Culture

Voir Pierre Chamechaude, Christophe Cordier, Les Chemins de la liberté




Le documentaire sur l’extrême gauche russo-ukrainienne dans la guerre actuelle, cofinancé par l’UCL, est sorti. Un bon support pour comprendre ces révolutionnaires agissant sur deux fronts : lutte civile contre leur propre gouvernement ; lutte armée contre l’invasion impérialiste.

C’est un bon film, qui montre des choses qu’on voit trop peu : des syndicalistes, des libertaires, des manifs contre Zelensky, des actions d’entraide militante, des ateliers de production de gilets pare-balles… Dans un de ses moments forts, un groupe de volontaires liste les nationalités engagées avec eux contre l’occupation : ukrainienne, biélorusse, russe, géorgienne... et même un Arménien et un Azerbaïdjanais bras dessus bras dessous, en une sorte d’« internationale anti-Poutine » !

L’avant-première du Chemin de la liberté a eu lieu le 20 février à la Bourse du travail à Paris. Auditorium de 400 places rempli, avec une forte présence des réseaux CGT, Solidaires, UCL, éditions Syllepse, NPA et FA. Plusieurs camarades de l’Est ont pris la parole : les Ukrainiennes Mira et Katara, membres de l’organisation Solidarity Collectives, qui est au centre du film, mais aussi les Russes Dima et Irina Petrov. Vivant désormais en exil, il et elle sont les parents de feu Dmitri Petrov, une figure très connue de l’anarchisme russe. Engagé sur le front écologiste en Russie, Dmitri a ensuite combattu au sein des YPG au Kurdistan, puis a rejoint l’Ukraine, où il a été tué par les troupes d’occupation en 2023.

Au terme de la soirée, sweat-shirts et tee-shirts de soutien sont partis comme des petits pains, rapportant près de 2 000 euros. Car de l’argent, il en faut à Solidarity Collectives, réseau anti-autoritaire essentiellement dédié à l’action pratique. L’organisation est structurée en quatre branches. La première est dédiée à la lutte armée. « L’équipe soutient les combattants sur le front, explique Mira, elle reçoit leurs demandes, se coordonne avec eux, collecte les équipements qui font défaut, et leur envoie. » Deuxième branche : l’action humanitaire : « Nous organisons des voyages pour convoyer de l’aide dans les villages en zone de guerre : vêtements, matériel électrique, nourriture et produits de première nécessité. » Le film montre surtout, à l’arrière, une soupe populaire pour les réfugiées. La troisième branche est « la confection de drones, qui sont devenus un aspect majeur de la guerre en Ukraine ». Enfin, la quatrième branche pilote la communication sur les réseaux sociaux.

Une Guerre antifasciste et anticoloniale

Au début de l’invasion, en 2022, l’extrême gauche avait formé un Bataillon anti-autoritaire intégré à la Défense territoriale – l’armée de réserve, non professionnelle. Mira raconte : « Un camarade, Youri Samoïlenko, commandant d’une unité de la Défense territoriale, parvint à rassembler de nombreux camarades sous ses ordres. Ce bataillon exista jusqu’à la fin de l’encerclement de Kiev [en mai 2022, NLDR]. Après que l’armée russe a évacué la région, les camarades ont rejoint des unités régulières, certains individuellement, d’autres par groupes de trois à cinq. » Pourquoi ce choix ? Parce qu’être sous contrat de l’armée permet de bénéficier de la Sécurité sociale. Appartenir à un corps franc vous en prive. Ce qui, évidemment, fait réfléchir quand on risque d’être grièvement blessé. Néanmoins, le réseau anti-autoritaire (environ 150 personnes) est maintenu vivant par le biais de Solidarity Collectives et les combattantes et combattants arborent leurs insignes syndicaux et politiques à l’épaule (en l’occurrence, l’écusson tranché rouge et noir), signifiant par là qu’ils et elles ne sont pas juste des soldats d’un État, mais des combattantes et combattants politiques.

Car pour Solidarity Collectives, la guerre actuelle n’est pas seulement une guerre inter-impérialiste opposant la Russie à l’Occident ; ni seulement une guerre de résistance nationale ; elle est aussi, fondamentalement, une guerre antifasciste et anticoloniale.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

  • Pierre Chamechaude, Christophe Cordier, Les Chemins de la liberté, 57 min, 2026. Le film est à 4 euros la location, à 8 euros à l’achat sur Vimeo. C’est un bon support pour des projections-débats en public.
 
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