Dossier prison : Lire : Mesrine, « l’instinct de mort »

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La réédition du récit autobiographique de Jacques Mesrine, L’Instinct de mort, par les éditions Le Chien rouge présente un intérêt majeur pour celles et ceux que le personnage a fasciné ou fascinent encore. C’est la seule fois, en dehors de quelques interviews qu’il aura très lucrativement négociées, qu’il jette un regard sans concessions sur son parcours de voyou. Ce livre a été rédigé en 1976, alors qu’il était incarcéré à la Santé (dont il s’évadera spectaculairement quelques mois plus tard). Cela fait alors près de vingt ans que le « Grand Jacques », comme le surnommeront les flics à ses trousses, mène une vie de délinquance à la fois très violente mais aussi très originale.

Mesrine explique ressentir très tôt une certaine fascination pour la violence qui peu à peu sera banalisée dans son esprit. Les petits délits qu’il commet dès l’adolescence ne sont donc pas des erreurs de parcours mais des étapes initiatiques qui lui permettent de se confronter à la « voyoucratie ».

La réputation qu’il se construit au fur et à mesure lui permet de voir toujours plus grand : les braquages et les sommes amassées se multiplient, mais aussi les cadavres des flics ou super-héros qui se mettent en travers de sa route. Les premières arrestations et peines d’emprisonnement lui font découvrir le revers de la médaille : la violence policière, les séjours à l’isolement qui le détruisent psychologiquement et physiquement. Sa détermination en est démultipliée. Il s’éloigne du milieu traditionnel du grand banditisme et choisit une voie solitaire, celle du fauve traqué, s’alliant seulement au coup par coup avec d’autres malfrats.

Mesrine devient alors une priorité pour toutes les polices de France. Sa vie est désormais rythmée par les braquages, les règlements de compte et les séjours en quartier de haute sécurité (QHS) et les évasions, jusqu’à ce qu’il soit abattu par la police en 1979. Les QHS, ces quartiers destinés à mater les durs, effrayant même les plus aguerris d’entre eux, Mesrine n’aura de cesse de les combattre jusqu’à la fin de sa vie. C’est à travers ce juste combat qu’il va séduire la gauche de l’époque. Mais il ne livre aucune indication sur ses orientations politiques dans le livre. Son court et supposé passage quelques semaines à l’OAS alors qu’il effectuait son service militaire ne reflète pas forcément son adhésion aux idées de l’organisation. Il se plaçait en dehors de cela, sa vie, c’était autre chose, une vraie vie de voyou.

- Jacques Mesrine, L’Instint de mort, Éditions le chien rouge, réédition 2006.

 
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