Synthèse n°4 (15 avril 2016)

Malgré les diversions, malgré la répression : non à la loi « travail »

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la journée de mobilisation du samedi 9 avril n’a pas permis de faire descendre plus de personnes dans la rue que le 31 mars mais elle a permis de faire venir dans les cortèges une population un peu différente, moins habituée des manifestations syndicales. C’était en partie l’objectif.

On aurait bien sûr préféré voir des millions de personnes mais il ne faut pas désespérer pour autant car une manifestation un samedi pendant des vacances scolaires reste toujours un pari risqué. Une chose est sûre : cette manifestation en retrait par rapport à la précédente ne signe pas la fin du mouvement, même si le gouvernement essaie par tous les moyens de faire reculer la mobilisation.

D’une part, le gouvernement continue à réprimer durement toutes les formes de contestation, et en particulier les cortèges lycéens et étudiants, qui sont fréquemment chargés, tabassés et gazés par la police. Le 9 avril à Rennes, plus de 40 manifestantes et manifestants, principalement des jeunes, ont ainsi été victimes de violences policière tandis que ce même jour à Paris c’est l’ensemble de la manifestation que la police a empêché d’accéder à la Place de la Nation en tirant des dizaines de grenades lacrymogènes et en multipliant les provocations ou les intimidations. Les arrestations, les poursuites et les condamnations commencent à pleuvoir.

Dans le même temps, le gouvernement essaie de neutraliser la mobilisation de la jeunesse scolarisée en faisant de nombreuses promesses : revalorisation des bourses et maintien de leur versement 4 mois après la fin des études,

  • mise en place d’une garantie locative pour les précaires de moins de 30 ans,
  • surtaxation des CDD (en réalité un effet d’annonce, car cela reste du domaine des négociations sur l’assurance-chômage en cours entre patronat et syndicats),
  • ouverture de la couverture maladie universelle aux jeunes en rupture avec leur famille,
  • revalorisation de la rémunération des apprenti-es grâce à l’argent de l’État (alors que ce sont les patrons qui devraient mettre la main à la poche) et ouverture de 2000 places supplémentaires en BTS...

On peut critiquer l’opportunisme de ces mesures destinées à endormir la colère des lycéen-es et des étudiant-es mais cela prouve aussi que la lutte paie. Les syndicats étudiants et lycéens reçus par le Premier ministre se sont empressés de saluer ces gestes tout en maintenant leur appel à la mobilisation jusqu’au retrait du projet de loi... mais sans pour autant mentionner les dates retenues par la Coordination nationale étudiante (CNE).

Or c’est ce cadre démocratique et autogestionnaire qu’il faut aujourd’hui renforcer et promouvoir pour lui permettre de jouer son rôle. Le 14 avril, la CNE appelait à une nouvelle journée de manifestations et le 20 avril la mobilisation sera encore à l’ordre du jour. Ces dates permettent d’entretenir le mouvement en attendant la prochaine grosse journée de grève interprofessionnelle prévue le 28 avril.

D’ici le 28 avril, il faut intensifier la mobilisation par tous les moyens : diffusions massives de tracts dans les entreprises et les zones industrielles, dans les gares et les centres commerciaux, par des déploiements de banderoles sur les grands axes ou sur des lieux symboliques, en sillonnant les rues avec des voitures sono, par des occupations de places, par des opérations de barrages et de blocages.

La popularisation de la grève et du mot d’ordre de blocage de l’économie est la tâche la plus urgente et nous devons nous y atteler partout où cela est possible : dans nos structures syndicales (notamment en diffusant l’appel « On bloque tout »dont une réunion nationale des signataires aura lieu le 23 avril), dans nos entreprises, autour de nous, mais aussi dans nos villes en allant porter de discours dans les « Nuits debout » qui se multiplient partout dans le pays.

Les « Nuits debout » sont très contrastées en fonction des villes. Parfois, elles permettent de réunir des personnes de tout horizon qui sont prêtes à se mobiliser contre la loi « travail » et au-delà, comme en région parisienne (Paris et #Banlieuedebout). Dans d’autres villes la loi « travail » n’est pas au centre des préoccupations et il s’agit avant tout de se rassembler pour discuter, ce qui ne serait pas critiquable en tant que tel... s’il n’y avait pas un mouvement social en cours à construire. C’est pourquoi il faut activement encourager les actions qui se mettent en place et continuer à tisser des liens entre ces assemblées et le mouvement social. Le rapport de force se construit avant tout dans les entreprises, par la grève, mais la multiplication d’assemblées de quartier peut permettre d’ancrer le mouvement dans les territoires et de diversifier les formes d’actions.

Cela participerait à redonner envie et confiance dans l’action collective. Donner envie de continuer la grève le 29 avril et poursuivre sur cette lancée le 1er mai et jusqu’au 3 mai, date d’ouverture des débats sur la loi « travail » à l’Assemblée nationale.

Nuit Debout à Grenoble
 
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