Syndicalisme CGT : Le réformisme en échec

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Après avoir assisté aux « résistances » mises en œuvre par une partie de l’appareil de la CGT pour s’opposer à la préparation d’une véritable grève générale interprofessionnelle, les militant(e)s de cette organisation ne peuvent que s’interroger sur la direction confédérale qu’ils ont élue en mars dernier.

Nombreux, dans les secteurs critiques vis-à-vis des positions confédérales, s’attendaient à voir la CGT brader les revendications, en particulier sur les 37,5 annuités ou l’ouverture des fonds de pension, du fait de l’alliance avec la CFDT. Malgré cela, les analyses développées dans les diverses publications CGT sur les questions de financement des retraites furent des outils précieux d’appropriation par les salarié(e)s de la problématique de redistribution des richesses.

Les contradictions entre le discours et la pratique de la confédération CGT déroutent des militant(e)s qui ne comprennent pas que la CGT ne mette pas tout en œuvre pour bloquer les projets gouvernementaux. De retour du congrès confédéral de mars dernier (voir AL n°118), nous expliquions que « le danger pour la CGT est moins dans l’ambivalence de ses axes revendicatifs que dans la composition de sa direction confédérale, toujours liée au PCF malgré les prises de distances inéluctables ». En l’absence d’alternative gouvernementale supposée fréquentable, la CGT, et en particulier sa fraction liée au PCF, ne peut accepter de précipiter une crise du pouvoir et de rendre les luttes trop dangereuses. Comme nous le disions alors : « On n’a pas fini de voir se succéder les journées d’actions par profession, déconnectées les unes des autres ! »

Une sortie « honorable » ?

À présent, comment expliquer la stratégie calamiteuse de la direction confédérale ? Sans doute l’absence de perspective gouvernementale a joué un rôle important, sans doute la trahison précoce et caricaturale de la CFDT l’a désorientée… Certes il était fondamental d’œuvrer pour l’implication du privé dans le mouvement, mais pourquoi casser la grève reconductible à la SNCF et à la RATP, sachant le poids symbolique qu’ont ces secteurs en vue d’une grève générale ? De même, se contenter de réclamer une « négociation » plutôt que le retrait du projet Fillon affaiblit la dynamique de lutte, et c’est d’ailleurs le meilleur moyen de ne pas obtenir de négociation…

Ainsi, même du point de vue d’une bureaucratie réformiste, la gestion de la lutte par l’appareil CGT a été un échec, puisque, tout en imposant le calendrier, elle s’est interdit de créer un vrai rapport de forces, et a même échoué à trouver une porte de sortie honorable - pour elle - comme un accord au rabais, par exemple.

Tout cela laissera des traces : mises en causes véhémentes, voire cartes déchirées. Mais tout en partageant la colère des innombrables grévistes déçu(e)s, nous ferions fausse route en ressassant notre amertume sur les seuls thèmes de la « trahison » et du « sabotage ». Il est important de comprendre pour agir, et faire en sorte que la prochaine fois, la bureaucratie manœuvre moins facilement, que les résistances à la base soient plus fortes.

Une légitimité contre une autre

Le nombre important de militant(e)s CGT, de syndicats, d’unions locales et départementales CGT qui ont participé à ce mouvement et y ont pris une place incontournable, ne doit pas être oublié pour cause de double langage confédéral. Il faut opposer à la politique fractionnelle d’une partie de la direction CGT les exigences de démocratie qui ont été mises en avant par une grande partie de la base, mais aussi l’auto-organisation que les grévistes ont mise en œuvre, et qui doivent se retrouver dans les pratiques syndicales de demain.

Déjà, en faisant jouer le fédéralisme, des syndicats CGT et des structures professionnelles ou interpro ont pu se dégager de l’emprise confédérale (à la RATP quelques temps, sur certains sites SNCF, dans certaines usines du privé, dans certaines UD comme la Haute-Garonne, etc.). En appelant à la grève générale et en investissant dans l’auto-organisation (participation active aux AG, constitution de comités de grève, soutien aux secteurs les moins mobilisés) ces différents secteurs CGT, même minoritaires, ont pesé autant en faveur de la grève générale que les syndicats FO ou SUD, par exemple.

Espérons que de cettte expérience, nouvelle pour de nombreux(ses) adhérent(e)s et militant(e)s CGT, certain(e)s garderont davantage un goût pour l’autonomie qu’une confiance loyale en Bernard Thibault.

Des communistes libertaires de la CGT


<titre|titre=L'opinion ne fait pas le printemps!>

"Le Comité confédéral national de la CGT s’est réuni le mercredi 11 juin.
- Notre orientation d’élargir le mouvement social en cours pour obtenir l’ouverture de négociations est notre boussole CGT.
- Nous faisons la démonstration que loin du repli, nous avons été capables non seulement d’élargir le mouvement dans le privé et dans le public, de l’inscrire dans la durée et de conserver l’adhésion de l’opinion publique. Le refus du gouvernement et du Medef de négocier sur les retraites apparaît encore plus injustifié aux yeux de la majorité des salariés."

Les termes de ce communiqué interne méritent d’être relevés.

Alors que le mouvement de grève, faute d’élargissement fléchissait, la direction confédérale faisait mine d’y croire et essayait de donner le change aux militant(e)s.

On notera dans ce collector de la novlangue CGT que la grève est remplacée par l’improbable « mouvement social », qu’il s’agit d’obtenir des négociations et pas le retrait du plan Fillon.

Mais surtout, l’objectif fixé : « conserver l’adhésion de l’opinion publique » apparaît clairement comme l’axe privilégié de la direction de la CGT.

On pourrait même ajouter à l’adhésion de l’opinion publique, les commentaires favorables des éditorialistes de la presse écrite et audiovisuelle qui ne tarissent pas d’éloge pour stigmatiser l’attitude « responsable » des dirigeants de la CGT.

Cependant, si la bataille de l’opinion publique et le poids dans les médias constituent évidemment des éléments à prendre en compte, c’est d’abord à partir des intérêts des travailleur(se)s et de celles et ceux en lutte que la direction de la CGT aurait dû se situer.

Sans rapport de force suffisant, l’opinion publique ne permet pas de gagner

 
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