A Contre Courant : le défi des licenciements collectifs

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduite l’édito de la revue alsacienne A Contre courant-> http://www.acontrecourant.org/, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex

Il ne fait aucun doute que les vagues de licenciements collectifs qui déferlent sur la France depuis quelques semaines – la plus spectaculaire étant celle frappant le site PSA d’Aulnay – ont été différées jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle pour tenter en vain de sauver la mise à Sarkozy. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’il s’agit là, plus fondamentalement, des conséquences prévisibles de la récession, plus exactement même de la cause principale de celle-ci, à savoir l’austérité salariale qui sévit partout en Europe. Aussi n’est-il pas étonnant que ces licenciements se concentrent dans les branches productrices des biens de consommation durables, tels l’industrie automobile et le bâtiment.

Face à ces licenciements, qui en annoncent probablement d’autres dans les mois à venir, les travailleurs directement concernés et leurs organisations syndicales ne peuvent se contenter d’organiser des luttes purement défensives, visant à sauver le plus d’emplois possible ou à obtenir les meilleures compensations dans le cadre des soi-disant « plans sociaux ». Encore moins devraient-ils applaudir, comme certaines de ces organisations ont commencé à le faire, aux projets de relance de la production industrielle, avancés ou soutenus par un gouvernement qui en a fait un de ses chevaux de bataille, ne remettant pas en cause les normes actuelles de production et de consommation. À quoi rime, par exemple, de mettre en chantier des automobiles électriques alors qu’il s’agit de transformer non seulement tous les modes actuels de déplacement mais encore, plus fondamentalement, la production de l’espace social de manière à éviter les déplacements contraints par la dispersion des différentes activités économiques et sociales ou par l’aberration que constitue la substitution de flux de poids lourds sur les routes et autoroutes aux stocks des entreprises ?

Car, si les travailleurs ne veulent plus subir la loi du capital, qui fait d’eux une simple variable d’ajustement soumise aux fluctuations du carnet de commande, il leur faut commencer à se (ré)approprier les questions relatives à la finalité de l’usage des forces productives de la société : se demander ce qui doit être produit et comment cela doit être produit et lutter pour imposer des finalités et des modalités de production conformes aux besoins sociaux et aux contraintes écologiques. Et cet impératif ne vaut pas seulement pour les salariés du secteur privé mais tout aussi bien pour les travailleurs employés dans le secteur public : face aux politiques d’austérité budgétaire qui frappe de coupes claires les services publics de l’enseignement et de la santé, c’est à un semblable effort d’imagination collective qu’ils sont conviés. Faute d’être capable de relever pareil défi, les travailleurs se condamneraient à renoncer à toute capacité de transformation sociale.

 
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