A Contre Courant : Le bateau ivre

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduite l’édito de la revue alsacienne A Contre Courant->http://www.acontrecourant.org/, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.

Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ? C’est la question que chacun-e d’entre nous a pu se répéter ces jours-ci en assistant en direct à la réalisation du scénario de la catastrophe nucléaire de grande ampleur en cours au Japon, imaginée de longue date par les antinucléaires, évidemment déclarée impossible par tous les nucléocrates en dépit des précédents de Three Miles Island et de Tchernobyl. L’incohérence même d’une information, pourtant livrée au compte-gouttes, alternant les annonces rassurantes et les déclarations alarmantes, au gré des explosions répétées, des émissions de fumée, des évacuations précipitées du site suivies de ses réoccupations intempestives, a donné à voir que la situation échappait au contrôle des ingénieurs sur le site comme des irresponsables politiques nippons à Tokyo. Tandis que leurs homologues français feignaient de croire encore et s’escrimaient à nous faire croire que semblable scénario était réservé à l’étranger.

En fait, ces derniers avaient déjà la tête ailleurs. Pressé de faire oublier le lamentable fiasco de sa diplomatie en retard de deux soulèvements démocratiques, affolé par les sondages qui le placent derrière La Pen au premier tour des présidentielles de l’an prochain, fleurant le bon coup qui lui permettrait de conjuguer sur la scène mondiale le rôle double de chef de guerre et de défenseur des droits humains, « notre » omniprésident s’est lancé dans une nouvelle aventure qui va finir en eau de boudin dans les sables chauds libyens. Et, poursuivant une politique consistant à vouloir priver le Front national de son électorat en en appliquant le programme, aux effets pourtant manifestement pervers, il a installé place Beauvau un clone de la Marine dont les provocations xénophobes vont encore élargir les boulevards qu’il lui a déjà ouverts. « Ceux que Jupiter veut perdre, il les rend fous ! » disaient les Anciens…

Si l’Elysée perd ainsi la tête un peu plus chaque jour, la Maison Blanche, quant à elle, a beau gardé la tête froide, elle n’en perd pas moins le contrôle de ce qui est en train de se passer dans le monde arabe. Les différents soulèvements et bouleversements qui y sont en cours manifestent un affaiblissement notable de son hégémonie dans une région dans laquelle les États-Unis s’étaient assurés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale de solides appuis et relais et dont le contrôle reste pourtant stratégique, étant donné qu’elle concentre une grande partie des réserves planétaires d’hydrocarbures. L’étau se resserre ainsi progressivement sur leurs deux principaux appuis régionaux, l’Arabie saoudite et Israël, tandis que leur échec en Irak et en Afghanistan est de plus en plus patent.

Ainsi va le bateau ivre du capitalisme « globalisé », poussé par les courants lourds de ses déterminismes technico-économiques et régulièrement chahuté par les vents tourbillonnants de la finance, dont les capitaines et pilotes ont manifestement perdu le contrôle, même s’ils continuent à se disputer l’accès à des commandes qui ne répondent plus, et se perdent pour certains dans des gesticulations destinées à masquer leur impuissance.

ACC, le 25 mars 2011

 
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