Immigration : Pendant les grèves, les « réformes » continuent

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Il n’aura fallu qu’une petite journée de discussion à l’Assemblée nationale pour que le gouvernement fasse adopter en vitesse, au début du mois de juin, la contre-réforme du droit d’asile. Celle-ci marque un nouveau pas dans l’offensive européenne contre les derniers droits individuels fondamentaux imposés aux États. Elle permet maintenant à ceux-ci de fixer une liste de « pays sûrs » dont les ressortissants n’auraient pas droit à l’asile (Algérie ? Turquie ? Maroc ?). Elle introduit la notion « d’asile interne », c’est-à-dire la possibilité de refuser l’asile lorsqu’il sera estimé que le demandeur d’asile pouvait se réfugier dans l’une des parties de son pays (comme à Srebrenica ?). La voie est maintenant libre pour une gestion politique et policière de l’asile, devenu simple variable d’ajustement de la politique d’immigration.

Les États européens ne comptent d’ailleurs pas en rester là. Pendant qu’en France, depuis plusieurs mois, plusieurs milliers de personnes sont massivement déboutées de leur demande d’asile [1], Tony Blair a réussi à mettre à l’ordre du jour de l’Union européenne la création massive de camps aux frontières de l’Europe (Roumanie, Albanie, Maroc) où seraient parqués les demandeurs d’asile le temps de l’examen de leur situation.

Sarko partout, la gauche nulle part

Quelques jours après cette mascarade de débat public, le projet de loi Sarkozy sur l’immigration devrait être présenté à l’Assemblée nationale. Comme pour l’asile, il est à craindre que ce débat soit aussi bref que pathétique, au vu de l’absence d’opposition des partis « de gôche », PS en tête. Nous ressassant son grand tube populiste de la « sécurité », Sarkozy, soutenu par les maires de droite élus sur un programme xénophobe, va essayer de réutiliser les mêmes ficelles pour justifier la casse du droit de vivre en famille, de la carte de séjour de 10 ans, et le renforcement d’une politique assimilationniste et de ségrégation dans les quartiers.

Car comment peut-on analyser autrement un projet de loi qui prévoit de donner tous les pouvoirs aux maires sur les mariages mixtes français-étrangers, sur les attestations d’accueil, sur les régularisations, qui rend quasiment discrétionnaire la délivrance d’une carte de résident et qui généralise les statuts précaires et temporaires ? Ceci sans parler de la mascarade d’un « contrat d’intégration » aux accents coloniaux, qui va permettre au gouvernement de masquer à peu de frais sa politique capitaliste de précarisation sociale, économique et politique.

Délinquants de la solidarité

Face à cette nouvelle contre-réforme, les collectifs, associations, syndicats, organisations, engagés aux côtés des sans-papiers peinent aujourd’hui à faire entendre leurs voix. Les luttes de l’immigration payent aujourd’hui le désengagement militant observé depuis 1998 sur cette question. À l’appel du collectif national des sans-papiers, des mobilisations unitaires tentent timidement de s’organiser à Paris et dans les régions, prenant le relais des grèves de la faim et des actions d’occupations régulières depuis plusieurs mois à Lyon, Bordeaux, Lille ou Marseille. Mais c’est surtout de l’initiative du Manifeste des délinquants de la solidarité, lancée par le Gisti [2] le 27 mai dernier, que pourrait venir le sursaut de mobilisation contre le projet Sarkozy. Signé par plus de 150 organisations, des artistes, écrivain(e)s, intellectuel(le)s et plusieurs milliers de personnes à ce jour, ce manifeste constitue un appel public à la désobéissance, rappelant l’appel lancé en 1997 contre le projet de loi Debré sur les certificats d’hébergement.

Le texte est clair : « Nous déclarons avoir aidé des étrangers en situation irrégulière. Nous déclarons avoir la ferme volonté de continuer à le faire. De même que nous réclamons un changement radical des politiques à l’égard des immigrés et des étrangers, nous réclamons le droit à la solidarité, contre la logique des États. » Il n’est surtout pas superflu ni exagéré, au moment où se multiplient les mises en examen et les poursuites à l’encontre de militant(e)s de collectifs de soutien aux réfugié(e)s ou anti-expulsion. Ainsi, deux militants du collectif C’Sur de soutien aux réfugiés de Calais sont poursuivis pour « aide à l’entrée et au séjour irrégulier » et risquent dix ans de prison. Leur délit : avoir hébergé des réfugiés sans abri depuis la fermeture du centre de Sangatte, leur avoir permis de recevoir du courrier et de l’argent.

À Paris, ce sont également trois militants anti-expulsion qui doivent être jugés le 23 juin au tribunal de Bobigny ; ils risquent cinq ans de prison pour avoir voulu photographier le tabassage d’étrangers lors d’une expulsion par avion à l’aéroport de Roissy.

Au moment où partout en Europe nous subissons l’offensive contre les droits sociaux, la solidarité avec les immigré(e)s et les réfugié(e)s est plus que jamais impérative. Il n’y aura pas d’avancée sociale sans une régularisation massive et le renforcement du droit à l’entrée et au séjour, sans que se dessine concrètement une perspective d’ouverture des frontières, de liberté de circulation et d’installation.

Jérome (CAL Paris Est)

[1Plus de 10 000 demandes en attente devraient être examinées (il faut comprendre rejetées) avant la fin de l’année.

[2Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés ; pétition à signer sur le site Internet www.gisti.org.

 
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