Témoignage : Les horreurs de la toute puissance d’Israël

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La bande de Gaza subit durement l’occupation israélienne. Les ravages provoqués par l’opération « Plomb durci » en 2008 et par le blocus imposé depuis 2007 maintiennent la région dans une situation insupportable et l’entraînent vers une véritable crise humanitaire.

L’arrivée à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv annonce la modernité d’une belle architecture qui campe le décor d’un pays riche bien déterminé à ne rien se refuser. Israël c’est la Suisse du Moyen-Orient.

Omniprésence de la force armée, parfois discrète, parfois ostentatoire, ainsi que des civils armés : société civile et gent militaire tendent ainsi à se confondre... La Suisse moyen-rientale évoque un État et un peuple en proie à une paranoïa collective. Arrivée à Erez, un bâtiment administratif surdimensionné jouxte un pénitencier, prolongé par un immense mur de béton s’inscrivant dans le paysage du nord au sud. Suit un parcours qui vous plonge dans un monde d’organisation carcérale futuriste, jusqu’au service de police de Gaza.

Des milliers de pertes humaines

Changement brutal de décor : pauvreté évidente, façades de blocs d’habitations criblées d’impacts de balles, immondices, champs d’épandages de détritus, enfants qui errent sur des chantiers de déblaiement en cours. Les impacts de tirs sur le bâti jalonnent le parcours des blindés israéliens jusqu’à Gaza ville, sérieusement endommagée. Ces décors dénoncent les catastrophes consécutives à la guerre. La bande de Gaza est rapidement parcourue sur soixante kilomètres de long et quatre à cinq kilomètres de large. L’horizon y est vite fermé, à l’est c’est le mur menaçant et à l’ouest une Méditerranée qui fait rêver mais qui n’autorise pas le voyage ! Les pêcheurs gazaouis sont strictement tenus de pêcher dans la limite de trois miles au delà de la côte sous peine d’être coulés par le fond : des détonations en mer rappellent parfois la sinistre consigne. Dans la nasse de la bande de Gaza vivent 1,7 millions habitants, dont 78 % sont chômeurs depuis le blocus. Lors de l’opération « Plomb durci » en 2008, les Gazaouis ont vécu des bombardements massifs qui ont occasionné des milliers de pertes humaines et détruit l’ensemble de l’infrastructure industrielle, soit 27 usines. Au nord de Gaza, 7 écoles ont été sérieusement endommagées, sans plus aucune possibilité d’accueillir les élèves. Les hôpitaux ne sont pas épargnés, bombardés à 45 %...

Toute puissance du non-droit

Chacun a encore en mémoire l’effet dévastateur de cette opération, avec ses milliers de morts sans distinction. Mais peut-être n’imagine-t-on pas l’obscénité d’une armée dans le non-droit de la toute puissance. Il est un crime de guerre qui constitue un sentiment profondément douloureux pour l’ensemble de la population gazaoui : c’est le drame de l’anéantissement de la famille Samouni, décimée au cœur de Gaza ville. Enfermée dans son immeuble banal et pacifique, dans un quartier non organisé par la guérilla urbaine, elle fut victime d’un choix délibéré, d’un massacre au fusil d’assaut, 37 personnes, froidement, sans que nul, quel que soit l’âge ou le sexe n’échappe au carnage. Le crime de guerre s’inscrit dans la volonté d’affirmer la terreur de la puissance tutélaire sur un peuple que l’on voudrait à jamais soumis au silence.

Explosions et tirs quotidiens

La permanence de la guerre touche au cœur d’un peuple et particulièrement au monde de l’enfance. La rencontre avec un psychiatre responsable de santé mentale éclaire sur cette situation dans la bande de Gaza. Il parle du recrutement d’adolescents par certaines milices, les ayatollahs recruteurs qui font scintiller le miroir aux alouettes. Ils promettent aux adolescents des paradis qui ne seraient pas artificiels mais jardins d’Éden... Comment y résister quand on a grandi à Gaza. Il organise inlassablement la protection de l’enfance dont dit-il, 14 à 18 % souffrent de névroses post traumatiques dues à la violence des opérations militaires et plus singulièrement celle que les psychopathes israéliens se plurent à nommer avec perversité « Plomb durci »...

Névroses sans cesse réactivées par la fréquence quasi journalière des explosions et des tirs, des passages d’hélicoptères et d’avions de chasse. Ces violentes menaces impriment le sentiment d’impuissance et de l’horreur toujours annoncée. Rien ne circule en direction de Gaza. La production littéraire, les films et les artistes étrangers restent à la frontière. Le pouvoir colonial estime que la culture est toujours mauvaise pour ses sujets. De l’expédition 2008, la mission culturelle française a été saccagée et souillée d’excréments... La régression scatologique de la soldatesque coloniale exprime toute sa force symbolique.

Antoine Cayrol

 
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