Tract UCL Lille-Douai

Renault accélère la refonte du Pôle Nord

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L’externalisation de la production des moteurs électriques, annoncée par Renault, entraînera forcément des pertes d’emploi, notamment pour tout ce qui touche au thermique. La fermeture des sites de Caudan et de Flins ne sont qu’un avant-goût de ce qui se dessine dans l’automobile pour les prochaines années.

Le 9 juin, la direction du Pôle Nord de Renault SAS soumet à la signature des syndicats un accord prévoyant la création d’un grand complexe de fabrication de véhicules électriques sur les sites de Douai, Maubeuge et Ruitz. Depuis, Macron en personne, mais aussi Xavier Bertrand, a fait le déplacement pour saluer les centaines d’emplois promis et le fait que l’usine n’avait plus à craindre la fermeture. L’intersyndicale elle-même a écrit un tract saluant la grande charité de la direction, qui offre tout ça au prix de la création d’une nouvelle entité juridique, Renault ElectricCity, et d’une simple renégociation des acquis sociaux. Malgré toutes ces belles paroles, ne nous laissons pas duper : les mesures prises restent des assauts orchestrés par le patronat pour augmenter ses marges, renouant avec la vieille stratégie du chantage à l’emploi.

Un mot d’ordre : faut être flex’, toujours plus flex !

L’accord prévoit une « flexibilité » (comprendre une adaptabilité et donc une précarisation) accrue, attendue à différents niveaux.

C’est d’abord le temps de travail et les emplois du temps qui pourront être chamboulés au dernier moment : ainsi, le moindre aléa (retard de livraison de pièces, panne sur une ligne de production, voire un débrayage) pourra contraindre les salarié·es à faire ces 15 minutes supplémentaires, sur simple désir de la direction.

La flexibilité sera aussi « géographique » : ce texte laisse le champ libre à la direction pour exiger de la mobilité entre les trois sites, dans le cadre de mutations « volontaires » ou de « missions ponctuelles », au gré de ses envies et de ses choix stratégiques et anti-sociaux.

Finalement, la volonté de rendre les ouvrières et ouvriers plus « autonomes », « impliqué·es » dans les prises de décision, selon une idée très à la mode en ce moment dans le monde du management, va automatiquement impliquer plus de responsabilités individuelles. Les salaires vont-ils survivre à cette requalification des postes ? Tout le reste de l’accord permet d’en douter.

Remettre à plat pour niveler par le bas ?

La création de Renault ElectriCity laisse le champ libre à la renégociation des grilles de salaire, d’avancement, et des acquis sociaux. Les accords locaux, spécifiques à chacun des trois sites, se transformeront en accord global pour cette nouvelle entité. Le pire est à craindre, car le patronat a franchi une première étape décisive dans le nivellement par le bas des conditions de travail et de vie. Le texte de l’accord parle de lui-même et illustre le souci de la direction de favoriser « l’attractivité » et le « projet industriel », sans un mot pour les acquis sociaux et les conditions de travail.

Dans cette même idée, les futur·es embauché·es risquent d’être perdant·es dans l’accord, du fait de cette remise à plat de tous les acquis. Surtout, ils et elles passeront systématiquement par un CDD, forçant les nouveaux-elles venu·es à se larbiniser pour espérer décrocher un CDI.

Ces futures embauches sont par ailleurs fortement hypothétiques, contrairement à ce que nous assènent la direction et le gouvernement : l’externalisation de la production des moteurs électriques, annoncée par Renault, entraînera forcément des pertes d’emploi, notamment pour tout ce qui touche au thermique. La fermeture des sites de Caudan et de Flins ne sont qu’un avant-goût de ce qui se dessine dans l’automobile pour les prochaines années.

La principale crainte vient du contexte général du marché de l’automobile et des choix industriels erratiques menés par la direction de Renault. Est-ce un modèle viable, pour une marque produisant historiquement des véhicules à bon marché, de se lancer dans des modèles « hauts de gamme » ? De plus, cela nécessite un marché plus favorable à l’électrique, alors que la prédation de Tesla sur le marché mondial offre des arguments savoureux à Renault pour casser les acquis sociaux et se faire encore plus de marges.

Contre le chantage à l’emploi, une seule solution : le syndicalisme de lutte !

Nous nous trouvons maintenant dans une situation critique où tout sera désormais à renégocier, qu’il s’agisse des salaires, de l’overtime, des conditions de travail, ou encore de la couverture sociale. Or, maintenant que cet accord a été applaudi et paraphé par l’intersyndicale, sans aucun rapport de forces établi en amont de la signature, comme espérer maintenir les conquêtes sociales pendant cette phase de négociation ? D’autant que la signature de l’accord par l’intersyndicale fait figure de balle tirée dans son propre pied : l’appel répété au fil des pages à « un dialogue social constructif » pour « rendre le pôle attractif » (à d’autres patrons, bien sûr) sonne comme une injonction à ne plus faire usage du droit de grève et à faire passer la logique économique avant l’amélioration des conditions de travail.

Cet accord a pour but de faire payer aux ouvriers et ouvrières les mauvaises stratégies industrielles de la direction. Ce n’est pas à elles et eux de réparer les pots cassés ! Seul un syndicalisme de lutte, dépourvu de toute collaboration de classe et reposant sur une vraie démocratie interne, permettra de défendre les intérêts des travailleuses et travailleurs !

UCL Lille-Douai, 17 juillet 2021

 
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