G8 : Démonstration de force libertaire à Annemasse

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Avant et pendant le G8, les libertaires ont été à la pointe de la mobilisation. Premier bilan à chaud des initiatives soutenues par les libertaires et auxquelles les militant(e)s d’Alternative libertaire ont activement participé.

Suite au sommet de Gênes, le besoin de proposer une autre forme de lutte contre les sommets du G8 est apparu. Un groupe d’organisations et d’individus a travaillé pendant plusieurs mois pour qu’existe le Village alternatif anticapitaliste antiguerres (VAAAG).

VAAAG : l’autogestion pour de vrai

Le but était de disposer d’un lieu de vie, de rencontre, de débats et d’actions. Ce village devait être également une base de réflexion pour initier d’autres formes de luttes contre le G8 et la possibilité d’expérimenter des modes de vie basés sur l’autogestion.

C’est donc à Annemasse que plus de 3 000 personnes venues du monde entier (Allemagne, Argentine, Belgique, Brésil, Canada, Espagne, États-Unis, Grèce, Italie, Mexique, Pays-Bas, Suisse, Uruguay, etc.) se sont retrouvées fin mai pour tenter ensemble de s’opposer aux saigneurs du G8, réunis à Evian pour se partager les parts du gâteau Terre.

Cette affluence est un premier motif de satisfaction, mais le mode de fonctionnement du village (nourriture à prix libre, décisions collectives par assemblées générales, gestion partagée de toute l’infrastructure…) en a garanti le succès. Plus d’une trentaine de débats ont eu lieu sur les trois premiers jours du village, montrant la volonté des habitant(e)s de ne pas faire du VAAAG un simple camping, mais un véritable lieu d’échange de pratiques et d’idées politiques.

Bien sûr, tout n’a pas été aussi simple, l’autogestion ne s’improvise pas en trois jours. Certain(e)s « villageois(e)s » ont parfois été tentés par des attitudes consommatrices. Mais la comparaison avec les autres villages et particulièrement avec le Village intergalactique (VIG) voisin [1], ne laisse toutefois aucun doute sur la motivation des habitant(e)s du VAAAG pour mettre en pratique leurs idées. Il était amusant de voir les participant(e)s du VIG prendre part aux débats et même à la vie du VAAAG, faute de pouvoir le faire ailleurs. Il s’agit pour nous d’un motif de satisfaction supplémentaire puisque cela a permis de porter les idées autogestionnaires du VAAAG au-delà de la sphère libertaire et de lui donner cette ouverture recherchée tout au long de sa préparation.

Puisque l’autogestion fut parfois difficile pour celles et ceux qui avaient la volonté de la vivre, il a souvent été difficile de l’expliquer aux nombreux/euses journalistes présent(e)s, plus habitués à des porte-parole autoproclamés attirés par les médias comme des mouches par un pot de miel qu’à des gens n’ayant pas forcément envie de faire le clown devant n’importe quelle caméra.

En revanche, les habitant(e)s d’Annemasse ont bien compris notre démarche et ont semblé l’apprécier.

Ils/elles ont été très nombreux/euses à venir nous rendre visite, en particulier le samedi, pour discuter, participer aux débats, et tout simplement constater que nous n’étions pas les hordes de barbares mangeurs d’enfants que les autorités et la presse locale leur avaient annoncées ! Dès les premiers jours du VAAAG, VIG et VAAAG étaient allés à la rencontre de la population par une manifestation festive. Lors de l’action de protestation contre le meeting du Parti socialiste, dont les participant(e)s ont été agressé(e)s d’abord par le service d’ordre du PS, puis par les forces de répression, les habitant(e)s d’Annemasse ont encouragé, soutenu, et aidé les villageois(es) en leur donnant de l’eau. Même chose pendant la manifestation du 1er juin. Enfin, beaucoup sont venu(e)s nous remercier et nous dire combien elles/ils avaient apprécié notre présence et notre attitude constructive.

Il n’était pas gagné de faire cohabiter des populations aussi diverses que celles qui ont animé le VAAAG. Ce pari a pourtant été réussi. Le VAAAG constitue une expérience « grandeur nature » originale et novatrice sur laquelle nous appuyer pour montrer que l’autogestion, ça marche.

C’est aussi une expérience dont nous avons à apprendre, sur nos limites et nos carences, pour faire progresser notre projet de société.

CLAAACG8 : l’unité des libertaires fait ses preuves

L’autre sujet de satisfaction majeur est la réussite de la CLAAACG8. Ce regroupement d’organisations libertaires (dont côté français, et présentes sur le VAAAG : Alternative libertaire, CNT, Fédération anarchiste, No Pasaran, Organisation communiste libertaire) [2], créé en janvier dernier voulait assurer une visibilité maximale du mouvement libertaire organisé à l’occasion du G8, sur des bases constructives et en mettant en avant la question du projet de société. La CLAAACG8 soutenait le VAAAG et voulait organiser un cortège rouge et noir dans la manifestation du 1er juin.

La participation au village pour la CLAAACG8 a été une réussite. La CLAAACG8 a organisé au moins un débat par jour, le chapiteau de la CLAAACG8 se révélant le plus souvent trop petit pour accueillir tou(te)s les participant(e)s ! Les membres de la CLAAACG8 ont été très actifs et actives dans le fonctionnement du VAAAG.

Le plus gros sujet de satisfaction a été le cortège rouge et noir du 1er juin. La plupart des « villageois(e)s » du VAAAG s’y sont rallié(e)s. Le cortège a rassemblé plus de 5 000 personnes (Le Monde, 2/6/2003) sous une chaleur caniculaire, au sein d’une manifestation de 100 000 personnes (réparties équitablement entre le départ d’Annemasse et celui de Genève). Dans les jours précédents, nous avions négocié pied à pied l’ordre des cortèges et obtenu non seulement que les salarié(e)s en lutte ouvrent la manifestation, mais que la CLAAACG8 soit placée juste derrière les syndicats, largement devant Attac ou les partis politiques.

La CLAAACG8 avait annoncé publiquement et clairement sa volonté d’avoir un cortège pacifique et déterminé.

L’objectif fut pleinement atteint, aucun incident majeur ne perturbant notre défilé. Quant à la détermination, la CLAAACG8 en fit la preuve en poursuivant la manifestation après la fin officielle, pour rentrer au VAAAG en cortège, à travers les quartiers populaires d’Annemasse.

Ce cortège a été marqué par son dynamisme, la tonalité offensive des slogans, et le lien entre la lutte contre le G8 et les grèves en cours en France. La manifestation du 1er juin a permis de constater que l’analyse lutte de classe des questions sociales a largement progressé au sein du mouvement libertaire.

Les relations entre les différentes organisations de la CLAAACG8 ont en général été excellentes au cours de cette campagne. Cela a continué pendant le village et la manifestation. Il faut se féliciter qu’aucune organisation n’ait cherché particulièrement à tirer la couverture à elle. Des relations de confiance ont pu se tisser, qui sont autant d’acquis pour l’avenir et viennent à la suite de bonnes relations sur les manifestations antiguerre du printemps.

Mobilisation contre un G8 fantôme ?

Certes, numériquement, cette mobilisation n’a pas atteint les chiffres de Gênes. Elle reste cependant significative, et ce d’autant plus dans un contexte de grève qui mobilisait pas mal d’énergies par ailleurs. Face à cette mobilisation, le G8 s’est limité à une mascarade médiatique.

Bush n’a daigné y rester que le temps de prendre un café. Chirac, selon son habitude, a raconté tout et son contraire. Aucune décision n’a été prise, surtout pas en faveur des pays les plus exploités, censés être le sujet principal de cette réunion, ni sur les grandes questions sanitaires et écologiques : sida, accès à l’eau, etc. Les saigneurs du monde ne jugent donc même plus utile de faire semblant de s’intéresser à autre chose que leurs intérêts financiers immédiats.

Et la suite ?

Il est trop tôt pour tirer un bilan vraiment complet de cette mobilisation. Les réunions de bilan du VAAAG et de la CLAAACG8 n’ont pas encore eu lieu lorsque nous écrivons ces lignes. Tou(te)s les participant(e)s ont besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’ils/elles ont vécu durant cette semaine.

On sait déjà que le prochain G8 aura lieu aux États-Unis. Bush choisira-t-il de se planquer au milieu des montagnes comme à Kanaskis et Évian ? Ou organisera-t-il ce sommet à Guantanamo pour encore plus de « sûreté » ? Quel que soit son choix, soyons sûr(e)s que les libertaires sauront reprendre à leur compte le mot d’ordre du VAAAG : Résister, c’est créer !

Laurent Scapin et Max Beria


  • Site de la Claaaacg8 : www.claaacg8.org (où vous pouvez trouver des photos du cortège de la Claaacg8)

<titre|titre: Le G8 côté Suisse>

En Suisse, « ce pays qui produit des banques et du chocolat » pour reprendre la définition d’un de nos camarades de l’OSL (Organisation socialiste libertaire, Suisse) la mobilisation a été beaucoup plus compliquée. Dans le prolongement d’une campagne de terreur et de diffamation contre les altermondialistes qui battait son plein depuis des mois dans la Confédération helvétique, la répression a été féroce. Un militant a été très grièvement blessé lors d’une action de blocage, un policier coupant volontairement la corde à laquelle il était suspendu.

Il y a eu plusieurs centaines d’arrestations, alors même que les preuves des manipulations, provocations et violences policières et d’extrême droite se multiplient.

Sarkozy a parfaitement réussi à « exporter les problèmes » en Suisse. Mais il n’est pas sûr que les autorités helvétiques soient si mécontentes que ça.

Elles utilisent l’antiG8 pour une répression sans précédent des mouvements sociaux et politiques radicaux.


[1Organisé par les militants trotskistes qui y ont d’ailleurs sans scrupules organisé un meeting d’Olivier Besancenot le 31 mai, le VIG avait rompu avec la logique unitaire du village, autour du VAAAG, car il refusait le mot « anticapitalisme »… peut-être par peur d’effrayer les alliés sociaux-démocrates de la gauche de la gauche ?

[2La liste complète des membres de la CLAAACG8 est la suivante : Alternative libertaire (France), Anarchist Federation (Grande-Bretagne), Anarchist Youth Network (Grande-Bretagne), Antiauthoritarian Movement Salonika 2003 (Grèce), Collectif libertaire de Bordeaux (France), Confederación general del trabajo (Espagne), Confédération nationale du travail (France), Coordination anti-OMC / Anti WTO-Koordination (Suisse), Fédération anarchiste (France), Federazione anarchica italiana (Italie), Federazione dei comunisti anarchici (Italie), Freie arbeiter(innen) union (Allemagne), Schweiz - FAUCH (Suisse), Red libertaria Apoyo mutuo (Espagne), Réseau No Pasaran (France), Syndikalistiska Ungdomsförbundet (Suède), Organisation communiste libertaire (France), Organisation socialiste libertaire (Suisse).

 
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