Antipatriarcat, Éducation

Le silence du ministère sur les violences sexistes

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Le ministère de l’Éducation nationale emploie plus de 70 % de femmes. Une femme sur cinq affirme avoir vécu des situations de violences au travail [3]. Les violences sexistes s’exercent dans toutes les sphères, dans le cadre de la famille certes, mais aussi au travail, notamment à l’école.

Les travailleuses de l’éducation sont confrontées aux violences sexistes et sexuelles perpétrées par leur hiérarchie ou leurs collègues. Les équipes syndicales accompagnent de plus en plus ces victimes de violences au travail afin que leurs droits soient respectés, ce qui n’est pas toujours le cas.

Dans plusieurs académies, la hiérarchie laisse pourrir les situations en ne prenant aucune mesure contre les auteurs des faits durant la procédure. Les rectorats abandonnent les victimes dans un cadre de travail où elles côtoient quotidiennement leurs agresseurs (souvent avertis par les académies de leur mise en cause par une ou des collègues). Mieux  : la hiérarchie propose aux victimes de changer d’établissement, le monde à l’envers  !

L’employeur déroge à son obligation légale de protection inscrite dans le Code du travail et le Code de l’éducation (par exemple la protection fonctionnelle). Pendant ce temps, le ministre condamne des collégiennes et lycéennes qui luttent pour le droit de s’habiller comme elles veulent et contre la sexualisation de leurs corps. Le ministère et le ministre de l’Éducation nationale, tant par les paroles que par l’inaction instaure l’inversion de la culpabilité  : le sentiment d’impunité pour les agresseurs, la culture du viol et l’insécurité pour les femmes et les minorités de genre.

Le système éducatif devrait être un lieu de déconstruction des stéréotypes et d’éducation aux sexualités. C’est d’ailleurs une mission du ministère. Bien que cette mission soit inscrite dans le Code de l’éducation  [1] et doive faire l’objet d’au moins trois séances par an, elle est rarement effective. L’éducation à la sexualité se retrouve cantonnée aux cours de sciences de la vie et de la terre, abordée sous l’angle de la reproduction et des risques sanitaires. Les personnels ne sont pas formé·es pour dispenser une éducation de qualité aux sexualités, et l’État diminue les budgets des associations d’éducation populaire (comme le Planning familial) ce qui rend leurs interventions scolaires plus compliquées.

À l’école du sexisme

Les personnels sont peu sensibilisé·es à l’égalité femmes-hommes et aux identités de genre comme le montrent les programmes des INSPE [2]. Pourtant la circulaire du 9 mars 2018 relative à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans la fonction publique fait de la prévention sa priorité. De même, les dispositifs de signalement des agressions et de protections des victimes promus par ce texte de loi sont quasi inexistants.

Cette circulaire rappelle que les employeurs publics ont un rôle d’exemplarité dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail. Pourtant, en laissant faire, en n’appliquant pas la loi, le ministère de l’Éducation nationale propage le patriarcat et répand les violences sexistes et sexuelles.

Notre tâche politique est de lutter contre cette normalisation des violences. Face à l’inertie d’une hiérarchie qui refuse de prendre ses responsabilités, la lutte collective, le combat féministe et syndical est impératif et essentiel pour enrayer les violences sexistes et sexuelles.

Lucie (UCL Chartres)

[1Cette mission est précisée par la circulaire no 2018-111 du 12 septembre 2018.

[2Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation, nouveau nom des ESPE, anciennement IUFM.

[3Selon une en enquête de l’Ifop pour le Défenseur des droits produite en 2014.

 
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