VIIIe congrès d’Alternative libertaire - Agen - octobre 2006

Le rôle-clef de la jeunesse dans la lutte contre la précarité

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Cette motion est issue des travaux de militant(e)s de Paris, Aix et Rennes de la branche Jeunesse d’AL.

1. LUTTES CONTRE LA PRECARITÉ : DES RÉPONSES INSUFFISANTES FACE A L’AMPLEUR DU PROBLÈME

1.1 Définition et diversité de la précarité

Nous définissons la précarité comme étant l’état dans lequel on ne sait pas de quoi sera fait l’avenir proche. La hausse exponentielle des emplois précaires caractérise l’évolution du salariat depuis une dizaine d’années. Les libéraux de tous ordres tentent de justifier cette généralisation de la précarité via des arguments tout à fait droitiers : les cadeaux aux patrons seraient censés relancer l’investissement et la croissance. Une tartine de « flexsécurité » et un « modèle » scandinave, viennent donner une assise théorique à ce verbiage.

La représentation classique du précaire reste le/la travailleur(se) intérimaire, dans les secteurs économiques privés et nécessitant peu de qualifications (nettoyage, grande distribution, restauration rapide...). Ce statut est en effet l’un des plus précaires et des plus répandus, mais la précarité recouvre de nombreuses autres réalités. En premier lieu, la précarité s’étend, de plus en plus, dans la fonction publique. La casse de celle-ci passe par le remplacement des postes titulaires par des postes précaires. Dans ce cas, les précaires sont souvent en contact direct avec des travailleur(se)s à statut.

Ensuite, la précarité n’est pas que l’apanage des travailleur(se)s les plus démuni(e)s. Ainsi, dans la recherche, des travailleur(se)s qualifié(e)s sont soumis(es) à une période de précarité pouvant être longue. La précarité est ainsi un des vecteurs de paupérisation de la classe moyenne.

Bref, la précarité recouvre des statuts très divers, mais bien une seule réalité. Ce manque d’unité sert au patronat pour diviser le prolétariat, en opposant travailleur(se)s titulaires et travailleur(se)s précaires, voire travailleur(se)s précaires entre eux.

1.2 Rapide état des lieux

Face à cette offensive, les réponses du mouvement social sont diverses. Une des premières luttes importantes contre l’officialisation de la précarité est la lutte contre le « Smic-Jeunes » en 1994. Ont suivi, portées par l’essor du syndicalisme alternatif, les Marches européennes contre le chômage (1994, 1997, 1999) et quelques luttes importantes dans le secteur public comme celle des maîtres-auxiliaires de l’Education Nationale en 1996 qui a abouti à la loi Sapin de pseudo résorption de la précarité dans la fonction publique en 1999. Cet essor des luttes contre la précarité a subi un reflux à partir de 2002 et les luttes des emplois-jeunes, des surveillant(e)s ou des intermittent(e)s, par exemple, n’ont pas abouti.

Parallèlement, dans le secteur privé et en particulier les petites entreprises gérées « à l’américaine », nécessitant peu de qualifications et dont le personnel est presque entièrement composé de précaires, les syndicats ont vu se développer leurs implantations, doublées d’un début de contestation. Des salarié(e)s ont osé relever la tête face aux petits chefs et exiger le respect individuel et l’application du droit du travail à travers des grèves parfois longues et difficiles. Ces luttes pouvaient paraître défensives mais étaient en réalité offensives puisque l’application du code du travail était en elle-même une amélioration directe pour les salarié(e)s. Les luttes de la restauration rapide en 2001 à Paris furent en quelque sorte la cristallisation de cette nouvelle tendance. Depuis, les luttes dans ces secteurs sont régulières, courtes mais souvent efficaces.

Force est de faire un premier constat : les seules luttes de masse contre la précarité ont été portées par la jeunesse, telles que celles contre le SMIC Jeunes en 1994 ou contre le CPE en 2006.

1.3 Les réponses syndicales face à la précarité

Les organisations syndicales ont bien saisi l’importance de l’implantation dans le salariat précaire. La plupart des luttes citées plus haut étaient conduites par des syndicats CGT, SUD ou CNT. Mais depuis quelques années, l’absence de solution générale à la précarité ou même de piste de réponse a, d’une certaine manière, fait baisser les bras aux syndicats. Ceux-ci se contentent aujourd’hui pour l’essentiel du développement de sections, ce qui est déjà beaucoup étant donné la répression anti-syndicale et le manque de réflexes d’organisation des travailleur(se)s précaires.

La CGT a tenté de prendre le problème à bras le corps avec l’élaboration d’un axe revendicatif central : la « sécurité sociale professionnelle ». Cette idée sert cependant davantage à l’agitation slogandaire qu’à donner un axe stratégique aux luttes.

Mais au-delà des problèmes d’orientation stratégique, il y a également des problèmes évidents de représentation au sein des organisations syndicales des populations constituant le gros des salariés(e)s précaires : les jeunes, les femmes, les immigré(e)s, les travailleur(se)s du privé, des petites entreprises... Cela pose un problème évident en terme de dynamique interne.

Enfin, structurellement, la plupart des syndicats sont mal armés pour organiser les précaires. Ainsi, la faiblesse de l’organisation horizontale en unions locales est flagrante quand il faut réunir des travailleur(se)s isolé(e)s aux situations sociales proches. C’était l’un des points forts des Bourses du Travail à une époque où les petites entreprises étaient majoritaires.

2 LA JEUNESSE DANS LA LUTTE CONTRE LA PRÉCARITÉ

La précarité touche en priorité certaines catégories de travailleur(se)s : les femmes, les jeunes, les gens de couleur... Ces trois catégories ne sont bien sûr pas séparées les unes des autres, elles se recoupent en partie. Nous avons fait le constat que les luttes de masse contre la précarité ont été portées par une catégorie donnée : la jeunesse. Tâchons de comprendre cet état de fait.

2.1 La place stratégique de la jeunesse dans la généralisation de la précarité

Pour comprendre ce paradoxe apparent, il faut se détacher des analyses soixante-huitardes. Aujourd’hui 50 % des étudiant(e)s travaillent pour financer leurs études dans le courant de l’année universitaire, souvent sur des postes précaires. Un nombre croissant d’étudiant(e)s vit sous le seuil de pauvreté ou se prostitue (40 000, soit 1 sur 55). De fait, le milieu étudiant s’est appauvri et n’est plus seulement un soutien à la classe ouvrière, mais une partie constitutive, avec ses spécificités.

La stratégie du capitalisme pour mener à bien ses réformes est de faire peser d’abord sur les générations entrant dans le monde du travail l’aggravation de conditions d’exploitation. Plutôt que de casser des statuts stables déjà existants, il préfère attendre le « papy boom » et réembaucher sur les mêmes postes... avec des contrats précaires. Cette stratégie est particulièrement flagrante dans la fonction publique : 15 000 postes titulaires doivent être supprimés en 2007, dont 8 700 dans l’Éducation nationale.

Cette stratégie présente de multiples intérêts pour les capitalistes : des profits réalisés par une main d’œuvre de plus en plus rentable et flexible, un rapport de force clairement en faveur du patronat, avec tous ses corollaires (absence de syndicalisation, docilité générale), conditionnement de la nouvelle génération de travailleur(se)s à l’acceptation de la précarité comme norme.

Par ricochet, la situation des jeunes travailleur(se)s et des précaires en général fait pression sur les travailleurs jouissant encore d’une situation stable, en mobilisant et en rentabilisant une « armée de réserve » de plus en plus dépendante et obligée d’entrer dans la concurrence généralisée entre travailleur(se)s. Cette situation est juteuse pour beaucoup de monde : non seulement patrons mais aussi bailleurs ou banquiers qui vendent « prêts étudiants » et crédits de toutes sortes.

Cette généralisation de la précarité est doublée d’un matraquage idéologique valorisant la précarité auprès des jeunes comme étant un gage d’indépendance et de liberté. Mais la jeunesse n’a pas nécessairement conscience de sa position stratégique dans la lutte des classes. Si le sentiment d’injustice pèse - l’actuelle génération des 15-30 ans est la première à vivre moins bien que celle de ses parents -, il reste extrêmement difficile de mobiliser la jeunesse sur des réformes de suppression de postes aux concours de la fonction publique ou d’incursion patronale dans les enseignements. Si la jeunesse se mobilise massivement contre la précarité, c’est parce que celle-ci a un effet direct sur ses conditions de vie et ses perspectives d’avenir.

2.2 Les luttes sur la formation

Pour couper court aux hasardeuses classifications sur la culture ou l’âge de cette catégorie, le IVe congrès d’AL avait défini « la jeunesse » - du moins celle qui nous intéresse - comme étant « le groupe des travailleur(se)s en formation ». Évidemment cette définition est incomplète. Nous l’affinerons en affirmant que la jeunesse, c’est comme le prolétariat : on peut distinguer le prolétariat « en soi » (existant objectivement) et le prolétariat « pour soi » (doté d’une conscience de classe). Le prolétariat ne se réduit ni à l’« en soi » ni au « pour soi » : il y a une dialectique entre les deux. Il en va de même pour « la jeunesse » : elle correspond à la fois à des données objectives, et à une façon de se sentir confusément appartenir à un groupe social.

Nous faisons nôtre cette définition, et constatons derechef l’importance, pour la jeunesse, des luttes concernant la formation. De plus en plus, le patronat tente de s’imposer dans le système public de formation. Si nous ne nions pas l’évidence d’un lien nécessaire entre formation et emploi, nous réaffirmons que le processus de « professionnalisation » des études, tel qu’il est actuellement conçu par les libéraux, affaiblit les travailleur(se)s sur le marché de l’emploi, et les met davantage à la merci du patronat. On observe ainsi le remplacement progressif des anciens diplômes et filières disciplinaires, se donnant pour finalité la maîtrise de la discipline intellectuelle propre à un domaine de connaissance donné et prévalant encore dans les filières d’élite (grandes écoles...), par des enseignements bâtards et fourre-tout, donnant accès à des diplômes généralistes en kit, prêt pour utilisation patronale. Il s’agit bien d’une entreprise idéologique qui, en prêchant l’adaptation du système scolaire/universitaire à la société, tend à appauvrir tout ce qui relève de la formation intellectuelle et critique des individus, au profit d’une formation visant simplement l’intégration professionnelle, la formation de techniciens dépourvus de la maîtrise théorique de leurs outils. Il faut avant tout distinguer deux niveaux : celui de la formation en tant que telle, comme préparation à l’intégration au monde du travail, et celui de la pédagogie, c’est-à-dire de tout ce qui dans le système scolaire/universitaire ne se réduit pas entièrement à cette finalité. Ce dernier niveau, celui du contenu de l’enseignement en lui-même, a subi un appauvrissement significatif, apparaissant comme un but poursuivi délibérément. Ainsi, les réformes Fillon et LMD avaient directement pour but la subordination du contenu des enseignements à des intérêts privés et l’augmentation de la sélection. Cette perspective, c’est la revendication d’une autre et authentique ouverture de l’école contre l’adaptation au marché et à son système politique qui la contrecarrera : il s’agit de faire de l’école un lieu de vie sociale, par de véritables moyens (personnels, bibliothèque) et par l’implantation locale d’activités sociales, culturelles, soit un lieu de contre-pouvoir en tant que tel pour changer la société.

D’un point de vue externe d’autre part, la question des débouchés aux études, de l’emploi et des moyens alloués aux services publics non rentables est en elle-même politique. Il ne s’agit pas de simples revendications corporatistes, dans la mesure où les débouchés donnés à l’éducation impliquent la société entière.

Par ailleurs, la formation prend de plus en plus un tournant autoritaire et hiérarchisé. La formation de l’esprit critique n’est plus un objectif, même secondaire, des programmes éducatifs. Ce retour à l’ordre se traduit également par l’instauration de partenariat entre les établissements scolaires et la police, l’instauration du contrôle continu et des feuilles de présence (véritable arme antigrève dans les facs), la stigmatisation de l’échec et du redoublement.

Ces restes d’école républicaine, en semblant de compétition avec l’école libérale, doivent être combattus. La conception républicaine d’une école soi-disant égalitaire servant d’ascenseur social est un leurre qu’il faut dénoncer. Les facteurs extérieurs à l’école (situation sociale, familiale...) restent prédominants dans la réussite scolaire.

Notre rôle dans ces luttes est de mettre en évidence les buts de ces réformes en dénonçant l’intrusion des intérêts patronaux dans les établissements scolaires et universitaires. Le corollaire direct de la casse de la formation reste la précarité et c’est sur ce point que nous devons insister. Ce travail d’explication n’est pas facile à mener et la plupart des luttes sur la formation de ces dernières années ont été des échecs complets (LMD) ou partiels (Fillon). Une orientation vers une critique de la formation telle qu’elle existe ne peut que nous permettre de développer ces liens qui nous font défaut. Notre stratégie ne doit pas être « jeuniste », mais doit considérer la formation comme un élément essentiel de l’aliénation capitaliste dont sont victimes les jeunes.

2.3 Lieu de concentration humaine et lieu de production

Ce sont bien les luttes directes contre la précarité, sur des réformes du code du travail (SMIC Jeunes, CPE), qui ont mobilisé massivement la jeunesse ces dernières années. 50 % d’étudiant(e)s travaillant pour financer leurs études dans des facs rassemblant des dizaines de milliers d’étudiant(e)s donnent des concentrations très importantes de travailleur(se)s précaires. Si l’on voulait faire un raccourci téméraire, on pourrait presque dire que les facs sont une forme nouvelle de « bastion ouvrier ». Une telle concentration, associée à des facilités pour faire grève, est la raison évidente des mobilisations de ces dernières années sur des questions relevant bel et bien du salariat.

Problème pourtant : lieu de concentration de travailleur(se)s précaires, les facs ne sont pas des lieux de production, et leur blocage ne gêne pas le patronat. Nous sommes donc face à la situation suivante : des lieux de concentration de travailleur(se)s distincts des lieux de production, plaçant la jeunesse en pointe des luttes sur la précarité. La question devient alors : comment faire déborder ces mobilisations vers les lieux de production ? Cette question est essentielle : pour augmenter la contradiction et l’affrontement de classe, la prise de conscience des travailleur(se)s de leur place dans les rapports de production et l’action qui en découle, le blocage économique par la grève, sont essentielles. Par ailleurs, pour que cette fraction étudiante, qui reste minoritaire au sein du précariat et qui n’inclut pas sa partie la plus démunie qui n’a pas accès à la fac, soit une possible force d’entraînement pour le reste du salariat, il faudra bien que la jonction s’opère sur les lieux de production.

2.4 L’action des jeunes travailleur(se)s dans les entreprises

Malheureusement, ce débordement est plus facile à proclamer qu’à mettre en œuvre. Le constat a été fait de nombreuses fois : les jeunes précaires, du fait de leur situation, ne s’attachent pas à une place temporaire donnée dans la production et la coupure est souvent très nette entre les précaires et les titulaires. La conséquence directe est le manque de transmission des pratiques de luttes et de la culture ouvrière. On peut pousser ce constat plus loin en constatant que les travailleur(se)s précaires servent de plus en plus de briseur(se)s de grève. Enfin, il peut y avoir une réciproque à ce constat : un(e) travailleur(se) titulaire ou précaire de longue date hésitera à suivre dans une grève un(e) jeune précaire qui, ayant des possibilités de reconversion, ne craint pas la répression.

Dans la restauration rapide par exemple, la rotation est d’environ un an et on peut comprendre qu’un(e) salarié(e) précaire préfère se taire un an plutôt que de risquer un renvoi. Même pour les plus militant(e)s, un(e) étudiant(e) salarié(e) préfèrera s’investir dans le syndicalisme étudiant, où la rotation est de quatre ans environ, plutôt que dans le syndicalisme d’entreprise.

Cette désunion est catastrophique pour le syndicalisme. On peut la relativiser en constatant que, lors des grèves de la restauration rapide de Paris en 2001, plusieurs animateurs étaient des syndicalistes étudiants. En fait, les jeunes précaires ne forment pas un bloc, mais la tendance à la résignation reste lourde.

2.5 Le cas des lycéen(ne)s

La place des lycéen(ne)s dans ces luttes est finalement très différente de celle des étudiant(e)s. Si la fac continue d’être le prolongement direct du lycée pour beaucoup, ce qui facilite la jonction entre étudiant(e)s et lycéen(ne)s lors des luttes de masse, il n’en reste pas moins que l’arrivée à la fac continue d’être un moment d’émancipation important.

L’oppression paternaliste, finalement assez faible à la fac, est encore très présente dans les lycées, où la plupart des élèves continuent d’être soumis à l’autorité parentale et sont accablé(e)s d’obligations sans avoir de droits particuliers. Par ailleurs, hormis lors des stages en lycées professionnels, très peu de lycéen(ne)s sont salarié(e)s, ce qui a pour effet d’augmenter la dépendance à l’égard des parents et de les placer objectivement hors du salariat.

Ainsi, la lutte anti-autoritaire a un sens particulièrement aigu au lycée et des revendications telles que le droit de grève, jusqu’à présent non reconnu et laissé à l’appréciation de l’inspecteur d’académie, peuvent être fédératrices.

Le cas des lycées professionnels est encore différent. Ces lycéen(ne)s sont directement soumis à l’exploitation patronale et ont finalement un statut assez proche de celui des étudiant(e)s salarié(e)s.

Enfin, d’un point de vue plus militant, la propagande à l’adresse des lycéen(ne)s est très différente de celle des facs. La quasi impossibilité de maintenir des structures de lutte pérennes, de type syndical, dans les lycées, donne aux organisations politiques un rôle premier dans l’organisation et la politisation au lycée.

2.6 Le cas des jeunes travailleur(se)s et des « jeunes des cités »

D’une certaine manière, la définition de « travailleur(se)s en formation » exclut en partie les jeunes travailleur(se)s en entreprise. L’oppression essentielle subie par ces jeunes reste l’exploitation économique et non le paternalisme. Même si une relative affinité culturelle ou des restes de mixité sociale du lycée unifient une classe d’âge, il n’en reste pas moins que c’est aux travailleur(se)s d’organiser les jeunes travailleur(se)s. Il en est de même de la « jeunesse des cités », définition aussi floue qu’évocatrice. Si un petit nombre est réellement désocialisé, la grande majorité reste, même avec une situation défavorisée, lycéen(ne)s, étudiant(e)s ou salarié(e)s. On en voudra pour preuve la mobilisation importante des facs et des lycées de banlieue durant les mouvements contre la loi Fillon ou le CPE. Comment toucher les « jeunes des cités » donc ? La réponse est simple : dans les lycées, dans les facs, dans l’entreprise.

3. TROIS RÉSOLUTIONS POUR RENFORCER LE LIEN ÉTUDIANT(E)S/SALARIÉ(E)S

3.1 Augmenter les liens interprofessionnels dans les syndicats

Les syndicats ont un rôle central pour affermir le lien entre les étudiant(e)s et les salarié(e)s. Tout d’abord il semble évident que pour que la jeunesse soit une force d’entraînement pour le salariat, la double affiliation syndicale salariée et étudiante doit être systématiquement proposée, avec pour enjeu l’implication des étudiant(e)s dans les syndicats de salarié(e)s. On en vient alors aux problèmes structurels de représentation interne dans les syndicats soulevés au paragraphe 1.3. Si les syndicats de salarié(e)s reconnaissent l’importance de la jeunesse dans la lutte contre la précarité, il faudra imaginer des mesures adaptées en interne pour l’intégrer réellement. Par ailleurs, la volonté de contact doit être réciproque. Tenir une permanence juridique syndicale sur un campus ne serait certainement pas du temps perdu vu la concentration d’étudiant(e)s salarié(e)s. Sans compter la portée symbolique importante d’une telle démarche.

3.2 Mener une lutte idéologique contre la précarité

Face au matraquage idéologique valorisant la précarité ou en faisant une fatalité, le mouvement social doit pouvoir opposer une lutte sur le terrain idéologique. La stigmatisation des agences d’intérim par des rassemblements ou des tractages dénonçant la discrimination à l’embauche ou la répression syndicale, comme a pu le faire la CGT espagnole ces dernières années, a une symbolique forte. Il s’agit ainsi de gagner l’approbation de la partie du salariat qui ne connaît pas la précarité et de tenter d’organiser les précaires.

Mais la lutte idéologique la plus évidente contre la précarité reste la lutte pour la redistribution des richesses.

L’AL produit depuis deux ans une expression dénonçant la précarité : article sur les luttes de précaires dans le journal, quatre-pages de la branche Jeunesse, bulletin Clash... Il nous faut continuer dans cette direction faisant de la lutte contre la précarité un axe majeur de propagande dans Clash et le journal, et en éditant régulièrement de nouveaux autocollants, quatre-pages, brochures...

3.3 Vers une résorption de la précarité

Lutter contre la création d’emplois précaires, c’est possible ! Il s’agit en premier lieu de casser le chantage patronal : nous n’avons pas à faire le choix entre un emploi précaire ou rien. Cette lutte est avant tout celle des travailleur(se)s à statut, qui doivent anticiper l’ouverture de postes précaires dans leurs entreprises, qui seraient pour eux/elles synonymes de pressions, et s’y opposer.

Lorsque le poste précaire est déjà attribué à un(e) travailleur(se), il faut obtenir sa titularisation. Cette tâche est très ardue, mais de nombreux appuis juridiques permettent de voir le processus aboutir.

3.4 Se réapproprier la revendication de salaire social

À une logique d’ensemble patronale et gouvernementale, il faut opposer une logique revendicative d’ensemble. Cette logique s’articule autour du mot d’ordre central de salaire social pour les travailleur(se)s en formation (jeunes en formation initiale dès 18 ans, travailleur(se)s en formation continue, etc.). Ce salaire social proviendrait d’un fond alimenté par la cotisation patronale, sans que le patronat puisse avoir un droit de regard sur le contenu des enseignements : une formation pour les travailleur(se)s, par les travailleur(se)s. Ce projet n’a rien d’utopique et pourrait se voir comme une sorte de retraite pour les travailleur(se)s en formation.

Cette revendication fait débat dans le mouvement social. Chaque organisation étudiante essaie d’apporter une réponse à la précarité : augmentation des bourses, allocation d’autonomie... Mais l’essentiel de ces revendications reste cantonné à la sphère étudiante, trahissant un caractère boutiquier et corporatiste. Les partis politiques ont compris après le mouvement contre le CPE qu’il y avait une opportunité à se saisir de ce problème et tentent de reprendre une version « allégée » de ces différentes revendications. Bref, la période est propice à la popularisation de cette revendication. Mais pour la populariser, encore faut-il la comprendre et force est de constater que ce n’est pas le cas.

Sur un autre plan, au sein d’AL, cette revendication n’a jamais été réellement travaillée et il est grand temps d’entamer une réappropriation de cette revendication par l’ensemble des militant(e)s, jeunes et moins jeunes, avec pour support une part importante dans le cahier de formation sur les luttes de la jeunesse.

3.5 Adapter l’AL à cette évolution

En deux ans, l’AL a connu un rajeunissement rapide, sachant se renouveler grâce aux derniers mouvements sociaux contre la loi Fillon et le CPE. Mais ce rajeunissement s’est effectué de telle façon que la mixité entre salarié(e)s et lycéen(ne)s ou étudiant(e)s s’est trouvée réduite : à côté de CAL mêlant les deux catégories, on distingue à présent des CAL 100% « jeunes » et des CAL 100% salariés. C’est un problème en terme de représentation interne et donc d’élaboration et d’intervention politique. S’il est bon de rassembler des militant(e)s intervenant dans un même secteur (les branches fédérales sont là pour ça), il est également bon de pouvoir diversifier ses analyses et ses points de vue.

4. PERSPECTIVES ORGANISATIONNELLES

Le mouvement lycéen ainsi que le tout récent mouvement « anti-CPE » sont exemplaires à bien des égards,. Ils le sont aussi du point de vue de la réponse donnée à ces attaques :
- apprentissage d’une confrontation avec l’administration et la police (lors des blocages, des occupations ...) ;
- fonctionnement sur des bases autogestionnaires (AG régulières, organisation de comités d’action lycéens, création de coordinations nationales, mise en place de commissions mandatées...).

L’enjeu n’est pas simplement « d’organiser ceux qui veulent continuer la lutte » autrement dit des individus qui, de toute façon étaient le plus souvent déjà proches des idées communistes libertaires. L’enjeu, aujourd’hui, c’est d’utiliser comme un tremplin la dynamique des différents mouvements dans la jeunesse, pour donner un nouveau souffle à la contestation, dans tous les secteurs de la jeunesse. Alternative libertaire peut et doit se donner les moyens d’animer, à travers la branche Jeunesse, une véritable campagne à cet effet. Affichons à cette occasion une stratégie organisationnelle claire : l’implication d’AL dans les luttes de la jeunesse et l’implication de la jeunesse dans AL doivent suivre un développement dialectique. Pour cela, il est indispensable de contre-attaquer : face a un projet de société dicté par les intérêts patronaux, il est temps de sortir de la défensive : de l’auto organisation des luttes à la revendication autogestionnaire !

4.1 Moyens

Pour prendre en compte ce nouveau contexte il est important de nous doter d’instruments de propagande adaptés. Cela passe par :
- des affiches qui s’adressent à la jeunesse (format A2 /A1 trichrome) ;
- des autocollants ;
- un journal ;
- une plate-forme revendicative claire. Cette plate-forme revendicative doit pouvoir être réappropriée par la jeunesse. Pour cela elle doit afficher une vocation à la réalisation immédiate. La plate-forme revendicative sollicitera pour sa rédaction l’ensemble des CAL et des camarades, entre le présent congrès et le prochain. Le secrétariat de la branche Jeunesse sera chargé de coordonner ce travail.

Nous proposons ci-dessous plusieurs pistes (à titre indicatif)

4.2 Revendications minimales

- collège unique, lycée unique, fac unique (uniformité des diplômes) ;
- respect du droit de grève ;
- droit d’affichage ;
- droit de réunion ;
- droit à l’organisation (politique, associative, syndicale) ;
- droit de critique, de contestation, de modification de la structure punitive des établissements d’enseignement ;
- droit de critique, de contestation, de modification du programme scolaire et de son application (face à une éducation capitaliste, qui plus est, aujourd’hui, de plus en plus conciliante vis-à-vis du colonialisme).

4.3 Revendications maximales

- droit à l’autonomie financière (revenu minimum dès 16 ans) ;
- droit a l’autonomie résidentielle (création de « logements jeunesse » accessibles dès 16 ans) ;
- droit à l’autonomie de déplacement (transports gratuits) ;
- élaboration collective et permanente du règlement intérieur et des programmes éducatifs (sur la base une personne, une voix).

 
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