Dico anti-capitaliste : « La violence d’Etat »

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L’État moderne bureaucratique émerge au cours d’un processus de centralisation aboutissant à une monopolisation des pouvoirs autrefois détenus par les seigneurs féodaux locaux : pouvoir de battre monnaie, de rendre justice, de police et de lever une armée. Il s’érige également selon Kropotkine en mettant fin à l’autonomie des cités médiévales.

Les théories du contrat social peuvent être interprétées comme des discours idéologiques de justification de la naissance et de la fonction de l’État. Ainsi pour John Locke, par exemple, les hommes à l’état de nature, afin de garantir leurs droits naturels, se délaissent de leur pouvoir de se faire justice pour le déléguer à une entité chargée d’assurer ce rôle. L’État aurait donc pour finalité le respect des libertés civiles de chaque individu. Si tel n’est pas le cas, les individus possèdent selon Locke le droit de se révolter.

Le sociologue Max Weber marque une rupture contre cette analyse de l’État en s’attachant à en montrer un visage réaliste : l’État n’est qu’un rapport de domination de certains hommes sur d’autres. Afin d’exercer cette domination, il dispose du monopole de la « violence physique légitime ». Donc l’État n’a pas pour fonction de réaliser l’intérêt général, mais d’établir la domination d’une oligarchie. L’expression de « violence physique légitime » est ambigüe. Elle signifie d’une part que c’est une violence que nous jugeons légitime parce que nous estimons normal qu’une société fasse respecter des règles sociales. Il s’ensuit que la domination qu’exerce l’État repose sur une forme de servitude volontaire. Néanmoins, chez Weber, plus encore, la légitimité de la violence d’État tient à son caractère légal-rationnel. L’État détient le monopole de la violence légale, c’est-à-dire que tout usage de la violence physique qui ne provient pas de l’État est illégale et donc illégitime.

Ainsi Weber et Marx se rejoignent pour contester la thèse de Hegel qui faisait de l’État la réalisation de la rationalité morale sur terre. Néanmoins, ils divergent sur l’analyse du groupe social qui exerce sa domination au moyen de l’appareil répressif d’État. Pour Marx, l’État est au service de la classe dominante et celle-ci, au sein du système capitaliste, est la bourgeoisie. L’État n’est pour lui qu’une superstructure qui sert les intérêts économiques du groupe qui détient les moyens de production. Pour Weber, les détenteurs du pouvoir d’État ont leurs propres intérêts et ne sont pas réductibles à la bourgeoisie capitaliste. Il s’agit de technocrates qui s’appuient sur une rationalité technico-juridique pour asseoir leur pouvoir. On peut par exemple se demander aujourd’hui si Chavez représente les intérêts d’une oligarchie capitaliste ou d’une oligarchie d’État en conflit avec une autre oligarchie, cette fois capitaliste ?

Irène

 
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