« Rentrée sociale » : Etat, patronat, tout le monde ne part pas en vacances !

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Comme chaque année, les bureaucraties syndicales vont découper l’automne en « journées d’action » de vingt-quatre heures déconnectées les unes des autres. Les gauches syndicales vont les critiquer et dénoncer l’escroquerie. Comment dépasser ce rituel ?

Il parait que nous sommes en période de « rentrée sociale »… comme s’il y avait une quelconque « trêve estivale » respectée par le patronat et le gouvernement. Seuls les « responsables » syndicaux ou politiques et commentateurs médiatiques font semblant d’y croire, et ce rituel devient pénible.

Le vote de la loi restreignant la liberté syndicale et remettant en cause les 35 heures, l’annonce de la privatisation de la Poste, l’avancée des travaux de démolition de la protection sociale, les nouvelles attaques contre les chômeuses et les chômeurs, le refus de régulariser les travailleuses et travailleurs sans papiers en grève, voilà quelques exemples d’un été où la lutte des classes ne s’est pas interrompue, côté patronal et gouvernemental.

Et du côté des organisations syndicales ? Une fois de plus, ce n’est pas la révolution ! Certes, tout le monde, ou presque, a sorti son communiqué pour dire son désaccord avec les mesures gouvernementales successives. Successives, oui, c’est bien le problème ! Les syndicats font part de leur protestation, mais les contre-réformes réactionnaires s’enchaînent.

Pourquoi s’en étonner ? Lorsque le mouvement ouvrier ne construit pas d’actions collectives pour se créer un rapport de forces, ce rapport de forces ne disparaît pas pour autant : il est totalement en faveur de celles et ceux qui dirigent, ont le pouvoir, le fric.

Prud’homales en décembre

La première crainte qu’on peut avoir vis-à-vis de la « rentrée » des organisations syndicales, c’est qu’elle dure longtemps… Les élections prud’homales ont lieu début décembre. Oh, certes, tout le monde va rejeter tout électoralisme ! Mais, de toutes les élections syndicales ce sont pourtant celles qui se prêtent le plus à ce jeu : contrairement aux élections professionnelles (DP, CE, CAP, etc.), on ne vote pas là pour des délégué-e-s qu’on connaît, qu’on mandate, dont on peut contrôler le travail syndical, au quotidien, mais pour des listes, des sigles, des visages vus à la télé.

D’ici décembre, on peut s’attendre à ce que beaucoup d’organisations syndicales lancent des journées de protestation (faut quand même assurer un minimum !), mais prennent bien garde à ce que ça ne déborde pas. Bref, faudrait pas risquer un automne du genre de 2007…

Et pourtant, les motifs ne manquent pas : nouvel allongement de la durée de cotisations pour une retraite à temps plein, fermeture d’hôpitaux publics, privatisation de la Poste, remise en cause du droit à la santé, salaires quasiment bloqués, précarité accentuée, universités de plus en plus au service du patronat, conditions de travail détériorées, etc. Pas besoin de faire de nombreuses réunions pour établir un cahier revendicatif national qui pourrait s’unifier dans les luttes !

Une « lettre ouverte » significative

Mais nous savons que tel n’est pas l’objectif de celles et ceux qui animent, nationalement, la plupart des organisations syndicales. Nous savons en revanche que c’est à cela qu’aspirent un très grand nombre de militantes et de militants de la CGT, de Solidaires, de la CNT, de la FSU… Des initiatives vont dans ce sens. L’immense majorité des milliers de signataires de la « lettre ouverte aux directions syndicales » a ce souci, même si on peut regretter certains passages incantatoires de cet appel et la démarche qui amène à présenter, par exemple, la « direction de la CFDT » comme étant égale à la « direction de la FSU ». Les écrits de certains courants syndicaux qui jusque-là ne voyaient que par la CGT montrent une volonté d’ouverture vers Solidaires. Le congrès de la CNT en septembre débattra de la pratique syndicale en entreprise. Dans la suite des grèves de la fin 2007, de plus en plus d’équipes Solidaires veulent construire des campagnes revendicatives, créer les conditions de luttes puissantes et plus seulement « soutenir » les mouvements sociaux. Les volte-faces de la confédération CGT vis-à-vis des grèves de sans-papiers montrent qu’autour des collectifs interprofessionnels, notamment, existe une résistance à la dérive réformiste de cette organisation.

Peut être que c’est là-dedans que tout se joue. Pas de manière linéaire, mécanique : l’appel à l’unification du mouvement syndical dans une grande confédération unique ne correspond manifestement pas à la période. Dire cela, ce n’est pas considérer que le « chacun pour soi » est l’avenir. Non, plutôt que des slogans sans perspective, travaillons les perspectives, et cherchons ensuite les slogans.

On peut se contenter de regarder, commenter, préparer les critiques qui seront d’autant plus justes que ce sont les mêmes que nous faisons depuis bien longtemps. Alors, on peut parier que la CGT organisera une belle journée d’action, peut être le 7 octobre, que la FSU fera une jolie manifestation nationale pour le service public de l’Éducation, peut être le 19 octobre, que Solidaires appellera aux deux initiatives en regrettant le manque d’unité, que la CNT rappellera que « seule la grève générale, etc. ». Et, au bout du compte, nous aurons de nouveau perdu.

Mettre les mains dans le cambouis

L’autre solution consiste à « mettre les mains dedans ». C’est le choix de notre courant communiste libertaire : défendre nos idées, par nos textes et nos pratiques, mais aussi agir pour que ça change. Parce que nous sommes convaincu-e-s que le meilleur « débouché » qu’on puisse espérer pour les luttes… c’est qu’elles soient victorieuses.

Dans nos entreprises, nos établissements scolaires, nos quartiers, organisons les discussions sur la riposte sociale nécessaire. Faisons-le aussi dans nos sections syndicales, nos syndicats, nos fédérations, nos unions interprofessionnelles. La question de l’unité viendra très rapidement sur le tapis.

À celles et ceux qui disent que « la grève générale, ça ne se décrète pas », nous répondons que, certes, c’est vrai, mais que la question est de vouloir (ou pas) la construire, et donc de se donner (ou non) les moyens pour cela. Et s’il en était de même de l’unité syndicale ? « L’unité syndicale, ça ne se décrète pas », c’est certain. Mais la vraie divergence n’est-elle pas entre celles et ceux qui veulent la construire, et celles et ceux qui, pour des raisons diverses, ne le veulent pas ? L’unité du syndicalisme de classe est bien sûr aux antipodes du projet des directions confédérales, CGT comprise. Mais cela n’est pas forcément la priorité non plus des militantes et des militants qui pensent que la priorité demeure de construire « le Parti », quel qu’il soit. Pourtant un syndicalisme de classe plus fort, c’est renforcer l’autonomie du mouvement ouvrier !

Créons les conditions d’un travail commun. Les grèves des sans-papiers montrent que c’est possible. Elles font également apparaître une différenciation claire au sein du mouvement syndical entre, d’une part, un camp syndical CGT, Solidaires, CNT – avec toutes les difficultés des uns et des autres – dont des collectifs militants sont avec les grévistes, et d’autre part un camp syndical qui se désintéresse totalement des travailleuses et des travailleurs immigrés. Discutons aussi de l’unification du mouvement syndical… dans nos structures syndicales : c’est bien le minimum ! Et nous verrons alors que d’autres idées pourraient émerger, plus concrètes que l’appel à rejoindre une centrale unique qui n’existe pas.

Mouldi C. (AL Transcom)

 
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