Tchétchénie : De Bagdad à Grozny, retour des guerres coloniales

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Après l’Afghanistan, l’Irak aura été le théâtre de la puissance militaire de la coalition anglo-américaine, y installant pour longtemps un protectorat de type colonial avec la mise sous tutelle du peuple irakien.

Dans le Caucase, loin des caméras et du spectacle médiatique, une autre guerre coloniale que poursuit la Russie s’éternise et s’enlise dans l’indifférence. Exactions de toutes sortes, massacres, viols, tortures, camps de filtration, destructions massives (la capitale, Grozny, a été rasée par les bombardements en février 2002) : tel est l’atroce tableau de chasse d’une armée russe engagée dans une logique génocidaire.

Depuis la prise d’otages du théâtre moscovite de la Doubrovka le 26 octobre 2002 - que des révélations récentes de Novaïa Gazeta imputent à des agents du GRV (police secrète de l’armée russe), qui auraient manipulé un groupe islamiste, étranger à la résistance tchétchène organisée par Maskhadov - la violence des armes et les actes terroristes ne cessent d’accroître le lourd tribut payé par la population à la guerre. Le « référendum constitutionnel » de mars 2003, qui relève de la pure parodie démocratique à la mode stalinienne, n’apaisera pas le climat conflictuel. Au contraire. Les attentats de Znamenskoe et de Illiskhan-Iourt, qui auraient fait près de cent morts et ce, sur un fond de guérilla incessante, déstabilisent un Poutine qui affecte la posture du président impavide. Ce dernier a pourtant fait allégeance à Bush le 11 septembre 2001 en se portant à ses côtés pour lutter contre le terrorisme international. Bush en tirera profit en dépêchant des centaines de conseillers militaires dans le Caucase pour épauler l’armée géorgienne qui traque les combattants tchétchènes repliés.

Quant à l’Europe, toujours aussi peu encline à condamner le caractère inique de cette guerre, elle manifeste quelques signes de désapprobation de pure forme. En janvier 2003, la Cour européenne des droits de l’homme déclare recevables six plaintes contre la Russie : modeste bilan. Nonobstant, sans vergogne, Chirac recevait Poutine à l’Elysée et Delanoë la main sur le cœur l’accueillait à l’hôtel de ville de Paris en février dernier. L’achat de quelques Airbus imposera soumission et silence au « pays des droits de l’homme ».

Le déchaînement d’une armée débridée, forte de cent mille hommes, ne semble pas venir à bout de ce petit peuple pourtant exsangue. À Moscou, l’Union des forces de droite, parti libéral de Boris Nemtsov, s’inquiète et suggère des négociations de paix avec la résistance. Quant à Guesrgui Satarov, ancien conseiller de Boris Eltsine, il signifie à Poutine que rien ne pourra aboutir sans prendre en compte la réalité du désastre humain que connaît le peuple tchétchène et sa violence en termes de ripostes désespérées.

Solidarité anticolonialiste

C’est dans ce contexte que des militants de Sud-TMT, Sud-PTT et de la CGT-ONIC se rendront pour la quatrième fois depuis 2001 en « convoi syndical » à la rencontre de syndicalistes russes, qui sont organisés dans de petits syndicats non gouvernementaux opposés aux guerres coloniales (Zachtchita), afin d’apporter soutien et aide aux peuples dominés. Fin mars 2003, ces camarades participent, à Moscou, à une manifestation antiguerre contre la présence anglo-américaine en Irak et russe en Tchétchénie. Bien que très minoritaire, cette dénonciation publique des guerres impériales témoigne, sur la place Rouge, de l’émergence d’une nouvelle prise de conscience politique.

En Ingouchie, l’aide apportée en termes de matériel scolaire et de vêture aux populations tchétchènes réfugiées a été vivement appréciée. La visite clandestine de deux militants du convoi à Grozny a permis de rencontrer le recteur de l’université et de recenser les besoins les plus immédiats (des livres principalement). Un groupe d’étudiants relaie et concrétise au sein de la communauté l’apport financier du « convoi » en termes d’entraide. Le convoi syndical, animé par des syndicalistes, sollicite des fonds même très modestes auprès de citoyens, pour la plupart salariés. Il s’attache à apporter un soutien syndical, militant et anticolonialiste.

L’issue de cette guerre demeure incertaine. En effet, Poutine refuse toujours de rencontrer le président Maskhadov, pourtant élu lors d’élections libres sous le contrôle de l’OSCE le 27 janvier 1997 avec 59 % des voix. L’enjeu pour la Russie est moins le pétrole (les gisements importants se situent principalement en Azerbaïdjan et au Kazakhstan) que la volonté d’affirmer le nationalisme grand russe et ses visées impériales dans toute la région du Caucase. Le peuple tchétchène en paie le prix fort depuis 1994.

Notre solidarité militante nous invite à apporter à ce peuple un soutien politique, moral et matériel. Fort modestement, le convoi syndical y participe. Cependant, soyons conscients d’une réalité, le peuple tchétchène est l’otage des appétits impériaux grand russe, des manœuvres américaines et des intrusions wahhabites. Le carnage peut donc se poursuivre, loin des préoccupations de ce monde, à huis clos.

Pour le convoi syndical, Claude Marill

  • Convoi syndical pour la Tchétchénie : 23, rue de la Mare, 75020 Paris. Tél : 01 44 62 12 88 - Fax : 01 44 62 12 43. Chèques à l’ordre de « Convoi syndical » : CCP n° 2796496A Centre de Paris.
 
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