le 6 octobre devait se tenir à Aix-en-Provence une date de la tournée La Nuit du bien commun, produite et financée par Pierre-Édouard ­Stérin, milliardaire d’extrême droite. Ces soirées de mécénat regroupent une sphère d’investisseurs d’extrême droite d’un côté, et des associations triées sur le volet de l’autre. L’objectif est de permettre aux uns une défiscalisation philanthropique, et aux autres le financement d’actions politiques réactionnaires.

Si nous connaissons Pierre-Édouard Stérin pour son projet PERICLES  [1], il est moins fréquemment associé à La Nuit du bien commun, pourtant portée par sa société Obole. Ce fond de dotation est une porte ouverte à la diffusion des idées d’extrême droite, au développement florissant d’associations mettant en œuvre ces politiques, et à la dé-diabolisation des mouvements fascistes.

La tournée de La Nuit du bien commun devait donc s’arrêter au 6MIC, une salle d’Aix-en-Provence. Dès l’annonce de l’événement, des militants et militantes ont mené une campagne d’information sur la réalité de cette soirée, et sensibilisé les équipes du lieu ainsi que les habitants et habitantes de la ville. Cette mobilisation large (associations, syndicats, comités de lutte, organisations politiques) a permis de connaître les dessous du pacte : sous autorité déléguée de la ville d’Aix-en-Provence, le lieu est loué par cette dernière. Face au silence de la mairie, et malgré l’engagement des salariées du 6MIC en faveur de la mobilisation, la campagne contre l’événement pourtant massivement investie n’est pas parvenue à faire annuler la date. La couleur avait été annoncée : nous répondrions présents et présentes le jour J si l’événement était maintenu.

Au départ, la grève

Depuis de nombreux mois déjà, le secteur culturel est mobilisé contre ses conditions d’existence toujours plus dures : coupures de subventions, réformes ministérielles, contrats précaires, assurance chômage diminuée, etc. Le manque de moyens ouvre la voie à un nouveau mécénat d’extrême droite. Les nombreux millionnaires qui soutiennent cette dernière peuvent ainsi y exercer une influence croissante : l’argent est de leur côté et il est désormais nécessaire à la survie du secteur. Rachat de chaînes télévision (CNews et Canal+), de journaux (JDD, mais aussi toute la chaîne Relay) et de maisons d’édition (le groupe Hachette  : Fayard, ­Grasset, Larousse, etc.), labels contrôlés (Les Plus Belles Fêtes de France), festivals vitrines sous couvert du patrimoine (Fêtes johanniques d’Orléans), l’implication de l’extrême droite dans les sphères culturelles élargit son influence et la portée de ses discours. L’engagement des travailleurs et travailleuses est ainsi d’autant plus grand pour freiner sa mainmise sur les associations, et implique la revendication de moyens publics afin de ne plus dépendre des mécénats privés.

L’UCL était présente au rassemblement contre le milliardaire réactionnaire Pierre-Édouard Stérin le 6 octobre à Aix-en-Provence.

Les intermittents et intermittentes du spectacle sont particulièrement touché⸱es. Plusieurs ­grèves emblématiques ont déjà eu lieu ces derniers temps pour sensibiliser à la dégradation de leurs conditions de travail  [2]. Celles et ceux embauché⸱es pour la soirée par un prestataire sous-traitant pour La Nuit du bien commun, ont ainsi répondu à l’appel national de la CGT Spectacle et déclaré le début de leur grève au 6 octobre matin. Soutenu⸱es par l’intersyndicale des arts et du spectacle (CGT spectacle, CNT-SO, Sud Culture), ils et elles ont tenu douze heures de grève sous la pression des organisateurs.

Un piquet de grève s’est organisé à l’extérieur du bâtiment, sous surveillance policière, et a été rejoint dans la soirée par la mobilisation antifasciste locale contre l’événement.

Unir nos forces

Après avoir interpelé les différents acteurs locaux et tenté de déprogrammer cette soirée pendant plusieurs semaines, la mobilisation a décidé de se rendre devant le 6MIC le soir de La Nuit du bien commun. 200 personnes ont convergé à Aix-en-Provence depuis l’ensemble de la métropole tandis que des rassemblements de soutien ont été déployés dans les villes alentours. L’enjeu était double : soutenir les grévistes et lutter contre l’influence de l’extrême droite dans les milieux associatifs et culturels. Malgré la douzaine de camions de CRS déployés pour l’occasion et les quelques militants fascistes devant le bâtiment, le cortège a pu rejoindre le piquet de grève, et des slogans antifascistes et syndicaux ont résonné à l’unisson.

Ce 6 octobre, l’union a fait la force et aucune divergence politique n’a éloigné nos drapeaux : syndicats, associations LGBTI, collectifs antifa. L’annonce de l’annulation de l’événement a été le point d’orgue de la soirée, et l’occasion, bien méritée, d’applaudir les grévistes.

Si nous espérons encore l’aboutissement des revendications des roadies  [3], la mobilisation de nos forces collectives a d’ores et déjà fait trembler la machine de l’extrême droite que nous pensons trop souvent inarrêtable.

Penser nos luttes numériques

Annulée au 6MIC, la soirée a été déportée en visioconférence, où malgré peu de public, les dons ont tout de même atteint plus de 260 000 euros.

Si la portée moindre de cette solution de repli est déjà une victoire, il convient néanmoins d’interroger nos outils de lutte au regard des dispositifs numériques investis aujourd’hui par les forces réactionnaires. Quels outils construisons-nous pour lutter contre les propagandes fascistes sur internet ? Comment s’opposer à des lives mettant en lien les mouvances d’extrême droite et œuvrant pour leur structuration vers le pouvoir ? Les stratégies de boycott sont-elles encore suffisantes dans nos combats contre leur médiatisation  ?

Nos milieux travaillent à solidifier des alternatives aux Gafam et autres géants numériques au service du capitalisme. Plus que de les contourner, il nous revient également de les combattre. Impossible aujourd’hui de ne pas constater la mainmise des milliardaires d’extrême droite sur nos outils de communication numérique (Musk, Zuckerberg, Bezos, Bolloré, etc.). Trouver d’autres voies d’information est une nécessité ; s’attaquer aux contenus qui y sont diffusés en devient également une.

En écrivant ces lignes, nous encourageons les autres villes par lesquelles s’arrête La Nuit du bien commun à se dresser également contre ces galas de charité d’extrême droite. Nous ne laisserons pas le fascisme passer. Une leçon est à retenir de ce 6 octobre : c’est ensemble qu’on a lutté, c’est ensemble qu’on a gagné !

UCL Marseille

[1Voir «  Projet PERICLES : Stérin met la main sur le sud Loir-et-Cher  », Alternative libertaire no 363, septembre 2025, https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Projet-PERICLES-Sterin-met-la-main-sur-le-sud-Loir-et-Cher.

[2«  Mobilisations Culture  », Cgt-culture.fr, https://cgt-culture.fr/mobilisations-culture/.

[3Voir le communiqué des grévistes, disponible sur les sites internet des syndicats mentionnés dans l’article.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut