Précarité : Anims parfois, précaires toujours

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Le droit du travail ne s’applique pas pour les animatrices et animateurs en centre de loisir. Les employeurs dans de nombreux cas sont des organisations gérées par des syndicats. Paradoxe du monde moderne ou le patron syndicaliste n’applique visiblement pas ce qu’il revendique.

S’il existe une activité pour laquelle l’exploitation est la règle, c’est celle de l’animation. Cette précarité fut officialisée en 2006 par un décret instituant le contrat d’engagement éducatif (CEE) qui permet d’employer l’animateur à un salaire équivalent à 2,2 fois le Smic horaire… mais par jour – soit environ 20 euros – sans repos journalier.

[*Un salarié pas comme les autres*]

On peut donc en théorie faire travailler quelqu’un 24 heures sur 24 pendant 6 jours, avec uniquement 24 heures de repos hebdomadaire non payées ! Ajoutons l’absence de cotisations au régime de retraite, une couverture sociale au rabais et des allègements de cotisations sociales pour les employeurs ! Et pour couronner le tout, ce contrat merveilleux instaure la quasi-impossibilité de recours aux Prud’hommes car il n’est pas régi par le Code du travail mais par le Code de l’action sociale et des familles.

Toutes les organisations syndicales du secteur de l’animation ont dénoncé ce scandale, s’appuyant sur un drame qui avait causé la mort de deux adolescentes lors d’un séjour aux États-Unis, où l’animatrice s’était endormie au volant d’un minibus. Les familles des victimes avaient mis en lumière les abus liés au CEE c’est-à-dire des conditions de travail scandaleuses pour l’équipe d’encadrement. Solidaires Isère a obtenu du Conseil d’État l’annulation du décret qui permit aux animateurs de bénéficier de 11 heures de repos journalier – pouvant être réduit à 8 heures – mais sans changer le niveau légal de rémunération. Cette décision a provoqué la colère des patrons du secteur que sont principalement les organismes marchands, les associations de l’éducation populaire et les comités d’entreprises (CE) gérés, rappelons-le, par les syndicats. Pour ces associations l’animateur n’est pas un salarié comme les autres au nom d’un prétendu engagement : réclamer une meilleure rémunération les ferait tomber dans le « piège du mercantilisme ». Pour les patrons syndicalistes qui gèrent les CE, la condition des animateurs passe après leur volonté d’offrir de l’accueil aux enfants de salariés à bas coût.

[*Un grave problème de sécurité*]

Pour ces patrons syndicalistes la faiblesse de dotation des CE doit être compensée par une exploitation des personnels d’animation. Il est intéressant d’observer l’écart entre leurs revendications sur les conditions de travail et leur application quand ils sont en position d’employeurs. A charge les multiples condamnations pour harcèlement moral ou les licenciements abusifs dans plusieurs CE de grandes entreprises. Heureusement pour tous ces gentils patrons, le gouvernement Sarkozy a publié au journal officiel un décret (n° 2012-581) permettant de ne pas accorder ces 11 heures de repos quotidien à l’animateur ou à l’animatrice, au mépris de la sécurité des jeunes et des personnels. Les animateurs ne réclament pas des horaires du type 9h-12 / 14h-17h car ils et elles sont conscients d’exercer une profession particulière qui nécessite des conditions particulières, comme par exemple dans le milieu médical ou ferroviaire. Ils et elles ont cependant le droit d’exercer leur métier dans des conditions normales de sécurité avec un salaire digne. Même pour les structures d’embauche, grands défenseurs des enfants et des salariés, il est difficile de nier la nécessité du repos lorsque qu’on encadre et assure la sécurité de jeunes ! Au nom de la justice sociale, les discours visant à nier ces droits élémentaires doivent être combattus sans relâche.

Marco (AL Nantes)

 
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