Allemagne : La guerre contre les chômeurs

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Réélu de justesse pour reconduire une coalition avec les Verts, le chancelier Schroeder doit affronter une contestation montante contre ses projets de démantèlement de la protection sociale (retraites, sécurité sociale et assurance chômage). À contre-courant d’un syndicalisme intégré à l’appareil du parti social-démocrate, des courants d’opposition syndicale se rapprochent pour construire un véritable front d’opposition sociale à la politique ultralibérale des sociaux-démocrates et des Verts.

Avec l’Agenda 2010, le gouvernement Schroeder poursuit son offensive contre les droits sociaux. Le montant et la durée de l’indemnisation des chômeurs(ses) doivent être radicalement révisées à la baisse. Plus particulièrement, les chômeurs(ses) de plus de 55 ans voient leur durée d’indemnisation ramenée de 35 à 18 mois.

L’opposition parlementaire de droite soutient Schroeder et exige des mesures encore plus sévères. La seule expression contradictoire vient des syndicats mais leur voix est à la fois faible et larmoyante. Quant aux dirigeants syndicaux dans leur quasi totalité ils siègent dans le même bateau que le Parti social-démocrate voire que le gouvernement. L’un des soutiens les plus fanatiques de Schroeder est un ancien président de l’IG Metall en Rhénanie du Nord-Westphalie. Mais cela n’a rien d’extraordinaire dans l’histoire de la République fédérale allemande. Les dirigeants syndicaux ont toujours occupé des postes ministériels importants, qu’il s’agisse du ministère du Travail ou parfois même de la Défense. Cela fait partie intégrante du modèle allemand dans lequel l’appareil syndical est étroitement lié aux partis établis.

Résistances

À l’intérieur des entreprises il y a multiplication de débats entre des groupes syndicaux assimilables à ce que peut défendre la CFDT et des groupes critiques et oppositionnels. En Allemagne cela s’exprime à travers l’existence de différentes listes syndicales. C’est précisément dans les grandes entreprises de l’industrie automobile et de la chimie que l’opposition a le plus de poids.

Il y a du reste des exclusions temporaires contre des sections syndicales d’entreprises qui ne veulent pas se plier aux diktats des bureaucraties syndicales, tout particulièrement chez Daimler et Volkswagen. Il y a beaucoup de mécontentements et de protestations dans les rangs des syndicats, mais ce qui fait défaut c’est une protestation à l’échelle de masse. Beaucoup ont les yeux tournés vers la France et appellent de leurs vœux un mouvement similaire.

La deuxième force d’opposition est le mouvement ATTAC. Elle a pris position contre l’Agenda 2010 de Schroeder et essaye de mobiliser ses adhérent(e)s. C’est dans ce sens qu’émergent lentement des forums sociaux.

L’extrême gauche est d’une part organisée politiquement dans un parti marxiste-léniniste et dans de petits groupes trotskistes. Mais beaucoup de syndicalistes radicaux ne militent pas dans ces groupes, ils se retrouvent plutôt dans divers types de groupes syndicaux et de forums dont les idées visent à des alternatives à cette société capitaliste, mais ne se laissent pas instrumentaliser à travers les différentes constructions partidaires. Il y a également un petit syndicat anarcho-syndicaliste, Frei Arbeiter Union (FAU, Union des travailleurs libres) qui est proche de la CNT française. Il a ces derniers temps développé ses activités. Ce spectre d’initiatives se retrouve dans le labournet-Germany (http://www.labournet.de), l’organe virtuel des gauches syndicales. D’intenses débats y ont cours afin d’organiser la résistance contre l’Agenda de Schroeder et développer une véritable opposition sociale. Il y a eu jusque-là plusieurs grandes manifestations dans les régions et les grandes villes. L’organisation de mouvements de grève en France et en Autriche est particulièrement précieuse dans la perpective de construction d’un front d’opposition sociale.

Willi Hajek, 13 juin 2003, Berlin

 
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