Municipales L’extrême droite à la manoeuvre dans quatorze villes

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Le Front national a gagné son pari de polariser l’attention médiatique et politique durant ces élections municipales de mars 2014. Il a ainsi partiellement éclipsé l’abstention record, qui traduit un discrédit marqué des formations politiques et un désaveu flagrant de la politique gouvernementale PS/EELV.

Si le « Rassemblement bleu marine » conquiert 11 villes de diverse importancs (Hénin-¬Beaumont dès le premier tour, le 7e secteur de Marseille, Fréjus, Béziers, Le Luc, Cogolin, Le Pontet, Hayange, Mantes-la-Ville, Villers-Cotterêts, Beaucaire) auxquelles il faut ajouter les trois villes de la Ligue du Sud autour du clan Bompard (Orange, ¬Bollène, Camaret-sur-Aigues), il n’a pas réussi à imposer Louis Aliot à Perpignan, Gilbert ¬Collard à Saint-Gilles, Florian Philippot à Forbach, ou à conquérir Brignoles. Il faudra revenir en détail sur les dynamiques qui lui ont permis de conquérir ces villes dans des contextes locaux et avec des bases électorales différentes (qui ne se réduisent pas à un électorat ouvrier en perte de repères [1], comme voudraient le faire croire certains commentateurs politiques avec un mépris de classe affiché).

Par ailleurs, avec plus d’un million de voix pour 600 listes et 1 500 conseillers municipaux, il revient en fait quasiment à son niveau déjà « historique » de 1995 qui avait été stoppé en 1998 pour cause de tensions internes. Mais pour Marine Le Pen et son équipe, il s’agit de faire oublier l’épisode des villes gérées par le Front à cette époque pour mieux banaliser le FN à l’épreuve du pouvoir municipal et éviter les dérapages en s’en tenant à la « charte d’action municipale » en dix points, qui se réduit à un catalogue démagogique antifiscalité, sécuritaire et discriminatoire.

L’enjeu est en effet de consolider son appareil de cadres militants et d’étendre considérablement le maillage territorial, pour faire des villes occupées des laboratoires poitiques et dans celles où ils obtiennent des scores relativement importants, de faire de leurs conseillers des « relais d’opinion » en capacité de nuisance. Avec les élections européennes du 23 mai et l’an prochain les élections régionales, le FN espère ainsi partir à la conquête du pouvoir avec comme horizon les présidentielles de 2017.

Riposte antifasciste et anticapitaliste

Face au premier sentiment de choc tétanisant et de désarroi malgré une « chronique de la victoire annoncée » écrite depuis de longs mois par les principaux médias, il y a nécessité de riposter en s’emparant notamment des outils existants. En ce qui concerne la lutte antifasciste, il faut s’appuyer sur : les dizaines de collectifs antifascistes locaux qui ont éclos depuis le meurtre de Clément Méric ; le développement de la Conex, qui prépare des assises nationales les 28 et 29 juin prochain ; le renforcement de Visa, dont une première antenne locale s’est constituée dans les Bouches-du-Rhône ; des prolongements concrets déjà sur une quinzaine de départements de la campagne unitaire intersyndicale CGT-FSU-Solidaires du 29 janvier et la préparation d’un matériel unitaire antifasciste en vue des manifestations du 1er mai.

Mais il va falloir aussi aider très concrètement les habitants et les salarié-e-s des villes occupées qui vont subir les politiques antisociales des municipalités d’extrême droite. Ce travail de riposte antifasciste doit s’articuler avec des contrefeux politiques et sociaux dans les villes, les campagnes et les entreprises pour combattre également les politiques d’austérité et permettre de tracer une alternative anticapitaliste crédible, fondée sur la redistribution des richesses, l’égalité des droits, l’extension des solidarités en France et internationales.

Gabriel L. (AL Paris-Nord-Est)

[1Voir AL n°234, « Vote FN : Au-delà des idées reçues »

 
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